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En Couv’. Cannabis : Une filière qui bourgeonne

Depuis l’entrée en vigueur de la loi 13-21 sur le cannabis licite, la branche est dans une dynamique vertueuse. En attendant l’éclosion d’un écosystème, les opérateurs creusent les sillons d’un développement prometteur.

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Dans quelques semaines, la première «moisson légale» de la culture du cannabis commence dans les périmètres autorisés dans le cadre de la loi 13.21. La campagne a bien démarré, les conditions climatiques étaient favorables, mais il y a eu juste un petit retard au niveau de l’importation des semences.

Cette moisson sera un marqueur déterminant dans un processus qui a démarré effectivement avec la création de l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC), «chargée de la mise en œuvre de la Stratégie de l’État dans le domaine de la culture, de la production, de la fabrication, de la transformation, de la commercialisation, de l’exportation du cannabis et de l’importation de ses produits à des fins médicales, pharmaceutiques et industrielles».

Première usine
Le besoin d’un cadre juridique était plus que nécessaire, notamment, pour les agriculteurs qui opéraient dans le secteur. D’ailleurs, à peine l’Agence installée qu’elle commence déjà à recevoir les demandes d’autorisations, dont une dizaine ont été délivrées en octobre de l’année dernière. Le processus d’autorisations des cultivateurs et des producteurs se poursuit, progressivement, et les licences se comptent désormais par dizaines.

Biocannat, une coopérative à la base familiale à Bab Berred, dans la province de Chefchaouen, prend très vite le train en marche. Sa naissance effective date d’octobre 2022 avec 1.500 dirhams pour les coûts de création. Mus par la volonté d’aider la région et ses habitants en leur procurant des moyens de subsistance dans la dignité, ses initiateurs croient aux potentialités de cette culture qui est en train de négocier un décisif tournant en vue de tirer parti des perspectives qu’elle offre, nous confie l’un de ses initiateurs. Et ce, «non seulement pour les petits agriculteurs, mais aussi pour l’économie de la région, voire du Maroc».

Au fil des mois, la coopérative, la première de son genre à avoir été autorisée à transformer, commercialiser et exporter le cannabis et ses produits dérivés, sera rejointe par 5 agriculteurs qui ont cru en son projet à raison d’un hectare par personne.

En mars dernier, les promoteurs de ce projet sont passés à une nouvelle étape en annonçant la construction de la première unité de production pour la transformation et la valorisation du cannabis et l’extraction du cannabidiol (CBD) qui entre, notamment, dans l’industrie agroalimentaire, compléments alimentaires et autres produits cosmétiques. Ce sont d’ailleurs les rayons dans lesquels devra opérer l’usine de Bab Berred. A savoir, la commercialisation en export du CDB, l’extraction de ses huiles ainsi que les produits cosmétiques, d’hygiène corporelle, des compléments alimentaires et même des produits de textile à base de fibre de chanvre.

Montée en puissance
Avec un taux d’achèvement des travaux de construction de 70%, la mise en service de l’usine est imminente, apprend-on auprès des responsables, pour qui l’industrie du cannabis est prometteuse. D’ores et déjà, l’usine, dont la capacité de production permet de traiter la production de 60 hectares devant être portée à 80 hectares à l’horizon 2026, emploie une trentaine de personnes. Un personnel devant atteindre 70 dans moins de trois ans.

Or, la promesse en matière de création des opportunités d’emploi se ressent hors les murs de l’usine, puisque, nous dit un responsable de la coopérative, la structure a donné du travail à plus d’une centaine de personnes. Ce qui plus est, avec «le démarrage effective de l’activité, l’on devra assister à une montée en puissance certaine». Toujours est-il que ce «rêve qui est en train de se réaliser» n’aurait été possible sans la confiance de plusieurs partenaires institutionnels et privés, notamment les autorités locales, les banques ou encore l’INDH. Ce qui a permis de passer, en un laps de temps, de 1.500 dirhams du départ à un capital de 5 millions de dirhams actuellement. Et les premiers produits sont attendus sur le marché dès septembre prochain.

Optant pour mener l’aventure sur tous les fronts, les porteurs de ce projet sont à l’œuvre, depuis des mois, à travers différentes campagnes de promotion. En quête de clientèle, non seulement par le truchement des réseaux sociaux, les équipes de Biocannat assurent une présence permanente dans diverses manifestations, notamment les salons spécialisés (en France, Espagne, Italie, etc.). Le choix de ces événements en particulier n’est pas anodin, parce que l’Europe est le marché cible. Un marché qui pèse, selon certaines estimations, plus d’un milliard de dollars.

Centres d’attractivité
Là encore, les répercussions s’annoncent prometteuses, nous dit, confiant, ce responsable qui croit dur comme fer que «ça va marcher» et qu’on pourrait même «tabler sur un vrai écosystème de l’industrie du cannabis à l’horizon 2030». Mais, «le cannabis, n’est pas que de la graine et des engrais !», résume notre interlocuteur pour qui la région manque de tout en termes d’intrants.

Confiant, il nous indique que ce n’est qu’une question de temps et qu’«on arrivera à monter tout un écosystème autour de la filière». Et de citer l’exemple des serres, qui sont actuellement ramenées de Larache, mais qui vont être produites, à la faveur de l’installation d’une usine en projet, localement. Mieux encore, selon ses projections, la zone de Chaouen, comme celle de Taounate et Al Hoceima, devra constituer un centre d’attractivité pour de nouveaux investissements dans les différentes composantes de la filière. «Il y a de la place pour tout le monde», lance notre interlocuteur, qui relève, néanmoins, que tous les investissements potentiels devraient se faire in situ ne serait-ce que pour des raisons pratiques.

L’optimisme des opérateurs locaux est tout aussi partagé par les observateurs. Driss Benhima, ancien directeur de l’Agence de promotion et de développement des provinces du Nord (APDN), est tout aussi confiant quant aux évolutions enregistrées depuis l’entrée en vigueur de la loi 13-21. Une loi qu’il estime propice pour le développement de la filière.

Optimiste, il nous indique que toutes les conditions (climatiques, géographiques, règlementaires, etc.) sont réunies pour avancer de manière sereine sur ce chantier «dans le cadre d’une industrie organisée». De même que les produits marocains ont toutes leurs chances pour trouver leur place sur les rayons du marché international. «Maintenant, relève-t-il, le défi est de pouvoir réussir le tournant de passer d’une activité illicite, informelle à une activité licite et réglementée». Or, pour transformer l’essai, tout dépend de la capacité de se conformer à la réglementation internationale. Et le cadre juridique régissant le secteur milite en faveur de l’optimisme, sans perdre de vue l’atout du savoir-faire des agriculteurs marocains, estime-t-il.


Tout un processus…

Suite au reclassement du cannabis, par la Commission des stupéfiants des Nations unies en décembre 2020, reconnaissant l’intérêt médical de cette substance, le Maroc a cherché à se positionner sur le marché international du cannabis légal en plein essor. Le processus de la légalisation de la production a démarré ainsi en mars 2021, lorsque le Conseil de gouvernement a validé le projet de loi 13-21. Lequel sera adopté en juin 2021, après une deuxième lecture par le Parlement avant d’être publié, un mois plus tard, dans le BO. En mars 2022, le gouvernement fixe les zones autorisées, à savoir Chaouen, Al Hoceima et Taounate. En novembre de la même année, l’APDN a lancé un appel d’offres pour la construction, à Al Hoceima, d’un laboratoire de recherche pour le développement de la filière du cannabis licite. En juin 2022, l’ANRAC tient sa première réunion, et en octobre, elle délivre les dix premières autorisations. En janvier 2023, 50 licences ont été accordées. Ce même mois, l’Agence lance son site internet qui renseigne sur tous les chapitres de la filière. Et en mars dernier, l’Agence a lancé un appel d’offres pour l’élaboration d’un plan stratégique pour le développement de la filière.