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Affaires

Denrées alimentaires : Entre prix sensationnalistes et réalité du marché

Quand il s’agit d’accuser à tort le gouvernement de la cherté de la vie, certains se lancent dans une fixation aléatoire des prix des produits, mettant très haut la barre de la mauvaise foi et de l’incohérence. Fact-checking !

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C’est pourtant un média qui avait construit sa notoriété sur le sérieux et la crédibilité qui prend un raccourci sensationnaliste. Pour illustrer la cherté de la vie «sous le mandat Akhannouch», cet hebdomadaire a cru bon de publier une infographie regroupant une douzaine de produits, composant le panier de la ménagère, avec des taux d’évolution des prix «calculés sur la base des tarifs affichés dans les marchés et grandes surfaces de Casablanca».
Dans la légende même de cette source farfelue réside un problème : Le Maroc ne se limite pas uniquement à Casablanca, bien que la région soit le premier pôle économique du Royaume. La pression de la demande dans la métropole où le pouvoir d’achat est le plus élevé du Royaume a d’ailleurs forcément un impact sur les prix qui oscillent selon l’offre du jour. Les prix de référence, qui ne sont d’ailleurs pas annoncés dans l’illustration choc, peuvent être largement biaisés. Surtout si le journaliste d’investigation alimentaire, gavé d’a priori, se réfère aux prix affichés dans la supérette de son quartier huppé. Et encore : peut-être qu’en faisant ses propres courses, il prend la peine de regarder les rayons inférieurs où des produits compétitifs sont étalés, tandis que pour pousser le chariot à la charge du gouvernement, il préfère trancher la tête de gondole.

En tout cas, les chiffres présentés sont en net décalage avec la réalité, ou du moins avec les chiffres recueillis selon une approche plus appropriée par le département de l’Agriculture. Ils constituent une synthèse des prix relevés par les commissions de veille sur les marchés, chargées de faire un monitoring de manière à détecter et prévenir toute spéculation ou pénurie. Selon les derniers prix relevés au niveau des points de vente et marchés de détail à l’échelle nationale, aucune denrée alimentaire n’a vu son prix moyen doubler entre 2021 et 2024. Pourtant, le média en question affirme que pas moins de six produits (sur un échantillon de douze) ont connu une hausse des prix de l’ordre de 100%. Il n’en est rien : tomates, pommes de terre et oignons ont même connu une baisse, alors que pour les sardines et le poulet l’augmentation est respectivement de 26% et 29% (voir infographie). On est donc bien loin du double des prix comme annoncé par les (faux) alarmistes. Ceux-là mêmes qui font l’impasse sur la stabilité des prix constatée au niveau de plusieurs denrées: couscous, farine, sucre, pain, riz et pâtes n’ont pas vu leurs prix bouger d’un centime, selon les chiffres obtenus par La Vie éco.

Ces statistiques révèlent que sur le podium des produits qui ont connu la plus forte hausse entre 2021 et 2024, on retrouve les œufs, la viande rouge et le poulet. Mais là encore, le déphasage avec les chiffres avancés est flagrant. D’ailleurs pour les œufs, l’augmentation a été de 40% et non pas de 30% comme prétendu par le média. Pour la viande rouge, en revanche, la véritable hausse a été de 37% et non pas de 90%. Et enfin, le prix de la volaille ne s’est pas envolé à 100%, mais resté cantonné à 29% en moyenne nationale.

Souveraineté alimentaire
Si la cherté de la vie est une réalité, ressentie par tous dans le sillage de la vague inflationniste qui a secoué le monde, il ne faut pas occulter le fait que le Maroc s’en est sorti à bon compte. L’inflation a certes flirté avec la barre de 6% en moyenne annuelle en 2023 (avec un pic dépassant les 10% en février), mais son niveau reste bien au-dessous des taux stratosphériques enregistrés sous d’autres cieux.

«L’inflation alimentaire est un phénomène mondial qui a touché plusieurs pays, notamment méditerranéens. Les mesures prises par le gouvernement ont pu atténuer les effets d’un contexte climatique difficile. Le Maroc a pu ainsi tirer les prix des principaux légumes à la baisse. De plus, notre pays affiche les plus faibles hausses pour les viandes», nous explique une source du ministère de l’Agriculture. Une comparaison avec des pays voisins ou nord-africains illustre clairement ce constat.

Mieux encore, selon les données de la FAO et Global Product Prices, les prix des viandes bovines ont augmenté au Maroc de 15% seulement en 2024 en comparaison avec ceux observés en 2022-2023. En Tunisie comme en Égypte, la hausse a été respectivement de 23% et 25%. Si les chiffres démontrent rubis sur ongle que les hausses enregistrées au Royaume restent largement modérées par rapport à plusieurs autres pays, il ne faut pas occulter que le Maroc n’a jamais enregistré de pénurie sur le marché. Même au firmament des crises logistiques du Covid, le marché intérieur est resté approvisionné normalement. La sécheresse et la pression des besoins des marchés étrangers, non plus, n’ont jamais perturbé durablement la palette des prix sur les étalages domestiques. Tout autant que les catastrophes naturelles qui ont incité le gouvernement à prendre des mesures d’accompagnement pour de nombreux éleveurs et agriculteurs.

La souveraineté alimentaire dont jouit le Maroc est d’ailleurs enviée par d’autres économies qui courent à leur perte à coup de subventions démesurées. Elle est la résultante d’une vision sectorielle révolutionnaire (Plan Maroc vert) qui a déjà donné ses fruits et dont les acquis sont désormais consolidés par une nouvelle feuille de route (Génération Green). Continuer sur cette voie vers le développement du secteur agricole et l’émergence d’une classe moyenne d’agriculteurs est sans doute la meilleure réponse aux voix qui se contentent de semer la zizanie…