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En Couv’. Électricité : Haute tension sur le transport
Le Royaume est en train de sécuriser le transport de l’énergie verte du sud vers l’Europe. Le projet d’une ligne de 1.400 km entre Dakhla et Casablanca lève le voile sur cette stratégie ambitieuse qui peut d’ores et déjà compter sur un réseau électrique complet de près de 29.000 km en lignes THT-HT.
Le Maroc avance à grands pas dans sa stratégie de transition énergétique. Non seulement en termes d’attraction de gros investissements dans des projets extrêmement capitalistiques comme ceux de l’hydrogène vert au niveau des provinces du Sud, mais aussi et surtout sur le volet logistique et infrastructures. Car le nerf de la guerre se situera dans la capacité à transporter l’électricité produite à partir d’énergies renouvelables. Si le Maroc dispose déjà de près de 29.000km en lignes THT-HT dans tout le territoire avec des interconnexions dans quasiment toutes les régions, il n’en demeure pas moins que la capacité d’acheminement reste en deçà de l’une des principales ambitions de la stratégie énergétique nationale: devenir l’un des principaux exportateurs d’électricité verte vers l’Europe. Un défi que l’État marocain entend relever grâce à son bras armé l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) et le ministère de la Transition énergétique, dont les équipes sont à pied d’œuvre pour accélérer les grands chantiers de la stratégie énergétique.
Une liaison très haute tension de 1.400 km, une première !
Et pour sécuriser justement le volet transport, l’ONEE vient de lancer un appel à manifestation d’intérêt pour la réalisation d’une liaison électrique très haute tension d’une puissance de 3 GW entre le Sud et le Centre du Maroc. C’est la première fois que le pays lance un tel chantier d’envergure. Le plus grand marché concernait une distance de 200 à 300 km dans le Nord. «Cette liaison de 1.400 km entre Mediouna à Casablanca et Oued Lekraâ à Dakhla permettra d’alimenter les provinces du Sud et d’acheminer aussi, en premier lieu, de l’énergie produite à partir d’énergies renouvelables vers Casablanca et préparer, en second lieu, son export vers l’Europe», déclare Amin Bennouna. Selon l’expert en énergie, cette liaison s’inscrit dans le cadre d’une politique de maillage territorial qui a débuté depuis plusieurs années, permettant de couvrir toutes les régions du pays en réseau électrique, chacune selon ses besoins. Une couverture qui est bien réfléchie, mais qui doit s’adapter aux nouvelles ambitions énergétiques du pays. S’agissant de l’état des lieux, il faut savoir que la ville de Dakhla a déjà été raccordée, en février 2021, au réseau électrique national. Or, la ligne existante entre Agadir et Dakhla ne dispose que d’une puissance de 225 kV, une puissance (pour le moment) suffisante, mais qui n’accompagnera pas l’acheminement de grandes puissances dans 10 à 20 ans lorsque les grands projets de production d’énergies renouvelables dans la région seront opérationnels. «La région dispose d’une combinaison intéressante en vent et soleil. Il pourrait y avoir des excédents très importants dans la production du renouvelable de Dakhla et qui nécessiteront d’être évacué par d’autres lignes vers Mediouna où se trouve le centre de dispatching de l’ONEE, d’où ces 1.400 km de lignes à 400 kV», déclare Amin Bennouna. 
Et c’est à partir de ce centre de dispatching que l’ONEE transportera l’électricité nécessaire à chaque région, à Casablanca d’abord, et pourquoi pas à El Jadida, Safi, et aussi envoyer de l’électricité, à travers les interconnexions, vers Tanger qui elle-même va expédier l’électricité verte produite à Dakhla au-delà du détroit de Gibraltar. Toutefois, pour ce faire, il faudra renforcer l’interconnexion avec l’Espagne puisque la ligne qui nous connecte avec le voisin ibérique ne dispose que d’une capacité de 1.400 mW, alors que celle que l’ONEE s’apprête à lancer entre le Centre et le Sud transportera du 3.000 mW. Autres défis : «Il va falloir régler les problèmes de financement, de foncier, de passage… et je peux vous dire que ça ne va pas être simple. Il y aura beaucoup de contraintes d’ordre administratif et juridique», souligne notre interlocuteur. Pour ce qui est du technique et de l’ingénierie, Bennouna reste très confiant. «Nous disposons d’une réelle expertise dans l’édification de projets de transport d’électricité grâce aux 3.800 km existants de lignes 400 kV. Malgré la longueur de cette ligne, je ne pense pas que cela créera des problèmes pour sa mise en œuvre. Nos entreprises marocaines peuvent le faire. Somagec, à titre d’exemple, vient de remporter, avec un groupe émirati, un marché pour la construction de centaines de kilomètres de lignes haute tension en Angola», indique Bennouna. Quoi qu’il en soit, à travers le lancement de ce projet de ligne très haute tension entre le Centre et le Sud du Royaume, et après l’adoption de plusieurs textes de loi en la matière, le Maroc se prépare sereinement à sécuriser le volet très stratégique du transport de l’électricité. Un point qui fera la différence dans le futur positionnement du Maroc en tant que fournisseur énergétique du Vieux Continent.
Vers un mini-Desertec avec le Maroc comme principal player
Pour Bennouna, le Maroc est en train de faire ce que le projet Desertec ambitionnait de réaliser il y a presque 14 ans, notamment dans sa composante transport, du moins de manière conceptuelle. L’idée de ce projet pharaonique (tombé dans les oubliettes) était de produire du renouvelable dans le sud de la Méditerranée et le véhiculer vers le nord. Si le projet a rencontré des obstacles dans la production et le financement, il a buté sur un problème de transport. «Sur le concept, nous sommes exactement sur un mini-Desertec. Nous cherchons du renouvelable, nous le transportons sur des lignes spécialisées vers les endroits qui consomment le plus, en l’occurrence la région du Grand Casablanca, qui représente près de 40% de la consommation électrique nationale, et nous exportons l’excédent vers l’Europe», souligne Bennouna. Le Maroc ressuscitera-t-il ce projet ? Grâce à la prochaine Offre Maroc dans l’hydrogène vert, les nombreux parcs éoliens et stations solaires dans les provinces du Sud, le lancement de liaisons très haute tension de grande puissance et un réseau de transport d’électricité complet et adaptable… la réponse ne coule pas de source.
De gros investissements à venir
Modernisation, digitalisation, investissement continu porté par une bonne gouvernance, et la nécessaire flexibilité du réseau de transport d’électricité… ce sont là les principaux défis que devrait relever le secteur électrique au Maroc. Au-delà du projet d’autoroute sud-nord pour un transport optimisé entre les sites de production d’énergies renouvelables, dans le sud du Maroc, et certains centres de consommation au nord, le rythme des investissements devrait tripler. «Nous passons ainsi de 4 milliards par an, en moyenne, au cours des 15 dernières années, à 14 milliards par an entre 2023 et 2027», avait déclaré la ministre de la Transition énergétique Leila Benali. Le réseau, de son côté, nécessitera un investissement annuel de 5 milliards de dirhams. Par ailleurs, le plan d’investissement de l’ONEE prévoit également environ 2000 MW en centrales à gaz à cycle combiné et cycle ouvert, en plus de la conversion en gaz naturel de certaines de ces installations qui brûlent aujourd’hui du fioul.