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Gazoduc Afrique Atlantique : Un modèle d’intégration régionale

Grâce à une coopération exemplaire entre les États traversés, le gazoduc Nigéria-Maroc entame sa dernière ligne droite avant le lancement des travaux. À terme, ce mégaprojet renforcera l’intégration énergétique et logistique de la région, avec Dakhla comme point d’ancrage.

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Le gaz naturel est une énergie de transition abondante sur le continent, plus propre que le charbon et capable de soutenir le développement industriel des économies locales. Plusieurs pays de la région, comme le Nigéria, la Mauritanie, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Ghana, possèdent d’importantes réserves.

Le projet pharaonique du gazoduc Afrique Atlantique doit permettre de mieux valoriser ces ressources et positionner la région comme exportatrice nette d’énergie. La réalisation de ce projet, dont plusieurs jalons décisifs ont déjà été posés, implique une quinzaine de pays et nécessite de ce fait une coordination parfaite entre les différents intervenants.

Relever ce défi n’est pas une mince affaire. De ce point de vue, le gazoduc fait déjà figure d’exemple de coopération et d’intégration au niveau régional, susceptible d’être dupliqué dans d’autres projets structurants à l’échelle régionale.

«Le défi consiste à développer les infrastructures et bâtir des partenariats équilibrés. Dans cette perspective, le gazoduc illustre la convergence des ambitions. Il se situe au carrefour de l’énergie, de la connectivité et de la coopération», résume Mohammed Benzaria, directeur général d’Onhym Midstream Co (OMCo), filiale à 100% de l’Onhym, en charge du transport et du stockage du gaz naturel.

Le principal challenge relevé a été celui de la coordination sur plus de 6.000 km de tracé, avec des études techniques, environnementales, etc., conduites dans 13 pays. «Pour y parvenir, nous avons procédé à des signatures d’accords avec l’ensemble des pays traversés. Ce qui a permis d’harmoniser les exigences d’aligner les approches méthodologiques», explique le DG d’OMCo.

Ce dernier ne manque pas de rappeler l’ampleur du projet : le pipeline traversera 13 pays côtiers et 3 pays enclavés du Sahel sur près de 7.000 km. Au niveau du Maroc, il s’interconnectera avec le Gazoduc Maghreb Europe, et via celui-ci au réseau gazier européen. Sa capacité sera de 30 milliards de m3 de gaz, dont 18 destinés à l’export.

Son Capex est de l’ordre de 25 milliards. Sur ce montant, 20% concernent la seule composante logistique. Le gazoduc est en outre conçu pour transporter à terme l’hydrogène vert qui jouera un rôle important dans la transition énergétique mondiale.

Des étapes décisives déjà franchies
La coordination «exemplaire» entre les différents intervenants au projet a déjà permis de franchir des étapes décisives pour sa concrétisation. «Les études d’ingénierie sont finalisées. Le tracé est validé (une dizaine de MoU ont été signés avec la Cédéao et les pays traversés).

Le sondage pour le tracé on-shore au Maroc, de Dakhla à la région de Ouezzane, où le gazoduc atlantique se connectera au GME, est également terminé. C’est le cas également pour les sondages offshore pour le segment Dakar-Dakhla.

Ceux pour le tracé entre le Nigéria et le Sénégal sont en cours», détaille Benzaria, qui souligne que les différents MoU signés ont permis le déploiement d’un dispositif logistique exceptionnel, pour mener les études sur le terrain et en mer.

Par ailleurs, indique le responsable, le package EPC (Engineering, Procurement, Construction) est déjà finalisé. Une demande d’expression d’intérêt sera lancée pour initier le processus d’appel d’offres prochainement, a-t-il affirmé, précisant qu’un sondage informel du marché a été réalisé et qu’un intérêt «significatif» a été exprimé par les soumissionnaires potentiels.

Voilà pour la partie technique. Reste à transformer l’essai sur le plan politique. «La prochaine étape sera la signature de l’accord intergouvernemental. C’est un document qui sera paraphé par l’ensemble des chefs d’État, qui ouvrira la voie au démarrage effectif de la construction.

Il sera signé très prochainement, dépendamment des agendas des chefs d’État». Cet accord, pour rappel, a déjà été approuvé par l’ensemble des États de la Cédéao lors de son sommet de décembre 2024.

Sur la construction à proprement parler du gazoduc, une approche en tronçon a été privilégiée. Le premier, au sud, reliera le Nigéria et la Côte d’Ivoire, le tronçon central s’étendra de la Côte d’Ivoire au Sénégal, et le tronçon nord reliera le Sénégal au Gazoduc Maghreb-Europe (GME), connecté au réseau européen.

«Chaque tronçon est défini pour être “self supported”, c’est-à-dire qu’il a son propre business case et peut être réalisé indépendamment des autres tronçons», précise le DG de OMCo. Pour piloter les travaux, une société de projet est sur le point d’être mise en place. Structurée en holding, elle aura des participations dans des sociétés filiales.

Chacune d’entre elles aura la responsabilité de chaque segment régional, de finaliser son design et de démarrer sa construction. Au rythme où vont les choses, une première injection de gaz dans les premiers segments du pipeline est prévue pour 2030.

Concernant le financement, le choix d’une structuration en «Project Finance» pour chaque tronçon a été retenu pour la majeure partie du tracé, sauf pour le segment de 200 km reliant le GME à Mohammédia, qui relève du plan gazier du ministère de la Transition énergétique, qui sera fait en PPP.

«Pour le reste du projet, la stratégie est d’organiser le financement sous forme de “Project Finance” structuré avec une partie dette et une partie equity, et qui serait adossé en termes de revenu sur les contrats de transport entre les propriétaires de molécules et les consommateurs.

L’idée est de minimiser la participation de l’argent public. C’est un projet qui sera financé par le marché, par le privé, et construit par le privé», explique le patron d’OMCo.

Le rôle logistique pivot de Dakhla
Le gazoduc est une opportunité structurante pour les territoires traversés, et notamment pour Dakhla, appelée à accueillir le point d’entrée terrestre du gazoduc et l’une de ses stations de compression, positionnant la cité saharienne et son futur port comme un hub énergétique majeur en Afrique de l’Ouest.

Par ailleurs, Dakhla sera le véritable pivot stratégique et logistique du Gazoduc pendant sa construction. Ainsi, pour le premier tronçon qui reliera le Sénégal au Maroc, les travaux, ainsi que la coordination logistique, seront organisés à partir de Dakhla, qui jouera un rôle central dans les opérations.

«C’est à Dakhla que nous recevrons les tubes qui seront installés en mer entre le Maroc et le Sénégal. C’est aussi à Dakhla que seront préparés et localisés les différents opérateurs et travailleurs qui seront en charge des travaux autour de la station de compression», nous apprend Benzaria.

Au final, ce mégaprojet vient bien au-delà de la mise en place d’un corridor énergétique. Il démontre la capacité de l’Afrique à livrer des infrastructures stratégiques, conformes aux normes internationales les plus exigeantes en termes de sécurité et de fiabilité.

Au-delà de son importance énergétique, le gazoduc va également structurer de nouveaux corridors logistiques, renforcer la connectivité de l’Afrique atlantique et créer des opportunités majeures pour les chaînes de valeur régionales.