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Mustapha Moufid : «L’activité touristique redevient attractive, mais…»
Le président de l’Association marocaine des experts et scientifiques du tourisme (AMEST) expose les forces et faiblesses du paysage de la formation et de l’emploi dans le secteur.
L’activité touristique est l’une des plus stratégiques pour l’économie du pays. Grande pourvoyeuse d’emplois, elle attire les compétences et séduit les jeunes générations, mais les obstacles demeurent nombreux, notamment en matière de formation. Eclairage sur le sujet avec le président de l’Association marocaine des experts et scientifiques du tourisme.
Comment se porte aujourd’hui l’emploi dans le secteur du tourisme un an après la reprise de l’activité ?
Selon les chiffres communiqués par la Confédération nationale du tourisme (CNT), l’industrie touristique nationale comptait déjà en 2021 et 2022 plus de 750.000 emplois directs et environ 2,5 millions emplois indirects. A ce contingent devraient s’ajouter 80.000 emplois directs et 120.000 indirects que la nouvelle feuille de route du secteur ambitionne de générer à l’horizon 2026. C’est dire l’importance qu’occupe ce secteur stratégique de l’économie nationale en termes de création d’emplois. Toutefois, la crise sanitaire a malheureusement mis à nu la précarité de l’emploi dans l’ensemble des branches d’activité du secteur, puisqu’environ 72.000 employés étaient officiellement déclarés à la CNSS et avaient légitimement droit aux indemnités Covid.
Cette précarité est évidemment la conséquence de l’absence de conventions collectives sectorielles et de grilles salariales adéquates régissant équitablement les relations employeurs/employés et garantissant une certaine dignité salariale aux ressources humaines.
Quelles sont selon vous les véritables raisons ?
Mis à part les grandes chaînes hôtelières structurées, le non-respect du Code du travail en matière d’embauche est très répandu dans le secteur, au point que beaucoup d’employés ne sont même pas rémunérés au SMIG. En outre, le recours aux intérimaires est devenu une pratique largement répandue, même dans les établissements de luxe, au point de porter un préjudice sérieux à la qualité des prestations. J’ajouterai aussi qu’une grande majorité des hôtels proposent souvent des offres de stages non rémunérés, la loi ne les obligeant pas à concéder une prime de stage, et très rarement des contrats d’embauche.
Quels sont aujourd’hui les profils les plus employés dans le secteur ?
L’activité continue de souffrir d’un manque criant en profils adaptés, aussi bien dans les postes techniques (réception, étages, cuisine, ndlr) qu’au niveau du middle management (développement, marketing, commerciaux, ndlr).
Pourtant, selon une enquête menée récemment au Maroc par le groupe Hilton concernant notamment l’hôtellerie de luxe, 46% des Gen Y et des Gen Z envisagent une carrière dans cette branche du tourisme. Et pour plus de la moitié (56%) des personnes interrogées, il est possible d’envisager de faire carrière dans le secteur. C’est ainsi que nombre de générations de managers en provenance des grandes écoles de commerce et de gestion se sont tournées vers l’hôtellerie. Par ailleurs, et paradoxalement, ce sont les lauréats des écoles et instituts d’hôtellerie qui migrent vers d’autres secteurs loin de leur vocation première (banques, grandes entreprises, ndlr). Cela sans parler des diplômés compétents qui choisissent d’émigrer à l’étranger, ce qui constitue l’un des drames du tourisme national.
Comment retenir les talents ?
Le management des talents est un enjeu majeur pour le succès de toute entreprise touristique et hôtelière. Ce management bienveillant consiste à détecter les bons profils, les attirer, les recruter, développer leurs compétences et les fidéliser en les protégeant de la concurrence. Au-delà d’un environnement de travail adéquat et des rémunérations équitables, la gestion des collaborateurs et de la vie en entreprise se doit d’améliorer le quotidien du capital humain.
