Affaires
Le non-agricole retrouve du tonus
En plein regain de forme, les activités secondaires et tertiaires devraient soutenir la croissance économique du Royaume au cours des prochains mois, compensant sensiblement le recul des activités agricoles. Industrie, mine, tourisme, transport… Tour d’horizon des secteurs qui tirent la croissance.
Les conclusions du dernier conseil de Bank Al-Maghrib de juin dernier et celles du Haut-commissariat au plan, qui vient de publier son traditionnel budget exploratoire, se rejoignent, une fois n’est pas coutume, sur un point: l’économie nationale va mieux. Malgré le repli attendu en 2024 de la valeur ajoutée agricole, conséquence d’une nouvelle année de sécheresse, les deux institutions soulignent que l’économie nationale poursuit son redressement. Et ce sont les secteurs secondaires et tertiaires qui jouent le rôle de locomotive.
Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, s’en était même réjoui en conférence de presse, se félicitant que les activités non agricoles (industries et services) se rapprochaient, enfin, «de chiffres que l’on n’avait pas vus depuis des années». Quelques semaines plus tard, le HCP dit peu ou prou la même chose. Selon les hommes d’Ahmed Lahlimi, l’activité économique nationale «devrait poursuivre son redressement en 2024, stimulée principalement par l’affermissement du secteur secondaire et par le maintien de la dynamique des activités tertiaires». Le tout dans un contexte marqué par une atténuation attendue des pressions inflationnistes et une reprise, quoique légère, du commerce international.
En chiffres, cela donne une croissance projetée de la valeur ajoutée non agricole de 3,6% en 2024, selon les estimations du HCP. De quoi compenser, en partie, la baisse de 4,6% de la valeur ajoutée du secteur primaire, qui a subi l’une des pires années de sécheresse qu’a connues le Royaume. Ce secteur contribue d’ailleurs négativement de 0,5 point à la croissance du PIB, dont le taux pour 2024 devrait s’établir à 3%, d’après les dernières prévisions du HCP. Des prévisions légèrement supérieures à celles de BAM, qui table, quant à lui, sur un taux de 2,8% cette année.
4,1% de croissance pour le secteur secondaire
Le raffermissement des activités non agricoles a permis de faire mieux que limiter les dégâts. Mines, BTP, industries transformatives, tourisme, transport… L’ensemble des filières phares de l’économie nationale, hormis l’agriculture donc, semblent bel et bien entrées dans un nouveau cycle de croissance, après que ces dernières ont subi les affres des crises successives (pandémie, guerre en Ukraine, inflation…) qui ont mis à rude épreuve les économies du monde entier.
Ainsi, ce qui est du secteur secondaire, la valeur ajoutée des industries de transformation devrait afficher une évolution de 3,1% au lieu de 2,7% en 2023, profitant de la reprise de l’activité des industries chimiques amorcée en 2023, suite à l’accroissement de la demande extérieure. Quant aux industries du matériel du transport, elles devraient, selon la même source, bénéficier de la poursuite de la bonne performance de l’industrie automobile et de l’essor de l’industrie aéronautique, notamment dans les segments de l’assemblage et du câblage électrique.
Le secteur du BTP connaîtrait de son côté une croissance de 3,9% en 2024 après un repli de 0,4% en 2023, boosté par l’accroissement de 56% des investissements publics du secteur et par la mise en œuvre d’importants programmes d’infrastructure. La branche du bâtiment devrait tirer profit de la mise en œuvre du programme d’aide à l’acquisition des logements, dans un contexte favorable, marqué par une décélération progressive des cours des matériaux de construction et par l’assouplissement attendu des conditions de financement suite à la baisse du taux directeur de Bank Al-Maghrib.
Le constat est le même pour ce qui est du secteur minier, dont la valeur ajoutée devrait afficher une croissance «remarquable» de 10,9% en 2024, après deux baisses successives de 2,7% et 23% respectivement en 2023 et 2022. Cette reprise devrait bénéficier de la consolidation de la production du phosphate brut portée par la demande croissante des industries locales de transformation et par la dynamique des exportations, dans un contexte de repli des cours à l’international.
Malgré cette embellie quasi généralisée du secteur secondaire, certaines filières demeurent néanmoins en retrait. C’est le cas notamment de l’agro-industrie, qui devrait enregistrer une croissance limitée à 1,6%, sous l’effet des retombées négatives de l’amont agricole. Le textile est lui aussi en berne, pâtissant des répercussions de la concurrence accrue sur le marché international et la faible demande adressée au secteur. Toujours est-il que le secteur secondaire devrait enregistrer cette année une croissance «soutenue» de l’ordre de 4,1% en 2024 après 1,3% en 2023. Sa contribution à la croissance économique nationale passerait de 0,3 point en 2023 à 1 point en 2024.
Le tourisme et le transport accélèrent
Les activités tertiaires sont, de même, sur une trajectoire haussière prometteuse. Elles devraient afficher une croissance favorable de l’ordre de 3,4% en 2024, selon les projections du HCP, avec comme catalyseur le maintien de la performance de l’activité touristique et celle du transport, ainsi que l’expansion des activités financières et immobilières. Le secteur du tourisme en particulier est en grande forme. Il devrait afficher un accroissement de 7,2% en 2024, après 23,5% en 2023 (avec un effet de base par rapport à 2022).
L’activité du transport devrait marquer une évolution positive de l’ordre de 5,2%, profitant de la progression du transport aérien et maritime. Ce dernier devrait bénéficier d’après le HCP de l’amélioration des échanges commerciaux internationaux, en particulier la reprise attendue des exportations du phosphate et de ses dérivés et des produits de fabrication du matériel de transport (aéronautique et automobile).
Cette embellie des activités non agricoles est amenée à se poursuivre en 2025, estime le HCP. D’autant qu’elle devrait être couplée à une reprise du secteur agricole, sur la base d’un scénario moyen inférieur pour la production céréalière pour la campagne 2024-2025. Le tout, souligne l’institution, dans un contexte de consolidation de l’investissement et de la demande extérieure. De quoi permettre à l’économie marocaine d’atteindre un taux de croissance de 3,7% en 2025, soit son meilleur taux de croissance depuis 2021. De bon augure pour la suite.