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Le Maroc roule à toute vitesse !

Pilier de l’industrialisation marocaine et premier secteur exportateur du Royaume, l’automobile illustre la montée en puissance du «Made in Morocco». Entre ambitions de production accrue, intégration locale croissante et orientation vers les marchés internationaux, le secteur se positionne comme un moteur stratégique de l’économie marocaine.

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Depuis plus d’une décennie, l’industrie automobile s’est imposée comme l’un des piliers majeurs de la politique industrielle du Maroc.

Le secteur concentre les ambitions de l’État, capte l’essentiel des investissements industriels et occupe une place centrale dans le récit économique officiel. Écosystèmes intégrés, plateformes d’exportation, montée en gamme affichée : la mécanique semblait bien huilée.

Mais à regarder de plus près les chiffres du commerce extérieur, la success-story se nuance. Derrière la performance à l’export, les déséquilibres persistent et interrogent la solidité du modèle.

En 2024, l’automobile s’est maintenue au premier rang des secteurs exportateurs du Royaume. Selon l’Office des changes, les ventes à l’étranger ont atteint environ 157 MMDH, dépassant durablement les phosphates et leurs dérivés, longtemps colonne vertébrale des exportations marocaines.

Une position acquise au fil des années, portée par l’installation de grands constructeurs et la montée en cadence des chaînes de production, mais qui reste sensible aux effets de conjoncture et aux variations statistiques d’une année sur l’autre.

Cette performance repose sur une structure industrielle désormais bien installée. Neuf écosystèmes structurent le secteur : de la construction automobile au câblage, en passant par les sièges, l’emboutissage métallique, les moteurs ou encore les batteries.

Autour des usines Renault et Stellantis gravite un tissu de près de 260 équipementiers, parmi lesquels des groupes internationaux comme Delphi ou Valeo. Le Maroc s’est ainsi imposé comme un maillon solide des chaînes de valeur mondiales, capable de produire en volume et à coûts maîtrisés.

Cette industrie tourne avant tout vers l’extérieur. Près de 90% de la production nationale est destinée à l’export, dont plus de 80% vers l’Union européenne. Une dépendance assumée, qui a permis au Royaume de se hisser parmi les cinq premiers exportateurs de véhicules vers le marché européen, avec plus de 500.000 unités expédiées chaque année.

Le Maroc s’affirme ainsi comme un hub industriel régional, étroitement branché sur la demande européenne.

«Année difficile»
Mais la trajectoire n’est pas sans à-coups. L’année 2025 a fait figure de rappel à l’ordre. Le département de tutelle l’a reconnu sans détour : «2025 a été très difficile» pour le secteur automobile.

Les premiers mois ont été marqués par des performances jugées modestes, dans un contexte international dégradé. Ralentissement de la demande européenne pour les véhicules thermiques, transition accélérée vers l’électrique, concurrence asiatique de plus en plus agressive, notamment chinoise : les lignes ont bougé plus vite que prévu.

Les chiffres du commerce extérieur traduisent ce coup de frein. À fin septembre 2025, les exportations automobiles reculaient d’environ 2,7% par rapport à la même période de l’année précédente, selon l’Office des changes. La baisse a été particulièrement visible dans la construction automobile, cœur du dispositif industriel, avec un net repli des exportations de véhicules finis.

À cela s’ajoutent des difficultés techniques sur certains modèles produits localement, compliquant leur commercialisation sur les marchés européens et accentuant l’impact du ralentissement.

Pour autant, les indicateurs disponibles ne suggèrent pas un décrochage durable. Les données font plutôt état d’une stabilisation progressive au fil de l’année, avec des niveaux d’exportation globalement comparables à ceux observés en 2024.

Il s’agirait dès lors moins d’un retournement structurel que d’un ajustement conjoncturel, dans un secteur automobile mondial en pleine recomposition, contraint de s’adapter rapidement aux nouvelles exigences technologiques et environnementales.
Cette lecture optimiste se heurte toutefois à une autre réalité : celle des importations.

En 2024, celles-ci ont continué de progresser, tirées par les biens d’équipement, les intrants industriels et les produits de consommation, dont les véhicules importés destinés au marché local. Résultat, le déficit commercial s’est encore creusé, dépassant les 300 MMDH sur l’année, illustrant le déséquilibre persistant entre la puissance exportatrice du pays et son appétit pour les importations.

Le paradoxe est là. Le Maroc exporte des centaines de milliers de véhicules, assemble pour les marchés européens et s’impose comme une plateforme industrielle africaine. Mais il reste dépendant des importations pour une part significative de ses besoins, qu’il s’agisse de voitures neuves pour la consommation intérieure ou de composants indispensables à sa propre production.

La montée en puissance industrielle n’a pas encore suffi à inverser la logique de la balance commerciale.

Face à cette équation, les ambitions affichées restent élevées. La capacité de production automobile, déjà portée de 700.000 à près d’un million de véhicules par an, doit encore monter en régime.

Le ministère de l’Industrie projette une production comprise entre 1,3 et 1,4 million d’unités à l’horizon 2026-2028, avec un cap fixé à 2 millions de véhicules par an à l’horizon 2030. Des objectifs programmatiques, qui traduisent une stratégie, mais ne constituent pas encore une réalité industrielle.

L’enjeu ne se limite toutefois pas aux volumes. Il se joue aussi, et surtout, sur le terrain de l’intégration locale. Celle-ci progresse avec le développement de la production de moteurs, de composants technologiques et, plus récemment, de pneumatiques.

L’accord conclu avec Stellantis illustre cette logique : hausse des cadences, élargissement de la gamme et ambition d’un taux d’intégration locale avoisinant 80%, malgré la persistance de composants à forte valeur ajoutée encore importés.

Tournant
La transition vers l’électrique redistribue les cartes. Dans les véhicules électriques, la valeur se concentre dans les batteries, l’électronique et les systèmes de gestion. Construire un écosystème local autour de ces technologies représente une opportunité stratégique majeure pour le Maroc, à condition de capter les investissements, les savoir-faire et les chaînes d’approvisionnement associées.

Dans cette perspective, la relance de l’industrie des pneumatiques, avec l’implantation d’une unité à Tanger, s’inscrit dans une logique de consolidation de la chaîne de valeur. Produire localement pour alimenter à la fois le marché intérieur et les constructeurs installés sur place permet de réduire certaines dépendances, sans pour autant les effacer totalement.

L’automobile reste l’un des moteurs les plus puissants de l’industrialisation marocaine et un pilier incontournable de ses exportations. Mais la vitrine ne suffit plus. Dépendance aux marchés européens, vulnérabilité aux cycles internationaux, poids structurel des importations : les fragilités demeurent.

L’enjeu des prochaines années ne sera donc pas seulement de produire et d’exporter davantage, mais de produire autrement, en captant plus de valeur, pour rendre le modèle plus résilient face aux secousses d’un secteur automobile mondial en pleine mutation.