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Le Maroc aux avant-postes du «Made in Germany»
Plus de 300 entreprises allemandes employant plus de 35.000 personnes opèrent au Royaume. L’automobile, l’aéronautique et la production de médicaments sont autant de secteurs à fort contenu technologique dans lesquels elles évoluent. Décryptage.
L’actualité industrielle récente du Royaume a été dominée par deux faits majeurs, inhérents au positionnement et aux ambitions des entreprises allemandes. Lesquelles sont réputées à l’échelle mondiale pour leur excellence et rigueur en matière de qualité et de fiabilité.
Les deux nouveautés en question confortent, dans une certaine mesure, le dessein des industriels germaniques de faire du Maroc une base industrielle majeure afin d’approvisionner les marchés mondiaux, en particulier ceux de l’Europe et des États-Unis, deux bastions hautement porteurs.
Pas plus tard que le 6 mai 2026, l’équipementier automobile germanique, SFC Automotive Solutions (filiale du fonds d’investissement allemand Mutares), a inauguré sa nouvelle unité industrielle dans la plateforme industrielle de Tanger Med.
Spécialisé, entre autres, dans la production de solutions d’étanchéité automobile en caoutchouc et en thermoplastique, le site, implanté à Tanger Automotive City (TAC) et qui vise, à terme, un chiffre d’affaires de 85 millions d’euros et 900 emplois directs, a mobilisé un investissement de 28 millions d’euros.
Le deuxième fait significatif de ce mois de mai, en lien avec les entreprises industrielles germaniques présentes au niveau national, est l’annonce des ambitions du groupe industriel allemand MasterflexSE pour sa nouvelle usine aéronautique marocaine (Masterconduct Morocco), faisant partie de l’écosystème du géant aéronautique Boeing.
Concrètement, le groupe germanique de production de tuyaux techniques a fait état récemment de son pari de miser sur la montée en charge de sa nouvelle unité de production aéronautique marocaine et sur les livraisons contractuelles, comme les deux principaux réacteurs de sa croissance au second semestre 2026.
Ceci dit, les chiffres parlent d’eux-mêmes et témoignent incontestablement de l’attractivité ascensionnelle du Royaume aux yeux des opérateurs, originaires de la première puissance économique et industrielle de l’Europe.
Plus de 300 entreprises installées
Aujourd’hui, on recense au Maroc la présence de plus de 300 entreprises allemandes employant plus de 35.000 personnes.
Autres données significatives : en 2024, l’Allemagne, dont l’expansion économique est tirée, en grande partie par le secteur industriel (représentant près de ¼ de son PIB), s’est positionnée comme le 2e plus grand pays investisseur étranger au Maroc, avec 2,1 milliards d’euros en termes de flux net, surclassant ainsi le mastodonte industriel mondial, la Chine (3e place).
Au-delà de ces chiffres confortant la stature du Maroc comme étant un hub industriel de premier plan pour les opérateurs germaniques, il est important de souligner que la présence allemande dans le Royaume est significative, notamment dans des secteurs industriels à fort contenu technologique.
D’ailleurs, dans le domaine de l’industrie pharmaceutique, le géant germanique Bayer opérant dans le pays a annoncé, au cours du mois d’avril 2026, 200 MDH destinés à de nouveaux investissements sur la période 2026-2028. L’objectif visé par le laboratoire pharmaceutique est de multiplier ses lignes de production à Nouaceur, afin de porter à 40 le nombre de ses formules produites à l’échelle nationale.
L’automobile, le fer de lance
Dans le secteur automobile, l’équipementier allemand Leoni, implanté dans plusieurs villes et localités (Aïn Sebaâ, Bouskoura, Berrechid, Bouznika et Agadir), a annoncé au cours du mois d’avril 2026 poursuivre six projets industriels dans le Royaume pour un montant de 230 MDH.
À titre illustratif, d’ici 2027, l’équipementier automobile projette d’employer au total 23.000 personnes au Maroc. Dans la même veine, il importe de mentionner que les compagnies germaniques contribuent également, dans une certaine mesure, à la résorption du déséquilibre industriel et économique via des investissements directs en dehors de l’axe industriel traditionnel Tanger-Marrakech.
Pour preuve, il y a tout juste un peu plus d’un an (mars 2025), le projet industriel de l’équipementier automobile allemand Fränkische Industrial Pipes GmbH dans l’Oriental avait été dévoilé au grand public.
Le projet, qui devrait générer 150 emplois stables d’ici 2028, porte sur la production de systèmes de protection et de fluides en plastique pour l’industrie automobile. Il mobilisera, à terme, près de 100 MDH d’investissements directs.
Au-delà des efforts déployés pour doter cette partie du pays (l’Oriental) des profils adaptés aux besoins des industriels, d’autres facteurs ont été déterminants pour séduire la multinationale allemande (incitations à l’investissement, amélioration des infrastructures…).
Dans le même ordre d’idées, en juillet 2025, le groupe allemand ZF Lifetec, spécialiste des technologies de sécurité passive pour les occupants de véhicules, avait inauguré à Tanger Med une nouvelle usine dédiée à la production de systèmes de volants. Implantée sur une superficie de 8.000 m², l’unité industrielle a débuté ses activités en employant pas moins de 300 personnes.
Par ailleurs, notons que jusqu’en 2025, la plateforme industrielle de Tanger Med comptait une vingtaine d’entreprises allemandes évoluant, entre autres, dans l’automobile, l’électronique et la logistique.
Leurs investissements directs cumulés dans ce bastion industriel de premier plan du Royaume sont supérieurs à la barre symbolique de 3 MMDH, avec à la clé plus de 10.000 emplois directs et un chiffre d’affaires global de 9 MMDH pour l’exercice de l’année dernière.
La recette gagnante
Le grand intérêt des opérateurs industriels allemands pour le Royaume peut être expliqué par une conjonction de facteurs pour le moins très favorables.
En cela, il y a lieu de citer la disponibilité des profils de qualité (alignés sur les besoins des donneurs d’ordre industriels), la compétitivité des coûts logistiques, ainsi que l’existence des dispositions et mesures incitatives, améliorées par la nouvelle Charte de l’investissement, mise en œuvre par le gouvernement.
En plus d’autres atouts majeurs du Maroc, en l’occurrence la qualité des infrastructures de connectivité et la proximité géographique avec l’Europe, il y a un autre avantage de choix dont sont particulièrement friands les industriels étrangers, y compris allemands.
Il s’agit de l’existence des zones franches, dénommées aujourd’hui Zones d’accélération industrielles (Midparc, Tanger Free Zone, Kénitra Free Zone, Souss-Massa, Technopolis, Tanger Automotive City…). Elles sont assimilées à des terreaux favorables à l’émergence et à la pérennité de véritables écosystèmes industriels au niveau national.
En définitive, pour avoir un ordre d’idée, Tanger Automotive City, plateforme de référence de l’industrie automobile au Maroc, abrite un écosystème dynamique comprenant plus de 160 équipementiers automobiles de rang 1, 2 et 3.
