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L’optique : Un marché aux contours flous

C’est un métier qui semble bien se porter, mais en réalité il souffre de plusieurs fragilités. Les opticiens se plaignent notamment de la prolifération de l’informel et d’une anarchie qui s’enracine de plus en plus.

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Le marché de l’optique est un marché à fort potentiel de croissance. Les conditions de vie actuelles ne permettent plus de nous défaire des outils numériques. Nos yeux sont continuellement exposés à des écrans tout au long de la journée, d’où le besoin grandissant de les protéger. Au Maroc, le secteur compte plus de 80 importateurs et environ 4.000 opticiens à travers tout le pays.

Soit un ratio d’un opticien pour 13.000 habitants. Enregistrant une croissance annuelle de 4%, il est estimé à 3 milliards de dirhams dont 60% sont réalisés par la vente des verres. Les montures représentent 20% et les lunettes solaires 15%. Les lentilles ainsi que les produits d’entretien représentent 5% des ventes des opticiens. Pendant la pandémie de Covid-19, cette filière a subi son lot de dégâts. «La crise a impacté plus de 60% des opticiens. Les ventes du secteur ont chuté de plus de 50%. Une situation qui a causé plusieurs fermetures de magasins d’optique», indique Jaouad Hattani, président de l’Association marocaine des fournisseurs d’optiques (AMFO).

Formation à revoir
Pour devenir opticien, il faut suivre une formation de trois ans pour obtenir un diplôme délivré par l’État ou par certaines écoles d’enseignement privé pour la spécialité opticien-optométriste. «Il y a 15 ans, les opticiens marocains faisaient preuve de grandes compétences. Ils étaient formés dans des pays européens, principalement en Belgique.

Aujourd’hui, avec la prolifération des écoles privées, leur niveau s’est beaucoup dégradé», souligne Hattani, qui note que le nombre de lauréats par an est devenu très élevé, dépassant les 400. «Il ne faut pas jouer de la santé des citoyens. Pour garantir un service de qualité et offrir des solutions visuelles efficaces et adaptées aux besoins des clients, cela exige nécessairement un opticien bien formé», souligne le professionnel qui compte plus de 20 ans d’expérience dans le domaine. «D’où la nécessité d’une réorganisation en matière de formation aux métiers de l’optique», poursuit-il.

Une fois le diplôme en poche, l’opticien a le droit d’ouvrir son magasin, après avoir eu une autorisation délivrée par le Secrétariat général du gouvernement. Le métier s’exerce en fonction du diplôme détenu, et se pratique dans la limite des compétences acquises au cours de la formation, comme le note l’article 3 de la loi 45-13 relative aux professions de rééducation, de réadaptation ou de réhabilitation fonctionnelle. «L’opticien lunetier exerce les actes relatifs à la délivrance au public d’articles d’optiques destinés à corriger ou protéger la vue.

Préalablement à leur délivrance, l’opticien réalise l’adaptation et l’ajustage des articles d’optique au moyen d’instruments de contrôle nécessaires», stipule l’article 6 de la loi précitée. «L’opticien doit exécuter à la lettre l’ordonnance reçue et diriger les cas difficiles vers un ophtalmologue», souligne Hattani.

Bricoleurs opticiens
Le secteur souffre largement de la prolifération de l’informel et du non-respect des lois en vigueur. Des magasins d’opticiens poussent comme des champignons, ne disposant pas d’autorisation et proposent leurs services dans une absence totale du contrôle et de structuration. «Parmi les 4.000 opticiens, 800 ne sont pas diplômés.

Ce sont des bricoleurs qui se revendiquent opticiens sans disposer des prérequis nécessaires pour exercer ce métier», martèle Hattani. Le marché marocain des lunettes est fortement plombé par les produits d’entrée de gamme en provenance notamment de Chine. Ces produits ne respectent aucune norme de qualité ni de sécurité, ce qui peut nuire profondément aux yeux.

Pour faire face à cette anarchie, le président de l’AMFO fait savoir que les verres optiques sont considérés désormais en tant que dispositifs médicaux. «Il y a deux ans, n’importe qui pouvait les importer, mais actuellement, leur entrée sur le marché est soumise à une procédure administrative et à des conditions strictes du ministère de la Santé».

Mais comment font alors ces faux opticiens pour s’approvisionner ? «Malheureusement, il y a des opticiens agréés qui reçoivent les verres et servent d’intermédiaires pour les vendeurs qui ne peuvent pas se les procurer», révèle-t-il. Quant aux prix, Hattani souligne qu’il est difficile d’estimer le prix du verre optique, puisque cela dépend de l’ordonnance.

Plus le verre nécessite des opérations en termes d’amincissement, de traitement antireflets ou autres, plus la facture s’alourdit. «Ça n’empêche pas que l’offre de lunettes économiques de qualité et à des prix très bas est disponible chez la majorité des opticiens», précise-t-il. 90% des produits d’optique au Maroc proviennent de l’importation.: Luxottica, Safilo, Dorigo, Marcolin et Carine sont les cinq plus importants fournisseurs de montures au Maroc. Pour les verres, les marques Essilor et Indo sont en tête, suivies des marques Nikon, Hoya, Zeiss et Rodenstock.


Lunettes solaires contrefaites : Attention aux dangers !

Représentant aujourd’hui 15% des ventes du marché global de l’optique, les lunettes de soleil sont devenues un accessoire incontournable aussi bien pour les petits que pour les grands. Des millions de lunettes de soleil fabriquées sont des contrefaçons. Elles n’offrent aucune protection anti-UV. Leur look est souvent attrayant, et leurs prix imbattables font la joie de beaucoup de gens. Ces fausses lunettes de soleil, vraiment pas très chères, peuvent causer de gros dégâts, entraînant un risque de diverses maladies oculaires. Leurs verres ne sont pas traités contre les UV. Ilssont uniquement teintés. Lorsque notre vision est assombrie dans la nuit, ou avec des lunettes de soleil, notre iris se dilate automatiquement. Le diamètre de la pupille s’agrandit afin de permettre à la lumière d’y entrer. Les verres des lunettes homologuées bloquent les rayons UV et permettent donc de protéger nos yeux. En revanche, quand on porte des fausses lunettes, les yeux absorbent plus de UV, ce qui endommage la rétine. Il est plus dangereux de porter de fausses lunettes que de ne rien porter du tout, car un verre foncé n’est pas forcément protecteur.