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Dossiers Spéciaux

Tarik Elmalki : «La RSE n’est ni du paternalisme ni de la philanthropie»

Directeur général par intérim du Groupe ISCAE et président de l’Observatoire de la RSE au Maroc (ORSEM), il revient sur les enjeux liés à ce concept au Royaume.

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Depuis quand la thématique de la RSE a commencé à être prise en compte au Maroc ?
J’ai rédigé, pour la première fois au Maroc, une thèse intitulée «Environnement des entreprises, responsabilité sociale et performance: analyse empirique dans le cas du Maroc». À l’époque, le sujet était pratiquement inexistant au Maroc. Je pense avoir été le premier au Maroc à avoir rédigé une thèse sur cette thématique.

La thématique n’était-elle donc pas vraiment adoptée par les entreprises marocaines ? Même sous un aspect plus paternaliste ?
Eh bien, disons qu’il y avait beaucoup de confusion. On mélangeait souvent la RSE avec la philanthropie, avec le paternalisme… Donc l’idée, c’était de montrer que la RSE n’était pas une manière paternaliste de gérer l’entreprise, mais plutôt un paradigme, un champ de recherche en tant que tel, qui a été exploré aux États-Unis depuis trente ans maintenant.

Vous êtes président de l’Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises au Maroc (ORSEM) ? À quoi sert cet organisme ?
L’ORSEM a été créé dans le prolongement d’un cours que j’avais produit à l’ISCAE, dédié à la RSE, avec une dizaine d’amis et de collègues d’horizons confondus, passés par les questions liées à la RSE, surtout dans un pays comme le Maroc, dont vraiment c’était le point faible, au niveau social, jusqu’à ces dernières années. L’idée est de songer à ce que peut faire l’entreprise, puisque l’État ne peut pas tout faire, pour améliorer les conditions de travail de ses salariés. Avec des chercheurs, des doctorants, nous avons commencé par faire un état des lieux tout en organisant des rencontres, des worskshops, mais également la mise en réseau entre chercheurs, partenaires, entreprises qui ne se connaissent pas et qui gagneraient à travailler ensemble.

Comment l’ORSEM a-t-il contribué à promouvoir la RSE chez des entreprises marocaines ?
La 2e étape, au niveau des entreprises, pas certainement les plus connues, on a travaillé sur des kits, des études de cas, en choisissant deux ou trois thématiques. Parmi elles, les conditions de travail, les approches genre, la gouvernance. On a travaillé sur des mini-cas avec des entreprises qui voulaient promouvoir ces bonnes pratiques et qui veulent que cela serve d’exemple pour d’autres. L’idée était de les aider à formaliser et à structurer la RSE au sein de leur entreprise.

La CGEM a lancé un label RSE ? Quel est l’intérêt pour une entreprise d’obtenir ce label ?
Ce n’est pas que du markéting. Il y a aussi un enjeu financier, notamment d’accès aux marchés, à la commande publique aussi, par des preneurs d’ordre internationaux, par des clients de l’Union européenne. Depuis quelques années, l’Union européenne met beaucoup de barrières non tarifaires à des entreprises marocaines pour les empêcher, ou du moins complexifier l’accès à leur marché.

Vous êtes président par intérim de l’ISCAE. Quelles sont les actions menées en interne par l’institut en matière de RSE ?
Nous avons aussi à notre niveau des responsabilités. Ce qu’on appelle la responsabilité sociale universitaire. L’idée est de promouvoir ces questions liées à la RSE. On le fait à travers deux niveaux. Au niveau pédagogique d’abord, à travers notre offre de formation, dont la création d’un master dédié à la stratégie RSE et développement durable. Au niveau organisationnel, nous avons un projet de «smart green campus» à l’ISCAE Casablanca. Il s’agit de réaménager le campus de Casablanca avec une réorientation vers plus d’économie d’énergie, de lutte contre le réchauffement climatique, connecté à un grand focus sur la digitalisation. Et au niveau de l’organisation interne, à travers la mise en place d’un certain nombre d’actions dédiées au bien-être du personnel.