SUIVEZ-NOUS

Affaires

La crèche, un miroir des inégalités sociales

Le secteur connaît d’importantes disparités. Alors que certaines structures sont aux normes, d’autres n’ont de crèche que le nom. Les professionnels soulignent également un manque cruel d’éducatrices qualifiées sur le marché.

Publié le


Mis à jour le

Ces dernières années, les crèches et garderies d’enfants poussent comme des champignons. Et pour cause, une demande croissante d’une partie de jeunes couples marocains qui se voient contraints de recourir à ces établissements étant donné leur vie active. De quoi susciter l’intérêt de plusieurs investisseurs qui voient dans cette niche un business juteux au vu des tarifs pratiqués. Le travail des mères, l’indisponibilité ou l’éloignement des grands-parents et la difficulté à trouver des nounous font le bonheur des crèches. De plus en plus de jeunes couples y ont recours pour pouvoir se livrer à leurs activités professionnelles ou tout simplement pour s’assurer que leurs enfants acquièrent certaines compétences élémentaires avant leur accès à l’école primaire.

Comme chaque rentrée scolaire, c’est donc le rush pour trouver la «bonne crèche». «Il faut qu’elle soit pas trop éloignée du domicile, que le coût soit raisonnable et que l’encadrement soit de haut niveau», nous précise Ilham, 27 ans, employée dans une société et mère d’une fille de 2 ans. «Il est si difficile de concilier vie professionnelle et vie familiale. Les crèches privées, il y en a certes, mais leur emplacement par rapport au domicile ou au lieu de travail est souvent inadéquat et les frais sont généralement trop élevés», ajoute-t-elle.

Aujourd’hui, il est possible de faire garder son enfant à seulement quelques mètres de son lieu de travail grâce aux crèches d’entreprises. Mais le concept en est encore à ses balbutiements au Maroc. «Les crèches d’entreprises sont en plein essor en Europe. Au Maroc, le phénomène est encore embryonnaire», assène la jeune maman.

Les tarifs varient entre 500 et 6.000 dirhams par mois
«Les crèches sont bien plus que de simples garderies», comme l’indique Hafsa Bencherki, directrice d’un établissement à Casablanca. «Aujourd’hui, les crèches sont des lieux d’apprentissage, d’épanouissement et de préparation à la vie en société. En offrant un environnement favorable à la croissance physique, intellectuelle, émotionnelle et sociale des enfants, elles contribuent de manière significative au développement harmonieux des tout-petits». Cette crèche accueille les enfants de 3 mois à 5 ans et dispose d’un jardin d’une superficie de 130 m2. Elle compte aujourd’hui 30 enfants encadrés par 9 éducatrices. «La majorité des parents que nous avons sont nos voisins. Les gens préfèrent que la crèche soit à proximité du domicile». L’établissement propose plusieurs prestations en fonction des tranches d’âge. Des activités ludiques, des jeux instructifs, du théâtre, du chant, etc. Ces prestations sont assurées en français et en anglais. Pour cette crèche, la facture mensuelle s’élève à 2.500 dirhams, en plus des frais d’inscription qui se montent à 5.000 dirhams. Ces tarifs ne sont toutefois pratiqués que par des établissements quelque peu huppés et bien situés, et peuvent aller dans d’autres jusqu’à 6.000 dirhams par mois. Ils justifient leurs prix par la qualité des prestations : «Pour garantir un service de haute qualité, notamment lorsqu’il s’agit de prendre en charge des enfants en bas âge, il faut investir dans l’encadrement humain et dans les équipements. De plus, il convient de noter que pour être dans un quartier bien situé, il faut payer cher le foncier, surtout dans une ville comme Casablanca», mentionne Hafsa, qui assure que le salaire d’une bonne éducatrice démarre à 6.000 dirhams et peut dépasser les 10.000 dirhams.

Dans les quartiers populaires, le décor change. Des dessous d’immeubles et des garages font office d’institutions qui proposent leurs services à des parents en quête d’un lieu où placer leurs enfants de moins de six ans à moindre prix. La mensualité démarre à 500 dirhams. Le témoignage de Salima, une éducatrice qui compte plus de 30 ans d’expérience dans le domaine, révèle cet envers du décor : «J’ai travaillé dans des crèches qui ne sont pas du tout aux normes. Pas de récré, pas de jouets, pas de livres. Dans des locaux glauques s’entassent filles et garçons», précise-t-elle, émue. «Cette situation impacte négativement la psychologie des enfants qui se mettent souvent en colère. En plus, des éducatrices sans bagage pédagogique sont en charge d’encadrer ces enfants. Pas de place ni à la créativité ni à la communication», conclut-elle. Pénurie de personnel qualifié, employées en burn-out, enfants délaissés, voilà le côté cour de ces établissements.