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Tourisme rural : Le nouveau filon des investisseurs

Longtemps cantonné aux marges de la politique touristique, le tourisme rural s’impose aujourd’hui comme un levier stratégique de développement territorial au Maroc. Portée par une vision renouvelée, une nouvelle génération de projets émerge dans les douars et montagnes marocains.

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À Azilal, au cœur du Géoparc M’Goun, le paysage s’apprête à changer de visage. Un concept inédit, baptisé Dinoparc, voit le jour. Pensé autour de la valorisation paléontologique du site, le projet associe la vallée des Dinosaures, un espace d’animation ludique baptisé LuDino Parc, et un Village miniature de l’Atlas.

En combinant approche scientifique, pédagogie et divertissement, il ambitionne d’attirer un nouveau public familial, tout en prolongeant les séjours dans la région. «Le Dinoparc, c’est un équipement structurant, un lieu d’émotion et de découverte pensé pour séduire les publics marocains comme internationaux», souligne Imad Barrakad, DG de la SMIT.

Ce projet, dont le coût de réalisation est estimé à 100 millions de dirhams, incarne une nouvelle façon d’aborder l’attractivité touristique hors des circuits classiques.

Dans la région de Béni-Mellal-Khénifra, l’approche est tout aussi novatrice. La SMIT y a piloté la création d’une banque de projets touristiques spécialement pensée pour les petites entreprises locales. Ces projets s’étendent des gîtes ruraux aux glampings, en passant par les fermes pédagogiques, les circuits en vélos électriques ou encore les food trucks de terroir.

Chaque zone géographique (haute montagne, plaine et zones forestières) bénéficie d’un accompagnement sur mesure. «L’objectif est d’ancrer le tourisme dans le tissu économique local, à travers des projets à taille humaine qui génèrent de l’emploi et du lien social», résume la SMIT. Un dispositif d’appels à projets et de fonds d’amorçage permet de faire éclore ces TPME, véritables maillons de la chaîne touristique durable.

Storytelling territorial
Autre approche déployée : le storytelling territorial. Chaque province de la région de Béni-Mellal-Khénifra se voit attribuer une narration spécifique, créant ainsi des marques culturelles différenciées : Azilal est racontée comme le berceau des dinosaures, Khénifra comme le foyer de l’identité amazighe, Fqih Ben Salah comme la mémoire des traditions rurales.

Cette mise en récit alimente des circuits immersifs, des musées locaux et des centres d’interprétation. «Raconter le territoire, c’est lui donner une âme lisible, une identité qui fidélise», insiste Barrakad. Le tourisme devient ici un outil de valorisation symbolique, en plus d’être économique.

Ces projets ne sont pas isolés. Depuis 2014, le programme Qariati, lancé par la SMIT, s’efforce de cartographier et d’activer les potentiels touristiques des territoires ruraux du Royaume. Plus de 3 milliards de dirhams ont déjà été engagés pour appuyer ces dynamiques.

La Feuille de route du tourisme, lancée en 2023, positionne clairement le tourisme rural comme un axe prioritaire. L’ambition est d’atteindre 15 à 20% des arrivées touristiques en zones rurales d’ici 2030.

La logique est double : proposer aux visiteurs une offre alternative, authentique et ancrée dans la nature, tout en favorisant un développement local inclusif. Ce pari se veut aussi bien économique que sociétal. Le profil des projets les plus plébiscités par les investisseurs privés illustre une convergence entre aspirations sociétales et viabilité économique.

En tête, les hébergements alternatifs de charme : kasbahs restaurées, maisons d’hôtes et écolodges séduisent une clientèle en quête d’authenticité et de simplicité. Ces lieux offrent des expériences de vie intégrées aux territoires, souvent gérés en circuit court.

Fort impact local
Parallèlement, les activités de pleine nature (randonnée, VTT, canyoning et parapente) connaissent une croissance rapide, portées par une jeunesse marocaine et étrangère en quête d’adrénaline et d’espaces préservés. Enfin, l’agritourisme se structure autour de fermes pédagogiques, d’ateliers de cuisine du terroir, ou encore de séjours en immersion dans la ruralité vivante.

Ces projets partagent un point commun : un fort impact local, tant en termes d’emploi que de valorisation des savoir-faire. Mais malgré cet écosystème naissant, plusieurs freins empêchent encore un décollage massif de l’investissement privé. L’un des principaux obstacles reste l’insuffisance des infrastructures de base : routes dégradées, manque de transports publics, couverture numérique irrégulière…

Des efforts sont pourtant en cours, notamment via le Fonds de développement rural, qui finance la viabilisation des zones à potentiel.

Le deuxième obstacle réside dans la complexité du foncier, en raison de la multiplicité des statuts juridiques des terrains. En milieu rural, le foncier peut relever de plusieurs régimes, dont les plus courants sont le melk, le guich et le collectif.

Le foncier melk, bien qu’étant une propriété privée enregistrée, pose souvent problème lorsqu’il est en indivision entre plusieurs héritiers, ce qui rend les transactions longues et juridiquement incertaines.

À cela s’ajoutent les terres guich, historiquement attribuées par l’État à certaines tribus en échange de services militaires, qui restent juridiquement propriétés de l’État, mais sont exploitées par des ayants droit selon des pratiques non formalisées. Cette situation rend difficile toute tentative de mise en valeur touristique.

Enfin, les terres collectives, appartenant aux communautés tribales et gérées de manière coutumière, nécessitent des démarches complexes impliquant l’accord de l’ensemble des ayants droit ainsi que l’autorisation des autorités administratives compétentes.

Selon la Société marocaine d’ingénierie touristique, cette diversité des régimes fonciers, combinée à l’absence de cadastre exhaustif et à la lourdeur des procédures de régularisation, constitue un obstacle majeur à la mobilisation du foncier pour les projets touristiques.

Ces incertitudes juridiques freinent l’initiative privée et découragent de nombreux investisseurs intéressés par le potentiel du tourisme rural. En réponse, la SMIT a développé une plateforme d’information foncière et collabore activement avec les CRI pour sécuriser l’accès au foncier.

En dernier lieu, l’accès au financement reste un défi pour les porteurs de projets en zone rurale. Le manque de garanties, la frilosité des banques et l’absence de produits financiers adaptés bloquent de nombreux dossiers. «Il est temps d’aller plus loin avec des mécanismes spécifiques : crédits bonifiés, subventions écologiques, fonds public-privé dédiés au tourisme rural», plaide la SMIT.

Pour relever ces défis, une gouvernance plus territorialisée s’impose. C’est le pari fait à la région avec la création de la Société de développement régional Atlas touristique.

Cette structure pilote l’ensemble des projets touristiques de la région, depuis la planification jusqu’à la gestion, dans une logique de co-construction entre les acteurs publics, privés et associatifs. Ce modèle, encore expérimental, pourrait être répliqué dans d’autres régions, avec pour objectif de faire émerger des marques touristiques régionales fortes.

Économie du tourisme rural
Le tourisme rural marocain est à la croisée des chemins. Les bases sont là : projets pilotes inspirants, volontarisme public, appétence croissante des visiteurs. Mais pour transformer l’essai, il faudra agir vite et fort sur les freins structurels. Comme le rappelle Barrakad : «Le tourisme rural représente une réserve de croissance durable pour le Maroc.

Il est temps d’en faire un pilier assumé de notre développement économique territorial.» C’est pour dire qu’à l’heure où le tourisme mondial se réinvente autour de valeurs de durabilité, d’authenticité et de proximité, le tourisme rural marocain s’affirme comme un nouvel horizon stratégique.

Longtemps considéré comme un segment d’appoint, il attire aujourd’hui l’attention croissante des pouvoirs publics, des opérateurs privés et des territoires eux-mêmes. Entre opportunités prometteuses et obstacles persistants, le développement de ce secteur cristallise les enjeux d’un modèle touristique plus équilibré, plus inclusif et plus enraciné.

Les atouts sont nombreux : diversité des paysages, richesse des cultures locales, savoir-faire artisanal, mais aussi et surtout une demande en forte croissance pour des expériences hors des sentiers battus. Pourtant, malgré les incitations et l’intérêt manifeste, l’investissement privé tarde parfois à suivre.


Un programme de 188 millions de dirhams
En janvier dernier, le ministère du Tourisme, de l’artisanat et de l’économie sociale et solidaire a annoncé un projet ambitieux pour valoriser 16 villages touristiques répartis dans plusieurs régions du Maroc, avec un budget global de 188 millions de dirhams.

Ce projet, piloté en partenariat avec la SMIT dans le cadre de la Feuille de route du tourisme 2023-2026, vise à promouvoir le tourisme rural, créer des emplois durables et affirmer son rôle en tant que levier pour le développement socioéconomique local, indique le ministère dans un communiqué.

Ce programme, qui s’étend jusqu’en 2026, permet une mise en œuvre des projets de développement touristique dans les 16 villages sélectionnés. Chaque village bénéficiera d’un accompagnement pour l’amélioration des infrastructures existantes et la création de nouvelles infrastructures touristiques adaptées, que ce soit en termes d’hébergements inédits ou encore d’infrastructures culturelles et de loisirs.

La SMIT supervisera la mise en œuvre des projets, et afin de garantir le succès de ce programme, 4 partenariats stratégiques ont été initiés avec des acteurs nationaux et internationaux clés. Il s’agit du Club Med,
de Marriott, d’Experiencia et de Madaef.

Les 16 villages seront répartis en quatre lots géographiques, reflétant la diversité des paysages marocains.

«Le tourisme rural représente une réserve de croissance durable pour le Maroc. Il est temps d’en faire un pilier assumé de notre développement économique territorial.»