SUIVEZ-NOUS

Affaires

Industrie automobile: Une nouvelle phase de montée en gamme

Fini l’époque où ne sortait des lignes de production marocaines que des véhicules «très économiques» des segments B et C. Aujourd’hui, on assiste à une montée en gamme substantielle des modèles produits localement avec des motorisations variées (thermique, hybride, électrique). Analyse.

Publié le

Les performances de l’industrie automobile nationale (1er poste des exportations) sont la résultante d’un travail collectif de longue haleine, abattu de concert par les pouvoirs publics et les industriels. L’élaboration, au cours des 25 dernières années, de plusieurs stratégies, qui s’avèrent payantes, est une parfaite illustration de la logique long-termiste qui a prévalu dans le secteur automobile.

Aujourd’hui, plusieurs données factuelles confortent la compétitivité de l’industrielle nationale, forte d’un large écosystème composé d’équipementiers (des rangs 1, 2 et 3) et de deux constructeurs mondiaux (Groupe Renault et Stellantis) et d’un acteur local, en l’occurrence NEO Motors.

Le Royaume, qui affiche un taux d’intégration oscillant entre 59 et 60%, dispose d’une capacité installée de plus de 900.000 véhicules, avec l’ambition de se rapprocher, à terme, du million d’unités. Dévoilé au premier semestre 2026, le classement établi par l’Organisation internationale des constructeurs d’automobiles (OICA) a placé le Maroc au 1er rang des producteurs africains de véhicules de tourisme (devant l’Afrique du Sud), avec 524.467 unités, fabriquées par les lignes de production nationales en 2024.

En 2025, cette branche industrielle (pilier des exportations marocaines) a généré un chiffre d’affaires de plus de 16,9 milliards de dollars à l’export. Au-delà de ces chiffres éloquents, la trajectoire ascendante de l’industrie automobile, en termes de montée en gamme, peut être amplement illustrée par l’évolution des modèles produits par les deux constructeurs mondiaux présents au Maroc.

Deux nouveaux SUV Fiat 

L’actualité de l’industrie automobile nationale de mi-juillet 2026 a été marquée par le lancement officiel de la plateforme Smart Car par le constructeur Stellantis dans son usine de Kénitra, laquelle fabriquera les Fiat Grizzly (SUV spacieux et polyvalent) et Fastback (SUV coupé). La commercialisation de ces deux modèles «made in Morocco», de la marque italienne, est prévue au quatrième trimestre 2026.

Ce lancement officiel durant l’été 2026 témoigne de la montée en puissance et en gamme du complexe industriel de Kénitra, qui est désormais en mesure de produire en même temps des véhicules (VP) thermiques, hybrides et électriques.

En réalité, Stellantis considère ce lancement comme la confirmation de la montée en puissance du site de Kénitra et de la capacité du Royaume à accueillir des projets automobiles de plus en plus ambitieux et complexes.

Inaugurée par SM le Roi, il y a 7 ans (2019), l’usine marocaine du constructeur automobile mondial, dont la capacité de production annuelle a été portée à 535.000 unités par an (400.000 VP et 135.000 de véhicules de micromobilité), a commencé par produire la Peugeot 208 (à moteur thermique), avec une capacité de fabrication de 350.000 moteurs par an. Pour rappel, l’extension de la capacité du site industriel, inauguré en 2025, a mobilisé un investissement de près de 1,2 milliard d’euros.

Fort d’un taux d’intégration de l’ordre de 69%, le site qui compte désormais un outillage dédié à la plateforme Smart Car, dont la production débute avec les deux nouveaux modèles de Fiat, ambitionne d’atteindre 75% à l’horizon 2030 et un volume d’achats supérieur à 6 milliards d’euros auprès des fournisseurs et équipementiers implantés au Maroc. L’atteinte de cet objectif passera également par l’intégration de plus de technologies.

Ceci dit, l’usine de Stellantis au Maroc a désormais la capacité de produire plusieurs modèles sur une même base industrielle, avec des critères de performance et de qualité très élevés. Côté tech, le site, doté d’un système automatisé de contrôle qualité de 100% des caisses en temps réel, n’est pas en reste, puisqu’il dénombre des robots collaboratifs (assistants d’opérateurs pour certains vissages).

En clair, en sept ans, la structure industrielle de Stellantis au Maroc est passée d’une organisation industrielle manuelle à un modèle connecté, digitalisé et automatisé. Cette mutation est un gage de gains en compétitivité. Et ce, dans un marché mondial marqué par une rude concurrence, où la différence se fait au niveau des coûts de production, de l’excellence industrielle (performance) et de l’innovation. En résumé, le nouveau projet industriel de Kénitra confirme une fois de plus que le Maroc est l’un des principaux points d’ancrage du Plan stratégique de Stellantis à l’horizon 2030, et dont l’épine dorsale est formée du triptyque : électrification, innovation et intégration territoriale.

Les ambitions du groupe français

À l’instar de Stellantis, dont la production industrielle progresse substantiellement en gamme au Maroc, le groupe Renault, qui dispose de deux usines de production de véhicules (Tanger et Somaca), a accéléré au cours de ces dernières années sa mue technologique, tout en misant sur la R&D, l’électrification et l’intégration locale.

En termes de montée en gamme, 2024 est une année charnière pour l’imposante usine de Tanger, qui a lancé officiellement la production du Jogger (segment C), aux côtés du best-seller la Dacia Sandero et la Logan.

En réalité, la production du Jogger au Maroc marque un tournant clé pour Renault Group qui, grâce à ce modèle du segment C, a fait sa première incursion dans la fabrication de véhicules hybrides dans le Royaume.

Au registre technologique, le lancement du Jogger a permis au site de Tanger de se mettre à niveau, avec l’introduction d’une trentaine de nouveaux robots et la formation de plus de 2.500 collaborateurs. Ce n’est pas tout : l’usine de Tanger, qui intègre l’IA pour le pilotage de la consommation d’énergie, avait aussi porté son taux d’automatisation à 40%. Dans le même ordre d’idées, notons qu’une version hybride de la Dacia Sandero sera lancée sur le marché européen au 4e trimestre 2026.

La centralité du Maroc pour le groupe Renault est amplement confortée par le fait que le Royaume constitue pour le constructeur français le 2e pays de production au niveau mondial (voir encadré). De plus, un véhicule du constructeur français sur six vendu dans le monde est aujourd’hui fabriqué dans les usines marocaines de Renault Group, qui compte les doter de nouvelles gammes électrifiées basées sur une nouvelle plateforme à l’horizon 2030.

Expansion de l’ingénierie

Le rôle stratégique que joue le Maroc au sein du dispositif du constructeur mondial peut être corroboré par l’annonce du démarrage des activités de Renault Technologie Maroc. Il s’agit d’un centre d’ingénierie dédié aux activités de recherche et développement.

Ce centre implanté à Tétouan et au cœur de l’usine de Tanger fédère des ingénieurs et des techniciens marocains. Il s’attelle à contribuer au développement et au renouvellement des véhicules du groupe pour le Maroc et l’international, et ce, en amont du processus d’industrialisation (activités de conception).

Pour sa part, Stellantis a été pionnier au Maroc de l’intégration des activités en amont de la chaîne de valeur automobile, avec la création, dès 2017, du Morocco Technical Center (MTC) à Casablanca, devenu Africa Technical Center (ATC).
Le centre à la pointe de la technologie (IA, analyse virtuelle) compte plus de 900 ingénieurs en interne. Jusque-là, cette structure d’ingénierie a piloté le développement, le design, l’ingénierie et l’exécution de l’ensemble des projets qui ont été industrialisés dans l’usine de Kénitra, avec plusieurs niveaux d’hybridation, en plus de la version thermique.

Notons que l’Africa Technical Center de Casablanca s’est distingué dans le domaine pointu des moteurs. Il a développé depuis le Maroc des technologies de pointe pour le constructeur automobile mondial.


Près de 400.000 unités produites

Les deux usines de Renault Group implantées au Maroc (dotées d’une capacité totale de plus de 500.000 unités) ont produit 394.474 véhicules en 2025. Ce qui représente un repli de 5% par rapport au record de 2024 (plus de 410.000 véhicules produits).
Les usines de Tanger et de Casablanca (Somaca) visant un taux d’intégration de 80% d’ici 2030 ont respectivement fabriqué 299.395 et 95.079 véhicules en 2025.

Plus de 82% de la production de l’année dernière (autour de 327.552 véhicules) a été exportée vers 63 pays. Avec sa vocation export très affirmée, l’usine de Renault Group de Tanger a exporté 95% de sa production (soit 282.498 véhicules). La Somaca a pour sa part expédié hors du Maroc 47% de sa production (45.054 véhicules), dans un contexte marqué par une forte croissance du marché domestique du neuf.