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Marchés publics : Jackpot pour les leaders marocains

Génie civil de la LGV, stades, viaducs, routes, tunnels, ports, barrages… Les principaux acteurs nationaux du BTP ont su se transformer pour capter une grande partie des marchés publics d’envergure lancés ces derniers mois. Le point.

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Les géants marocains du BTP font partie des grands gagnants de l’ambitieux programme d’investissements du gouvernement dans les infrastructures à l’horizon 2030. Profitant de la clause de préférence nationale et d’une stratégie d’intégration verticale et de diversification de leurs activités, ces groupes raflent la mise lors des appels d’offres publics les plus importants lancés ces derniers mois par les pouvoirs publics.

Grande nouveauté : ces groupes marocains soumissionnent dorénavant le plus souvent seuls, en mode Tout corps d’État (TCE), la constitution de consortium avec des partenaires étrangers étant devenue l’exception et non plus la norme.

Des entreprises leaders du secteur du BTP, comme SGTM, SGTMou encore Jet Contractors, ont largement su tirer leur épingle du jeu dans cette course à l’investissement public qui se distingue par l’ampleur des montants engagés. Pour les projets de construction ou de rénovation des stades de football par exemple, qui mobilisent un budget public de 9,5 milliards de dirhams, c’est quasiment le strike parfait pour le trio d’entreprises.

Les carnets de commandes sont d’ailleurs renfloués de manière substantielle ces derniers mois, avec une part toujours plus prépondérante de marchés publics. Ainsi, pour une entreprise comme Jet Contractors, la part des commandes issues d’entités publiques est passée de 62% au premier semestre 2023 à 72% au premier semestre 2024 (une partie de ces commandes est réalisée à l’international).

De manière globale, les grands donneurs d’ordre publics font de plus en plus confiance à ces grands groupes marocains. Il faut dire que le développement de leur capacité à répondre aux différents appels d’offres en lots uniques procure plusieurs avantages aux maîtres d’ouvrage : un seul interlocuteur, meilleure coordination des travaux, maîtrise de l’ensemble de la chaîne de production et des délais…

Alors que plusieurs marchés d’envergure leur ont d’ores et déjà été attribués, et que d’autres appels d’offres sont en cours pour des projets annexes liés à l’organisation des prochaines compétitions sportives que le Maroc s’apprête à accueillir, les principaux acteurs nationaux du BTP se frottent les mains plus que jamais.

SGTM est sur… tous les fronts
C’est le cas de la Société générale des travaux du Maroc (SGTM), leader historique du secteur, avec à son actif un impressionnant catalogue de projets d’envergure (port de Safi, Grand stade de Marrakech, la Bibliothèque nationale, hôpital Cheikh Zayed de Rabat, pont Moulay El Hassan, gare routière de Rabat, etc.)

Le groupe de la famille Kebbaj, fondé en 1971, est aux avant-postes pour profiter pleinement de cette conjoncture porteuse, en témoignent les marchés d’envergure qu’il a réussi à capter ces derniers temps. En matière de stades, le groupe s’est vu confier, en août 2024, par l’Agence nationale des équipements publics, le marché des terrassements généraux du Grand stade Hassan II de Benslimane pour 356 millions de dirhams.

Le groupe, qui est monté en octobre dernier à 100% dans le capital du cimentier Novacim (1,4 million de tonnes de ciment par an), a également décroché le marché du stade Prince Moulay Abdellah à Rabat pour un montant estimé à 400 MDH et celui du stade d’athlétisme de la capitale, pour un montant de 544 MDH.

SGTM, qui contribue déjà à la construction du mégaprojet du Port Dakhla-Atlantique, en tandem avec Somagec, et au projet stratégique d’autoroute de l’eau en consortium avec ce même Somagec, STAM et la SNCE, s’est également positionné, avec succès, sur le très lucratif marché du génie civil de la ligne à grande vitesse Kénitra-Marrakech. En décembre 2024, le groupe s’est vu attribuer par l’ONCF les travaux d’exécution de terrassement et des ouvrages d’art au niveau de la vallée de Bouregreg, pour plus de 2 MMDH.

Côté infrastructures de transport toujours, SGTM a décroché le marché de construction du viaduc sur Oued Sakia El Hamra, le plus grand du pays, pour 1,38 MMDH, dans le cadre de la voie express Tiznit-Dakhla. Le groupe des Kebbaj a également décroché le marché de construction de la future gare Hay Riad en juin 2024 pour 187 MDH, ainsi que le tunnel de la LVG prévu à Rabat, en tandem avec le chinois Sinohydro pour 1,4 MMDH.

TGCC : Verticalisation et diversification
TGCC est un autre acteur majeur de la construction au Maroc qui a étoffé considérablement son carnet de commandes grâce aux récents appels d’offres étatiques. Fortement présent dans la santé, l’éducation et l’hôtellerie, le groupe coté en Bourse a notamment décroché plusieurs contrats de construction ou de mise à niveau de stades de football.

Le groupe fondé et dirigé par Mohammed Bouzoubaâ a en effet remporté, en novembre 2024, le marché de construction du stade Al Barid à Rabat pour près de 700 millions de dirhams. Selon plusieurs sources, TGCC aurait également remporté les contrats pour les grands stades d’Agadir et de Fès, ainsi qu’une partie significative de la rénovation du stade de Marrakech.

Dans un duel avec son concurrent SGTM, TGCC lorgne par ailleurs le marché de construction du Grand stade de Benslimane, qui devrait être attribué prochainement.

En termes d’infrastructures de transport, TGCC a lui aussi eu sa part du gâteau du marché du génie civil de la ligne à grande vitesse Kénitra-Marrakech, en décrochant un lot des travaux d’exécution de terrassement et des ouvrages d’art pour plus de 2,8 milliards de dirhams.

En fait, le groupe récolte les fruits d’une stratégie de verticalisation et de diversification payante. La stratégie d’intégration verticale se fait notamment à travers la création de filiales spécialisées dans divers métiers de la construction, comme le revêtement, l’agencement, la menuiserie ou la production de béton.

L’objectif étant de devenir une entreprise tout corps d’État intégrant les principales expertises, ce qui lui confère une plus grande maîtrise de la chaîne de valeur et, par conséquent, une meilleure compétitivité lors des réponses aux appels d’offres.

Côté diversification, TGCC souhaite développer significativement sa présence sur les marchés des travaux publics et notamment les barrages, les ports et les ouvrages d’art.

L’annonce récente d’un accord portant sur l’acquisition de 60% du capital du groupe STAM, un acteur majeur des travaux publics particulièrement actif dans la construction de barrages, et qui détient par ailleurs VIAS, leader national des travaux routiers, procède de cette logique.

Jet Contractors : Des façades au tout corps d’État
Initialement spécialisé dans les enveloppes et structures du bâtiment, le groupe Jet Contractors s’est, lui aussi, progressivement mué en un groupe intégré doté de plusieurs filiales spécialisées, capable de gérer des projets clés en main en tout corps d’État.

Cette intégration permet au groupe non seulement de se positionner sur des projets d’envergure, mais aussi de mieux gérer le risque dans un contexte de forte compétition.

La capacité de Jet Contractors à participer à des appels d’offres d’envergure provient ainsi de son aptitude à intervenir sur tous les corps de métier de la construction : conception, gros œuvre, structure spécialisée et charpente, second œuvre (menuiserie, bois, métallique, aluminium, ferronnerie, cloisons, serrurerie…).

Cette proposition d’une offre intégrée a permis au groupe coté à la Bourse de Casablanca de décrocher des marchés comme la gare d’Oujda, la gare de Rabat-Ville ou encore l’École centrale de Casablanca, remportés grâce à la proposition d’une offre intégrée.

Ces derniers mois, le groupe a pu accéder à des marchés publics encore plus importants. Il a notamment remporté un lot à 2 milliards de dirhams dans le cadre du marché du génie civil de la ligne à grande vitesse. En termes d’infrastructures sportives, Jet Contractors a décroché, en décembre 2024, le marché de la future salle omnisport prévue dans la vallée du Bouregreg à Rabat, pour 260 millions de dirhams, ainsi que l’aménagement extérieur du Stade Mohammed V de Casablanca, pour 69 millions de dirhams.

Le groupe a par ailleurs décroché, en octobre dernier, son premier contrat dans les barrages, en remportant le marché d’achèvement de la reconstruction du barrage Sakia Al Hamra, à Laâyoune, pour 256 millions de dirhams.