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En Couv’. Rachid Yazami: «Le Maroc peut se positionner sur le marché mondial des batteries électriques»
L’expert dans les batteries au lithium nous commente les détails techniques du projet de Gigafactory de batteries électriques au Maroc. Malgré certaines réserves, il reste optimiste quant à la capacité du Royaume à placer ses pions sur ce marché très prometteur.
Le Maroc vient d’annoncer un grand projet de Gigafactory pour la production de batteries pour véhicules électriques et de systèmes de stockage d’énergie. Quel est votre avis par rapport à la consistance du projet ?
Tout d’abord, il faut préciser qu’il s’agit d’un mémorandum d’entente et non d’un accord. Ce qui sera difficile, à mon avis, c’est de mobiliser les financements prévus pour ce projet et qui avoisinent les 65 milliards de dirhams. C’est énorme. J’ai aussi quelques réserves par rapport aux chiffres avancés. On parle d’une capacité de production qui pourrait atteindre 100 GWh/an à terme, soit presque trois fois la capacité de l’usine similaire de Tesla. On parle aussi de la création de 25.000 emplois, alors que dans des usines pareilles, on compte 400 à 500 employés.
Dans le communiqué annonçant le projet, on parle de tout l’écosystème…
Maintenant, s’il s’agit effectivement de tout l’écosystème qui orbite autour de cette technologie des batteries électriques, ça peut créer énormément d’emplois. Ceci-dit, ce qui a attiré également mon attention, ce sont les caractéristiques relatives à la densité d’énergie des batteries proposées, à savoir les LFP (Lithium Fer Phosphate) et les NMC, avec des densités respectives de 210 et 360 Wh/kg. Or, ce qui existe actuellement sur le marché, ce sont les LFP à 160 Wh/kg et le NMC à 250 Wh/kg.
À vous entendre, on croirait à un effet d’annonce. Le Maroc ne dispose-t-il pas des moyens de ses ambitions ? Mettez-vous en doute la faisabilité de ce projet ?
Le Maroc est bien placé pour accueillir ce genre de projets. C’est structurant pour l’industrie automobile marocaine, et puis notre pays n’a pas le choix. Il va se positionner dans la production des batteries électriques, car il est obligé de le faire. Ce n’est plus un luxe. D’ici à 2035, aucune voiture produite en Europe, aux États-Unis ou en Chine ne sera équipée de moteur thermique. Si le Maroc veut produire des voitures électriques et rester compétitif, il devra disposer d’une telle Gigafatory de batteries pour ce type de véhicules. Maintenant, si j’ai des réserves ou des remarques, ça ne veut pas dire que je ne crois pas à la capacité du Maroc de se positionner sur ce marché très prometteur de batteries électriques qui croît de 20% chaque année.
Qu’en est-il de la disponibilité des ressources nécessaires à la production de ces batteries, comme le lithium, le cobalt et le phosphate ?
Nous disposons des ressources naturelles pour la production de batteries électriques. Si nos besoins sont plus importants, nous allons les acquérir au niveau du marché mondial. La disponibilité des ressources ne va pas être une contrainte pour le Maroc. Prenez l’usine de Tesla, elle ne dispose pas de ressources et elle importe tous ses besoins en cobalt.
Certains ont mis en doute la fiabilité du groupe sino-européen qui va porter ce projet. Pourtant, les Chinois sont les leaders mondiaux dans la production des batteries électriques…
Je ne peux pas me prononcer sur ce groupe, car je ne le connais pas. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que les Chinois disposent d’un véritable leadership dans cette industrie. Ils produisent plus de 80% des batteries électriques dans le monde. À titre d’exemple, un seul groupe chinois équipe près de 90% des véhicules électriques en Europe. En revanche, pour vérifier la fiabilité des batteries proposées par le groupe en question, je pense qu’on devrait effectuer des tests de leurs performances dans des laboratoires marocains.
