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En Couv’. Mobilité urbaine : Ces start-up marocaines qui réinventent les déplacements en ville

Entre innovations technologiques, absence de cadre réglementaire clair et usages en pleine mutation, certaines jeunes pépites tentent d’apporter des solutions concrètes à des villes saturées où se déplacer reste un défi quotidien.

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Dans un bureau du centre de Casablanca, l’équipe d’Alikar s’active entre écrans de géolocalisation et tableaux de planification. Fondée par Omar Maqboul, la start-up a misé sur un modèle hybride associant chauffeurs privés, véhicules avec ou sans conducteur et même des mototaxis pour fluidifier les déplacements urbains.

Une agilité bienvenue dans un secteur en pleine effervescence, mais encore loin d’être structuré. L’idée est simple : apporter une réponse concrète à un casse-tête quotidien pour des millions de Marocains, à savoir se déplacer rapidement dans des villes saturées, où les transports publics peinent à suivre le rythme de la croissance urbaine.

Depuis quelques années, la mobilité urbaine au Maroc connaît ainsi une transformation discrète mais profonde. Aux côtés des taxis et bus traditionnels apparaît une nouvelle génération d’acteurs : start-up technologiques, plateformes de covoiturage, opérateurs de micromobilité et services de livraison du dernier kilomètre.

Casablanca, Rabat et Marrakech servent de laboratoires à cette révolution portée par des entrepreneurs qui voient désormais la mobilité non comme un problème… mais comme une opportunité.

Parmi les pionniers, Weego a été l’un des premiers à digitaliser l’expérience transport en proposant une application de suivi en temps réel des bus, tramways et taxis. Au-delà du service aux usagers, la plateforme fournit aux autorités des données précieuses sur les flux et la ponctualité.

Pip Pip Yalah, de son côté, développe le covoiturage interurbain et connecte chaque jour des milliers d’usagers entre Casablanca, Rabat ou Tanger. Une alternative économique, écologique et particulièrement prisée des jeunes actifs.

Autre acteur devenu incontournable : Yango, filiale du géant Yandex, désormais solidement implantée dans les grandes villes marocaines. Avec ses tarifs dynamiques, son application intuitive et ses campagnes audacieuses, l’entreprise a installé un nouveau standard de service, poussant les opérateurs traditionnels à accélérer leur modernisation.

Le marché marocain s’impose ainsi à la fois comme un terrain d’expérimentation pour les géants étrangers et comme un tremplin pour les start-up locales capables d’innover rapidement.

Des solutions encore en quête de vitesse de croisière
Les innovations se multiplient : gestion intelligente de flotte, billetterie dématérialisée, paiements sans contact, véhicules électriques ou encore mobilité partagée pour les entreprises.

Dans plusieurs zones industrielles de Casablanca et Tanger, des start-up, comme Enakl, testent des solutions de transport collectif à la demande, optimisées par algorithmes.

Objectifs : réduire les trajets à vide, fluidifier la circulation et diminuer les émissions de CO₂. Certaines enseignes expérimentent également des flottes de scooters ou trottinettes électriques en libre-service, même si le cadre réglementaire demeure timide.

Les grandes villes tentent, elles aussi, d’accompagner le mouvement. Casablanca et Rabat modernisent leurs réseaux de bus et étendent leurs lignes de tramway.

Marrakech explore la mobilité verte à travers des projets pilotes de bus électriques. Mais ces efforts publics, souvent fragmentés, manquent encore d’une vision d’ensemble. Les start-up, plus réactives, comblent les vides, au prix d’une grande adaptabilité.

Le potentiel est immense, mais les obstacles restent significatifs. Pour Omar Maqboul, le diagnostic est sans appel : la loi n’a pas suivi l’évolution du marché. «Prenons les VTC: depuis près de dix ans, leur autorisation n’a toujours pas été tranchée. Résultat : toutes les plateformes opèrent dans l’informel», déplore-t-il.

Un paradoxe, selon lui, quand les trajets via VTC seraient désormais «sept fois plus nombreux que ceux des taxis traditionnels». Cette absence de cadre soulève des problèmes opérationnels, sécuritaires, mais aussi stratégiques : «Les données générées pourraient aider l’État à mieux planifier les flux.»

Le secteur évolue donc dans un entre-deux: des usages modernes et massifs, mais une réglementation figée qui peine à reconnaître les nouveaux modèles économiques.

Autre frein : le financement. Les investisseurs marocains restent frileux face à des projets jugés trop capitalistiques et à rentabilité lente. La plupart des start-up du secteur dépendent ainsi de subventions, concours d’innovation ou partenariats étrangers.

S’ajoute une gouvernance fragmentée, répartie entre multiples acteurs (ministères, communes, opérateurs délégués) avec des règles floues et des données rarement partagées.

Pour un entrepreneur, déployer un service nécessite souvent de naviguer entre zones grises juridiques et lourdeurs administratives. Enfin, la culture de la mobilité elle-même constitue un défi.

De nombreux Marocains restent attachés à des modes de transport informels, perçus comme plus flexibles et moins coûteux. Introduire de nouvelles habitudes, notamment réserver via une appli, payer en ligne ou partager une course, demande du temps, de la pédagogie et une confiance à construire.

Un marché en mutation accélérée
Malgré ces obstacles, le marché avance rapidement. La demande explose : plus de 70% des Marocains vivront en milieu urbain d’ici 2030. Les entreprises cherchent des solutions efficaces et durables pour leurs salariés.

Les villes, confrontées à la congestion et à la pollution, voient dans la technologie un levier indispensable de modernisation.

Portées par ces dynamiques, les start-up multiplient les synergies : partenariats avec des acteurs logistiques, co-développement de projets pilotes avec les autorités locales, expérimentation de nouveaux services.

Un véritable écosystème marocain de “mobility tech” pourrait émerger, avec ses champions, ses investisseurs spécialisés et des solutions exportables vers d’autres marchés africains.

Pour réussir ce virage, un cadre clair sera indispensable : incitations fiscales pour les véhicules électriques, infrastructures adaptées (bornes, parkings, voies dédiées), open data sur les flux, et surtout une coordination renforcée entre acteurs publics et privés. Si ces conditions sont réunies, le Maroc pourrait devenir un hub africain de la mobilité intelligente.

En attendant, des start-up comme Enakl, Weego, Pip Pip Yalah ou Alikar poursuivent leurs expérimentations et affinent leurs modèles. Leur ambition : prouver qu’une mobilité plus fluide, plus verte et pourquoi pas plus fun est possible. Dans la jungle des bouchons urbains, chaque clic compte.