Affaires
Normes parasismiques : Un champ d’application à actualiser
Les établissements publics, privés et les promoteurs immobiliers – pas tous – ne lésinent pas sur les moyens pour respecter le règlement de la construction parasismique. Mais, ce dernier doit être revu et étendu pour inclure le monde rural.
Le séisme qui a secoué le pays la nuit du vendredi 8 septembre remet sur la table les questions relatives à la qualité du bâti, à l’intérêt des normes parasismiques, au degré de respect du règlement en la matière, tout en pointant du doigt l’application à la lettre de ces normes. «Depuis la publication du Règlement de construction parasismique (RPS) en 2000 et son actualisation en 2011, les règles antisismiques devraient être applicables», signale Fouad Herradi, ingénieur expert judiciaire, spécialiste du bâtiment. Autrement dit, tous les opérateurs publics et privés doivent intégrer les notions de la parasismique dans leurs constructions, partout, dans toutes les villes. À titre de rappel, la première version de ce règlement avait réparti le zoning du pays en départements. Il s’agissait alors d’une répartition administrative. Onze années plus tard, les professionnels ont vu l’importance de modifier la classification qui prévalait et ont ainsi divisé le pays en cinq zones en fonction de la nature du sol. «On s’est plus penchés sur l’interaction sol/structure du bâtiment, plutôt que sur une répartition géographique. Ce qui est plus logique et plus adapté aux caractéristiques des sols du pays», ajoute Herradi.
Un règlement à actualiser et à “bétonner”
Cela dit, cette réglementation devrait changer encore une fois, pour prendre en compte ce récent tremblement de terre. La zone la plus sismique était étendue sur tout le littoral atlantique et méditerranéen, du fait que les séismes les plus connus s’étaient produits sur cette zone géographique. «Celui constaté actuellement rejoint le tremblement de terre qui avait frappé Agadir en 1960, mais plus vers le centre qu’à travers la côte. D’où l’importance maintenant de refaire un autre zoning, intégrant cette zone dans la répartition du pays», explique Herradi. On a beau dire que les constructions ne sont pas conformes aux normes parasismiques telles qu’imposées par le RPS, mais il n’en est rien. Les maîtres d’ouvrage qui répondent aux appels d’offres publics ou privés sont tenus de respecter la réglementation et ils le font à la lettre. C’est du moins ce que nous précise notre ingénieur. Certains promoteurs immobiliers assurent s’en tenir au détail près à la réglementation, au moment où d’autres se limitent au minimum vital. «Les promoteurs connus et réputés ne lésinent pas sur les moyens pour respecter les normes parasismiques. Mais d’autres, de petite taille ou individuels surtout, produisant des immeubles ci et là, ne souhaitent pas renchérir leur coût de revient et font donc abstraction de l’application de cette réglementation». Il faut dire que ce règlement est plus respecté dans l’acte de bâtir, après la publication de la loi 66-12 relative au contrôle et à la répression des infractions en matière d’urbanisme et de construction et qui pointe la responsabilité des architectes en premier lieu. Cependant, «le degré de respect est d’autant plus élevé certes, quand il s’agit d’établissements publics pour produire des bâtiments affectés à recevoir du public, à l’instar des hôpitaux, de salles de théâtre, de cinémas…», détaille notre source.
Un surcoût de 10% sur les gros œuvres
Pourtant, construire selon les normes parasismiques ne coûte pas un bras. C’est à peine entre 5 et 10% du coût de revient des gros œuvres, sachant qu’eux-mêmes représentent 30 à 40% du coût total de la construction. «Si l’intégration de ces normes se fait par le secteur public et privé, reste la difficulté de l’application au niveau de l’autoconstruction qui, elle, accapare plus de 70% des constructions au Maroc», relativise un architecte. Et sur ce volet, la non-application est consécutive à plusieurs raisons, dont la plus marquante relève des opérateurs signataires, qu’ils soient architectes ou ingénieurs dans des bureaux d’études. «Ce qui nous manque, ce ne sont pas les matériaux, mais plutôt les spécialistes de la construction, à même de tenir tête aux donneurs d’ordre pour inclure les normes et respecter la réglementation», se lamente notre architecte. Le problème se pose à un autre niveau également : le monde rural où les constructions sont réalisées dans leur majorité en terre seulement. Elles sont donc, de fait, exclues par le RPS, selon l’article 3 qui stipule que «le règlement de construction parasismique applicable aux bâtiments est applicable sur l’ensemble du territoire, à toutes les constructions, à l’exception des bâtiments conçus selon les techniques locales traditionnelles et dont la structure portante utilise essentiellement la terre, la paille, le bois, le palmier, les roseaux ou des matériaux similaires…». Pour ne rien arranger, les citoyens du monde rural ne font appel ni aux architectes ni à des bureaux d’études. Ils procèdent à la construction de leur maison eux-mêmes, ou au mieux, en faisant appel à des «maâlems» en maçonnerie. «Tous les efforts doivent se diriger alors vers ce milieu pour produire des biens immobiliers habitables d’abord, puis résistants en cas de choc, ou encore pour tenir compte de ces habitations en terre, les intégrant dans les règles parasismiques», ajoute un architecte.
Plus parasismique qu’antisismique
Lors de ce séisme, plusieurs murs d’immeubles et de maisons ont été fissurés, de la façade comme de l’intérieur. Par facilité, l’on remet en cause les compétences des professionnels du bâtiment, les traitant souvent de malhonnêtes. En fait, comme tient à le signaler Herradi, le règlement de construction est parasismique et non antisismique. Dès lors, les constructions parasismiques sont résistantes aux séismes, mais restent en proie à ces évènements catastrophiques. C’est normal alors de trouver des dégâts, encore plus si elles se situent au niveau de l’épicentre. Et dans ce dernier cas, même une construction antisismique n’a aucune résilience. «Le concept même de parasismique veut dire qu’à la production d’un séisme, le résident a juste le temps de quitter la maison, avec le moindre dégât possible, dès l’apparition de fissures, pour aller se protéger ailleurs», précise Herradi.
