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En Couv’. Mohammed Drissi Melyani: «L’écosystème digital nécessite de passer en phase d’accélération»

Pour réussir sa transformation numérique, le Maroc s’est doté en 2017
d’une Agence censée être le catalyseur de ce virage digital. Quel est son bilan d’étape et sur quels chantiers travaille-t-elle aujourd’hui ?

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L’Agence de développement du digital (ADD) est sur plusieurs fronts. De l’e-Gov, aux start-up, à la confiance numérique, l’entité est à pied d’œuvre pour contribuer à l’émergence d’écosystèmes indispensables à l’économie numérique du Maroc. Le point avec son DG, qui préconise une montée en puissance du pays dans le numérique afin de s’insérer dans la dynamique mondiale de la digitalisation.

Peut-on parler aujourd’hui d’une véritable économie numérique au Maroc ?
Le digital représente actuellement environ 6% du PIB national. Bien que le secteur des TIC progresse et que des initiatives encourageantes aient été mises en place en matière d’accompagnement du tissu économique et entrepreneurial, l’activité de l’écosystème digital nécessite de passer en phase d’accélération. Aussi, une intégration du digital à deux vitesses s’observe aujourd’hui au niveau national, avec une transformation qui s’accélère au niveau des grands groupes et une intégration encore timide chez les PME et TPE. A noter que l’activité du secteur des TIC demeure concentrée dans les bassins économiques de Casablanca et Rabat. Je rappelle, par ailleurs, que selon la Banque mondiale, l’économie numérique pèse 15,5% du PIB mondial et a augmenté deux fois et demie plus vite que ce PIB au cours des 15 dernières années. Le Maroc gagnerait à redoubler d’efforts pour s’insérer dans cet essor mondial. La transformation digitale est en effet un accélérateur important de la compétitivité économique. L’intégration des technologies innovantes offre aux entreprises marocaines autant d’opportunités d’améliorer leur productivité, de créer et d’adresser de nouveaux marchés au service du développement économique national.

Comment l’ADD accompagne-t-elle les start-up marocaines ?
Afin de renforcer l’économie numérique du Maroc, l’Agence de développement du digital (ADD) accompagne les TPE-PME et les start-up dans leur transformation digitale. Elle a mis en place, avec ses partenaires publics et privés, un ensemble d’initiatives. Il s’agit, entre autres, de la plateforme
Startuphub.ma qui permet l’obtention du label «Jeune Entreprise Innovante en nouvelles technologies». Ce label permet à ses entreprises de bénéficier de plusieurs avantages, dont l’accès à une dotation à hauteur d’un million de dirhams par année civile. A fin janvier 2023, ce dispositif a permis de labéliser plus de 360 start-up. Cette plateforme, mise en place en 2020, permet aux jeunes pousses de présenter leurs produits ou services innovants, de bénéficier d’accompagnement de mentors et de s’informer sur les actualités et événements qui les intéressent. L’ADD travaille également sur le chantier de polarisation sectorielle. Il s’agit d’une structuration de l’écosystème en pôle sectoriel technologique (FinTech, AgriTech, GreenTech, EdTech, HealthTech, IA, Industrie 4.0…) suivant un cadre et un schéma de collaboration entre les différents acteurs. L’objectif à travers cette démarche est de créer des synergies à forte valeur ajoutée entre les différentes parties prenantes. Dans la même perspective, et pour répondre à la nouvelle conjoncture de la crise du Covid-19, l’ADD a soutenu le programme Boost with Facebook qui consiste à développer les compétences digitales au sein des TPME.
A travers ce programme, plus de 3.000 entreprises au Maroc bénéficient d’une formation sur les outils pédagogiques pour développer leur activité sur les plateformes digitales Facebook, WhatsApp et Instagram.

Qu’en est-il de la recherche en intelligence artificielle ?
L’ADD s’est doté d’un plan prioritaire dédié à l’intelligence artificielle, à travers lequel l’agence a lancé le programme AlKhawarizmi d’appui à la recherche appliquée dans les domaines de l’intelligence artificielle (IA) et du big data. Ce programme accompagne 45 projets de recherche appliquée en IA et big data à travers le financement mais aussi la formation et le coaching d’une communauté de plus de 150 chercheurs et doctorants multidisciplinaires issus de 15 structures de recherche nationales publics et privés, dans des thématiques liées à la propriété intellectuelle et industrielle, l’entrepreneuriat et l’évaluation.

Quels sont, à votre avis, les principaux prérequis indispensables pour l’émergence d’une véritable économie numérique au Maroc ?
En vue de favoriser les conditions optimales pour le développement digital et durable de notre pays, il est nécessaire de mettre en place au préalable un environnement favorable et propice à ce développement qui repose sur le déploiement de quatre piliers transverses, à savoir une meilleure adaptation du cadre réglementaire, l’élaboration d’un programme dédié de formation aux nouveaux métiers du digital, la mise en place des infrastructures adéquates pour réduire la fracture numérique et l’instauration d’une culture du digital. Cet environnement propice est nécessaire pour le déploiement des axes stratégiques de la transition digitale du pays et dont la mise en œuvre réussie dépend essentiellement de plusieurs prérequis. Il s’agit d’identifier et de clarifier les missions et les compétences de chaque acteur public impliqué dans le développement d’un gouvernement numérique et de définir un modèle de gouvernance clair devant fédérer l’ensemble des acteurs de l’écosystème digital marocain et coordonner leurs actions. Il faudra également se doter d’outils de pilotage performants permettant d’avoir des indicateurs fiables et d’assurer une veille stratégique et concurrentielle par rapport aux indicateurs fixés, et de suivre les tendances technologiques. Concernant les infrastructures, il faut opérer des choix structurants, tels que l’utilisation de la technologie du cloud, la construction de data centers à l’échelle nationale, le cadre approprié dédié à la cybersécurité et le plan Haut Débit national. Enfin, il faut mettre en place un plan sectoriel de transformation digitale transverse visant à faciliter le virage numérique à l’ensemble des opérateurs économiques actifs dans les divers secteurs d’activités.

Sur quels chantiers travaillez-vous actuellement ?
L’ADD, en tant que catalyseur de la transformation digitale du Maroc, a priorisé au niveau de sa feuille de route 5 chantiers structurants, à savoir la Plateforme d’échange de données entre les administrations, qui consiste à mettre en place une plateforme d’interconnexion des systèmes d’informations des différentes administrations et institutions publiques au profit des citoyens et des entreprises ; la mise en place d’une Digital Factory qui fonctionne en mode agile, et en charge de la digitalisation rapide des services publics et la mise en place d’un écosystème dédié à l’intelligence artificielle qui ambitionne de créer de nouveaux services, de nouveaux emplois et de nouvelles compétences.
Par ailleurs, nous travaillons sur le programme Génération Digitale qui consiste à élaborer et mettre en place un programme national de formation au digital pour inclure les nouveaux métiers du numérique dans l’enseignement supérieur, la formation continue, la formation professionnelle et la recherche scientifique, ainsi que la promotion de la culture digitale auprès des jeunes et des citoyens. Enfin, nous appuyons l’évolution du cadre réglementaire pour la réussite de la transformation digitale au Maroc, avec notamment pour objectif la promotion des investissements dans le domaine du digital, l’accès des start-up aux marchés publics et la généralisation de la signature électronique et du paiement électronique au sein de l’Administration.