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Hydrogène vert : Pourquoi le Maroc doit miser sur les technologies d’électrolyse
Porté par l’essor des projets d’énergies renouvelables et la décarbonation industrielle, le marché mondial des électrolyseurs connaît une croissance rapide. Le Royaume gagnerait à y investir afin de renforcer sa souveraineté technologique et structurer une chaîne de valeur industrielle autour de l’hydrogène vert.
Dans la course mondiale à l’hydrogène vert, l’enjeu ne se limite plus à la production d’électricité renouvelable à bas coût. Le véritable défi réside désormais dans la maîtrise des technologies d’électrolyse, indispensables pour rendre l’hydrogène vert compétitif et industriellement viable.
Conscientes de cet enjeu stratégique, des puissances comme la Chine et les États-Unis investissent massivement dans la fabrication d’électrolyseurs afin de produire une masse critique d’équipements et de capter des parts de marché significatives.
Le contexte mondial est particulièrement porteur. Estimé à plus de 13 milliards de dollars en 2026, le marché des électrolyseurs devrait atteindre 509 milliards de dollars à l’horizon 2035, porté par la décarbonation industrielle et la multiplication des projets d’hydrogène vert.
Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la capacité installée, qui n’excédait pas 5 gigawatts (GW) il y a peu, pourrait dépasser 500 GW au cours des prochaines années.
Un pari industriel et de souveraineté
Pour le Maroc, investir dans les technologies d’électrolyse dépasse largement le cadre énergétique. Il s’agit d’un véritable pari industriel et de souveraineté technologique, à la hauteur des ambitions du Royaume qui vise à capter près de 4% de la demande mondiale d’hydrogène vert d’ici 2030.
Le Royaume ambitionne d’installer 10 GW d’électrolyseurs et jusqu’à 20 GW de nouvelles capacités renouvelables dédiées à l’hydrogène vert à l’horizon 2030, avec pour objectif la production de plusieurs millions de tonnes de dérivés, notamment l’ammoniac vert. Un défi ambitieux mais réaliste, compte tenu des atouts structurels du pays.
Grâce à l’abondance de ses ressources solaires et éoliennes, le pays dispose des conditions nécessaires pour bâtir une industrie des électrolyseurs à grande échelle et structurer des chaînes de valeur complètes autour de l’hydrogène.
Ces technologies pourront être alimentées par des volumes importants d’eau issus de stations de dessalement fonctionnant aux énergies renouvelables, donnant naissance à une chaîne énergétique intégrée et durable.
«Le Maroc bénéficie d’un avantage stratégique majeur : un mix énergétique extrêmement compétitif, fondé sur le solaire et l’éolien», souligne le professeur Abdessamad Faik, directeur du Laboratoire des matériaux inorganiques pour les technologies énergétiques durables (LIMSET) à l’UM6P.
«La baisse continue du coût de l’électricité, combinée à l’amélioration du rendement des électrolyseurs, qui pourrait passer de 65% à plus de 75%, est susceptible de transformer profondément l’équation économique de l’hydrogène vert», ajoute-t-il.
Réduction des coûts : La clé de la compétitivité
L’industrialisation à grande échelle des électrolyseurs constitue un levier central pour réduire les coûts et, par ricochet, le prix de l’hydrogène vert. Aujourd’hui estimé autour de 2,5 dollars par kilogramme au Maroc, ce coût pourrait chuter à moins de 1,1 dollar si le prix des électrolyseurs descendait à 200 dollars par kilowatt, selon le chercheur.
Une dynamique de baisse est d’ailleurs déjà engagée à l’échelle internationale. Les prix devraient progressivement converger vers une fourchette de 440 à 500 dollars par kilowatt d’ici 2030.
«Pendant longtemps, les électrolyseurs étaient fabriqués en petites séries, notamment en Chine, ce qui limitait les volumes et renchérissait les coûts. Aujourd’hui, des projets de gigafactories émergent en Europe, en Asie et au Maroc, ouvrant la voie à une production de masse et à des économies d’échelle significatives», explique Faik.
Dessalement : Un impact limité sur les coûts
La question de l’eau, souvent soulevée dans les débats autour de l’hydrogène vert, mérite d’être nuancée. Contrairement à certaines idées reçues, l’électrolyse est relativement économe en eau, avec un besoin estimé entre 8 et 10 kg par kilogramme d’hydrogène produit, contre 13 à 18 kg pour les procédés traditionnels d’hydrogène gris.
«Au Maroc, l’approche privilégiée repose sur des systèmes intégrés associant production d’hydrogène et unités de dessalement», précise le directeur du LIMSET. L’impact du dessalement sur le coût final de l’hydrogène resterait marginal, de l’ordre de 0,01 à 0,02 dollar par kilogramme, un surcoût jugé négligeable.
L’expert insiste toutefois sur l’importance de la qualité de l’eau utilisée. La présence d’impuretés, telles que le soufre ou le magnésium, peut dégrader les électrodes et réduire l’efficacité des catalyseurs.
«Sans systèmes de purification performants, les performances se dégradent rapidement, à l’image d’un moteur alimenté par un carburant de mauvaise qualité», avertit-il.
OCP et Al Mada accélèrent la cadence
Le Maroc peut s’appuyer sur plusieurs initiatives structurantes déjà engagées. Le groupe OCP fait figure de pionnier, avec le lancement en 2021 de la plateforme technologique «Green H2A», en partenariat avec l’IRESEN et l’UM6P, sur le site industriel de Jorf Lasfar.
Ce projet vise notamment la production de quatre tonnes d’ammoniac vert par jour, à partir d’une capacité d’électrolyse de 4 MW, répartie entre technologies PEM et alcaline.
En parallèle, OCP a multiplié les alliances internationales, notamment avec l’américain Peregrine Hydrogen pour l’industrialisation d’une technologie d’électrolyse innovante, et avec l’australien Fortescue pour le développement de projets intégrés d’hydrogène vert et la fabrication d’équipements, dans le cadre de son objectif de neutralité carbone à l’horizon 2040.
La holding Al Mada n’est pas en reste. Via son fonds Al Mada Ventures, elle a investi dans la start-up britannique Supercritical Solutions, spécialisée dans les électrolyseurs à haute pression, ouvrant la voie à des technologies plus compactes et plus efficaces.
Un partenariat stratégique qui devrait permettre à l’entreprise de la holding spécialisée dans les énergies renouvelables, Nareva, d’accélérer le développement de son projet de production d’ammoniac, d’acier vert et du méthanol, avec Taqa et l’espagnol Cepsa. Un des six projets sélectionnés dans le cadre de «l’Offre Maroc».
De la R&D et des partenariats académiques
La recherche constitue un autre pilier de la stratégie marocaine. En collaboration avec la start-up britannique Oort Energy, l’UM6P a développé un électrolyseur solaire de 1 MW destiné à un projet pilote à Jorf Lasfar.
De son côté, l’École nationale des sciences appliquées (ENSA) d’El-Jadida a noué un partenariat avec Renew Tech pour développer des électrolyseurs haute performance et des solutions de stockage d’hydrogène solide, au service de la décarbonation industrielle.
