SUIVEZ-NOUS

Affaires

Énergies renouvelables : Le Maroc bien parti pour gagner son pari

Avec déjà plus de 5.440 MW de puissance installée, les énergies renouvelables représentent aujourd’hui 45% de la capacité électrique au Maroc. L’objectif d’un taux de 52% en 2030 sera atteint avant l’échéance.

Publié le


Mis à jour le

Le Maroc a adopté depuis 2009 une stratégie énergétique ambitieuse plaçant les énergies renouvelables au centre du mix énergétique national. Initiée par un Souverain visionnaire, cette stratégie, déclinée en programmes avec des objectifs précis et accompagnée par des réformes législatives et institutionnelles, a fait du Maroc l’un des pays émergents les plus engagés dans le développement des énergies de sources renouvelables, notamment éolienne et solaire. Quinze ans après, en effet, les résultats sont probants. L’objectif de porter la part des énergies renouvelables (éolienne, solaire et hydraulique) dans la puissance électrique installée à plus de 52% d’ici 2030 sera même dépassé. Selon les derniers chiffres du ministère de la Transition énergétique et du développement durable, la capacité électrique des énergies renouvelables est passée de 1.969 MW en 2009 à plus de 5.440 MW (dont 2.400 MW d’origine éolienne) à fin août 2024.

La part des énergies renouvelables dans la puissance électrique installée est ainsi passée de 32,2% en 2009 à 45% à date. Dans le même temps, le coût moyen des énergies renouvelables est en baisse constante, faisant du Maroc l’un des pays les plus compétitifs au monde en la matière, notamment en ce qui concerne l’énergie éolienne, grâce au potentiel extraordinaire en sources renouvelables dont dispose le pays.

Selon un rapport du Conseil économique, social et environnemental, «le coût moyen de l’électricité sur le réseau pourrait encore baisser de 0,79 DH/kWh aujourd’hui à 0,61 DH/kWh en 2040 et 0,48 DH/kWh en 2050».

La montée en puissance des EnR se manifeste aussi dans le nombre de licences accordées pour le développement de projets d’énergies renouvelables, en particulier sous la houlette de l’actuel gouvernement. Ce dernier a toujours, selon le ministère, quadruplé, atteignant 56 projets durant la première moitié de la législature actuelle, contre seulement 14 projets entre 2011 et 2020. De plus, la capacité des énergies renouvelables autorisée a atteint 1.991,5 MW au cours de cette même période, marquant une hausse importante de 75%, par rapport aux 1.139 MW enregistrés de 2011 à 2020.

Le constat est le même pour ce qui est des investissements dans les projets des énergies renouvelables approuvés, qui ont totalisé 25,3 milliards de dirhams durant la première moitié de la législature actuelle, en hausse de 42% par rapport aux 17,5 milliards de dirhams mobilisés durant la période 2011-2020. Des données qui confirment la trajectoire «verte» prise par le Maroc, au moment où les enjeux de décarbonation et de souveraineté énergétique sont érigés au rang de priorités stratégiques. Sur ce dernier point d’ailleurs, les résultats sont déjà perceptibles : cette année, le Maroc devrait réduire son taux de dépendance énergétique à 88%, contre près de 99% en 2008. Le CESE estime que le pays peut passer d’une dépendance énergétique de près de 88% à 35% en 2040 et moins de 17% en 2050. À terme, le Maroc, un pays dépendant des importations d’énergies fossiles, pourrait même devenir un exportateur net d’énergie…

Projets dans les starting-blocks
La transformation énergétique du Royaume se mesure aussi aux nombreux projets emblématiques qui ont vu le jour durant ces 15 ans, de Tanger à Dakhla. C’est le cas du complexe Noor Ouarzazate (580 mégawatts répartis sur quatre centrales), un des plus grands parcs solaires au monde, qui alimente près de deux millions de Marocains en électricité. Citons aussi les parcs éoliens de Tarfaya (300 MW), Bir Anzarane (200 MW), Midelt (200 MW) ou encore celui de Tanger (140 MW). Tout récemment, c’est le parc éolien de Jbel Lahdid de 270 MW, dans la province d’Essaouira, qui a été mis en service. Et ce n’est pas fini… D’autres projets verront bientôt le jour, à l’image du programme éolien Nassim Nord (400 MW), ou encore des stations de transfert d’énergie par pompage (STEP) d’Abdelmoumen (350 MW), dans la région Sous-Massa, et la STEP d’El Menzel (300 MW), dans la province de Sefrou. Enfin, le complexe solaire Noor Midelt, l’un des plus grands projets solaires au monde, avec une capacité projetée de 1.600 MW, dont 600 MW de CSP et 1.000 MW de photovoltaïque, devrait entrer en service fin 2027.

Au total, ce sont quelque 3.500 MW de capacité installée dans le renouvelable qui sont en développement par Masen à l’horizon 2027. De quoi permettre au Maroc de réaliser son ambition, avant l’échéance 2030.

Transport : Des investissements massifs requis
La hausse des capacités de production des énergies renouvelables doit toutefois s’accompagner d’investissements conséquents dans le réseau électrique, pour pouvoir acheminer sur l’ensemble du territoire cette énergie verte et à moindre coût. Il s’agit, d’une part, de renforcer le réseau existant, mais surtout de créer des autoroutes de l’électricité permettant de relier les zones de production aux principaux bassins de consommation. C’est dans ce cadre que s’inscrit le projet pharaonique d’interconnexion électrique haute tension entre le sud du Royaume, en particulier les provinces sahariennes où les ressources renouvelables sont abondantes, et le nord. Ce projet, qui est entré dans la phase de préqualification des entreprises intéressées, consiste en une ligne d’une longueur de 1.400 km, et aura une capacité de 3.000 MW ! Il nécessite un investissement de plus de 20 milliards de dirhams.

Un montant conséquent qui implique le secteur privé dans son financement, à travers des PPP. Globalement, au vu des ambitions du Maroc dans des secteurs aussi porteurs que l’hydrogène vert ou le dessalement, les investissements dans le transport de l’électricité sont appelés à augmenter la cadence.

Selon la tutelle, la cadence annuelle de ces investissements devra être triplée d’ici 2030, en particulier dans les infrastructures de transport d’électricité, un domaine qui a souffert d’un sous-investissement chronique.