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En Couv’. Coût de la vie : Chère Casablanca !
Nouakchott ou Le Caire, Alger, Tunis, Tripoli ou éventuellement Casa…, quelle grande ville convient aux petits budgets ? «La Vie éco» a compilé les résultats de l’enquête Numbeo qui renseigne sur le train de vie dans les principales agglomérations urbaines en Afrique du Nord.
La proximité géographique et culturelle entre des pays voisins peut receler des différences fondamentales de modes de vie et de niveaux de dépenses. Les législations nationales, les habitudes de consommation, la densité des populations, les ressources disponibles et les niveaux de revenus réduisent ou creusent ces écarts.
Les pays d’Afrique du Nord, et malgré le fait qu’ils soient relativement identiques, présentent des différences importantes en termes de revenus, de dépenses et de trains de vie. À partir des indices de prix mis à disposition par la base de données en ligne Numbeo, recoupés et nettoyés par nos soins, cette enquête, basée sur des entrées de données de plus de 10.000 formulaires, renseigne sur le confort économique dans les principales agglomérations urbaines en Afrique du Nord. De Nouakchott au Caire, en passant par Casablanca, Alger, Tunis et Tripoli, lequel de ces cœurs économiques battants offre le train de vie le plus confortable, le plus abordable?
Disparité des revenus moyens d’une ville à l’autre
Lorsqu’on imagine la vie sous d’autres cieux, il est souvent difficile de s’extirper de l’emprise des stéréotypes. On aurait par exemple du mal à prédire, intuitivement, qu’un salaire moyen mensuel net à Nouakchott serait plus de 5 fois supérieur à la moyenne des salaires pratiquée au Caire. D’ailleurs, les Nouakchottois sont les plus grassement rémunérés de la liste. Leur rémunération moyenne équivaut à 6.800 dirhams marocains par mois. Ils sont suivis des Casablancais (4.905 MAD). Les Algérois viennent en troisième position avec un salaire moyen de 3.200 MAD, talonnés par les Tunisois (3.114 MAD) et les Tripolitains (2.968 MAD). Les Cairotes ferment le classement avec un salaire net mensuel moyen équivalent à 1.263 dirhams.
Pour se restaurer à moindre prix dans un restaurant bon marché, les villes d’Alger et Tunis offrent les prix les mieux négociés. Comptez respectivement des prix moyens de 30 et 32,50 MAD. À Casablanca, le prix d’un repas dans un restaurant entrée de gamme coûte environ 50 dirhams, bien loin des 63 dirhams à débourser à Tripoli pour un service comparable. Toujours en lien avec la restauration, un repas dans un restaurant milieu de gamme pour deux personnes, comprenant trois services, coûte plus cher à Casablanca que dans les cinq autres villes. Un couple devra ainsi débourser la somme de 300 dirhams en moyenne pour se restaurer, contre 162 dirhams au Caire, là où l’offre est la plus abordable.
La subvention à la rescousse du pouvoir d’achat
S’agissant du panier alimentaire, les prix varient considérablement entre les grands rassemblements urbains nord-africains. Les variations dépendent de plusieurs facteurs : l’existence ou non de subventions pratiquées sur les produits de première nécessité, l’efficacité de la politique agricole, les frais de douanes sur certains biens importés, l’offre et la demande accompagnant les habitudes alimentaires, etc. Ainsi, les prix des produits laitiers varient suivant la demande du marché en produits transformés et de l’importance des subventions accordées à la filière. En Tunisie par exemple, le gouvernement subventionne quotidiennement quelque 1,2 million de litres de lait par jour, à hauteur de la moitié de son prix de vente (autour de 4,70 dirhams le litre), dans le but de préserver le pouvoir d’achat du consommateur final. Cependant, d’après les estimations, plus du tiers de cette production est orienté vers la transformation en produits dérivés (yaourts et fromages).
Une situation qui a poussé le gouvernement à introduire une taxe dans le projet de Loi de finances 2024 applicable sur les produits transformés à hauteur de 1,500 dinar sur le kilogramme de ricotta, 2 dinars sur les fromages fondus et la crème et 3 dinars sur le reste des fromages. À la sortie, le fromage local à Tunis est le plus onéreux de toute la région (vendu à environ 105 dirhams le kilo) contre 80 dirhams en moyenne à Casablanca, ou encore 33 dirhams au Caire !
Qu’il soit coûteux ou bon marché, rien de mieux pour accompagner un bout de fromage qu’une bonne tranche de pain ! Pour ce produit qui représente la base de l’alimentation dans de nombreux pays, dont le Maroc, le prix est un paramètre délicat. On associe d’ailleurs, jusqu’à aujourd’hui, le coût de la baguette à la stabilité politique dans les pays où le pain représente la base de l’alimentation. Les traumatismes du passé sont là pour le rappeler : entre mai et juin 1981, la révolte du pain a secoué plusieurs villes marocaines, dont la ville de Casablanca. Ce qui a débuté comme une grève générale a rapidement dégénéré en émeute. En cause, la levée partielle des subventions sur les produits de première nécessité, dans le cadre du programme d’ajustement structurel adopté sous l’influence du FMI et de la Banque mondiale. Cet événement, connu sous l’appellation “Chouahada L’Koumira”, fera plusieurs centaines de victimes au sein de la population casaouie.
La même histoire se répète trois ans plus tard à Tunis, lorsque le FMI somme le gouvernement de Habib Bourguiba de procéder à une augmentation des prix en vue de stabiliser l’économie nationale. Très mal accueillie par la population tunisienne, des affrontements ont éclaté au sud du pays avant de gagner la capitale le 3 janvier 1984. Le 6 du même mois, le président s’adresse à la nation pour annoncer l’annulation des augmentations. Finalement, la répression se solda par un bilan macabre : une centaine de morts et près d’un millier de manifestants arrêtés.
Quarante ans plus tard, les pays de la rive sud de la Méditerranée continuent de privilégier un interventionnisme basé sur le contrôle du prix du pain, par le biais de subventions dont le mode opératoire change d’un pays à l’autre. En Tunisie, la règle est la commande d’État. L’Office des céréales garde le monopole sur l’importation de céréales (blé dur et blé tendre) qu’il subventionne avant leur revente aux semouleries et aux minoteries pour transformation.
L’Algérie adopte pour sa part un mix basé sur les quotas. L’Office algérien interprofessionnel des céréales achète le blé sur le marché international et le revend à prix subventionné sur le marché local. L’organisme fournit au maximum la moitié de la capacité de transformation des industriels. Pour le reste, ces derniers doivent s’approvisionner directement du marché international ou auprès des importateurs privés. Dans les deux principales villes algérienne et tunisienne, la miche de pain blanc frais de 500 grammes coûte respectivement l’équivalent de 1,47 et 1,54 dirham marocain.
Au Royaume, l’Office national interprofessionnel des céréales et légumineuse subventionne les minotiers et les importateurs de blé tendre marocains sur la base de prix référentiels, le blé dur est exclu du subventionnement. Le prix d’un pain blanc d’un demi-kilogramme à Casablanca revient, en moyenne selon les répondants, à 6,64 dirhams, soit le prix de vente le plus élevé dans les six villes sondées.
Structure des prix des paniers ménagers
S’agissant des viandes, les prix varient considérablement selon leur type, du simple au double, d’une ville à l’autre. Le prix d’un kilo de viande bovine coûte environ 75 dirhams marocains à Nouakchott pour atteindre en moyenne les 160 MAD à Alger. Dans la capitale économique marocaine, le prix d’achat moyen d’un kilo de viande rouge est de 96 dirhams.
En revanche, s’agissant de la volaille, les prix pratiqués à Casablanca sont nettement plus élevés. En effet, un kilo de filet de poulet est vendu en moyenne à 70 dirhams à Casablanca contre 60 dirhams à Alger, 44 dirhams au Caire et jusqu’à 33 dirhams à Tripoli, qui propose le meilleur prix dans la catégorie. Le panier de fruits et légumes reste dans l’ensemble dans une gamme de prix équivalente, à l’exception des offres algéroise et tunisoise pour certains fruits. En effet, il faudra débourser 31 à 34 dirhams pour un kilo de bananes dans les deux villes, et jusqu’à 36 dirhams pour un kilo de pommes dans les commerces de la capitale algérienne.
Pour les amateurs de bière, et à l’exception des villes de Nouakchott et Tripoli où les États instaurent une politique stricte ou une interdiction formelle de vente d’alcool, c’est Le Caire qui offre les prix les plus attrayants. Un demi-litre de bière domestique coûte 10 dirhams dans les débits d’alcool de la capitale égyptienne, 12,50 dirhams à Tunis, 17 dirhams à Alger et 21,50 dirhams à Casablanca. De même pour les cigarettes premium dont le prix démarre à 17 dirhams au Caire et culmine à 39 dirhams à Casablanca.
Transport public, entre prix et qualité
Lorsqu’on évoque les grands rassemblements urbains, l’une des premières choses qui viennent à l’esprit est la contrainte des déplacements. Penser une ville, c’est penser aux réseaux de transport, aux infrastructures disponibles, à la mobilité, à la fluidité et au coût nécessaire à son bon fonctionnement.
Indubitablement, Casablanca et Alger offrent les meilleures infrastructures et le plus large éventail de choix pour le transport public urbain. Les bus, tramway et busway, en plus des gares ferroviaires, relient différentes stations et les points de ramassage au centre et à la périphérie casablancaise. À Alger, métro, tramway, bus, réseau ferré et téléphériques assurent une communication qui couvre la capitale et sa banlieue. Pour les autres villes, les transports publics souffrent de vétusté, de mauvaise organisation, ou ne conviennent pas aux usagers. Tel est le cas à Tripoli qui a réintroduit les bus urbains après avoir abandonné leur utilisation depuis une trentaine d’années. En 2019, la ville s’est fait livrer 35 bus chinois neufs, mais force est de constater que, par rareté ou par manque de régularité des dessertes, les Tripolitains continuent de privilégier les déplacements en taxis collectifs. Pour un billet de transport public en aller simple, Casablanca propose le prix le plus élevé. En moyenne, entre bus et tramway, il faut compter 7 dirhams le trajet dans la capitale économique, suivie de Nouakchott (4,80 MAD), Alger (3,00 MAD), Tunis (2,30 MAD), Le Caire (2,15 MAD) et enfin Tripoli avec ses 2,10 dirhams. Le tarif minimal pour une course en taxi varie d’une ville à l’autre. Le minimum à débourser à Tripoli équivaut à 13 dirhams marocains. C’est le tarif le plus élevé des six villes sondées. On retrouve le tarif le plus bas à Tunis où la course minimale coûte 2,93 MAD. Cet écart est d’autant plus intrigant que les prix du litre d’essence à la pompe dans les deux pays sont tout sauf comparables. En effet, le litre d’essence qui coûte au Maroc 14,5 dirhams en moyenne se vend 8,20 MAD en Tunisie et seulement 0,31 MAD en Libye, soit près de 50 fois moins cher que le prix facturé au Maroc.
Logement et éducation, les foyers casablancais trinquent !
Chaque rassemblement urbain a ses propres contraintes, notamment en ce qui concerne le logement. La densité, la proximité du centre-ville et l’équilibre entre l’offre et la demande orientent les tendances des prix. Sur les six villes étudiées, Casablanca est celle où le loyer est le plus cher. Qu’il s’agisse d’un studio ou d’un appartement familial disposant de trois chambres, en centre-ville ou en périphérie, les prix sont nettement plus élevés qu’ailleurs.
L’appartement disposant d’une chambre unique est proposé à la location au prix moyen de 5.120 dirhams lorsqu’il est situé en centre-ville et à 2.855 dirhams en périphérie. Pour les appartements familiaux, il faut en moyenne débourser 9.238 dirhams pour un appartement situé au centre et 4.876 dirhams en périphérie. Dans les autres villes, les prix sont de moitié à trois fois moins chers, notamment au Caire, où un appartement d’une chambre en centre-ville coûte, à la location, à peine 1.680 dirhams par mois, et seulement 1.050 dirhams dans la banlieue cairote.
Les dépenses de garderie pour les enfants en bas âge suivent également la même tendance, du simple au triple. À Tripoli, une mensualité pour une journée complète dans un centre préscolaire ou un jardin d’enfants coûte 700 dirhams en moyenne, entre 925 et 950 MAD à Alger et Tunis et jusqu’à 2.130 dirhams en moyenne à Casablanca.
Pour une école primaire internationale, le montant à débourser annuellement va de 10.500 dirhams à Tripoli, 16.600 MAD au Caire et monte jusqu’à 70.500 dirhams à Nouakchott. Dans les villes d’Alger et Tunis, ces frais de scolarité oscillent aux alentours de 27.500 dirhams. À Casablanca, la moyenne est de 46.500 dirhams pour une année en école primaire internationale par enfant.
Répartition des dépenses
Selon le modèle statistique développé par la plateforme Numbeo qui prend en compte la fréquence des dépenses et les moyennes de consommation d’un individu sur un mois, il ressort la donnée suivante : plus de 75% des dépenses des Casablancais sont destinées aux postes vitaux, à savoir le logement (24,1%), les charges mensuelles de téléphonie, d’eau et d’électricité (5,1%), le transport (14,5%), et l’alimentation hors restauration (31,6%).
À Tunis, les proportions sont les suivantes : le panier alimentaire est le principal poste de dépense. Il représente en effet près de 40% du budget mensuel, suivi du transport (17,7%) et des charges de loyer (14,4%).
La capitale algérienne est celle où les dépenses alimentaires (hors restaurants) plombent le plus le coût de la vie des citoyens, avec plus de 46% de part du budget destinée à l’alimentation. En revanche, les dépenses de logement ne représentent que 13,2% et la proportion réservée aux transports occupe 14,5% du budget.
Si les données révélées par l’enquête permettent d’avoir un ordre de grandeur servant à modéliser la répartition des dépenses, elles ne permettent pas de comparer la qualité de vie dans les six villes étudiées. D’autres paramètres tels que la qualité des soins, l’environnement, la sécurité ou les liens sociaux sont essentiels à intégrer pour calculer l’indice de qualité de vie.


