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Contrôle technique : L’extension du réseau menace-t-elle le business ?

Pas moins de 240 nouveaux centres pour le contrôle technique des véhicules devront s’ajouter aux 439 déjà existants. L’étoffement du tissu de ces centres est-il un péril pour cette activité névralgique de la sécurité routière ? Éléments de réponse.

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L’Agence nationale de la sécurité routière (Narsa) a lancé récemment un appel à la concurrence pour l’ouverture de 240 nouveaux Centres de contrôle technique des véhicules (CCTV). Ils seront répartis dans les différentes provinces et préfectures du Royaume.

Et ce, selon la catégorie (Véhicules légers et poids lourds). Précisons-le d’emblée, le Maroc compte actuellement 439 CCTV (avec 907 lignes de contrôle de véhicules légers et 224 lignes de contrôle de poids lourds), pour un parc automobile composé de plus de 4,5 millions de véhicules en circulation (au 31 décembre 2023).

Au-delà de ces éléments contextuels, il est légitime de se poser la question de savoir si l’ouverture des 240 nouveaux CCTV, s’inscrivant dans le cadre du nouveau Schéma directeur de la Narsa pour la période 2025-2028, n’est pas de nature à fragiliser l’activité des 439 centres déjà existants. Cette interrogation est d’autant plus cardinale que les CCTV jouent un rôle crucial dans le renforcement de la sécurité routière au Maroc.

Identification de réels besoins

La réponse de Khalid Benmansour, expert en sécurité routière et en contrôle technique, fort d’une expérience de 18 années en tant que salarié, est sans ambages.

«Le contrôle technique est un secteur porteur et le restera en dépit de l’ouverture de 240 nouveaux CCTV prévue par le nouveau Schéma directeur de la Narsa pour la période 2025-2028», assure-t-il.

L’expert chevronné en contrôle technique justifie son argumentaire par le fait que la projection de l’ouverture des 240 nouvelles structures, sur la base d’études, répond à de réels besoins (actuels et futurs) en matière de contrôle des véhicules. Et ce, dans un contexte en proie à l’agrandissement du parc automobile dans les différentes régions et localités du Royaume.

Notons que l’implantation de nouveaux centres au niveau de certaines communes bien définies est exclue par l’appel à la concurrence de la Narsa, qui élargit l’activité des futurs centres. En cela, les nouvelles structures pourront aussi assurer le contrôle technique des cyclomoteurs. Cette nouvelle source de recettes est de nature à renforcer le modèle d’affaires des futurs CCTV.

Un modèle d’affaires éprouvé

Le contrôle technique des véhicules est une activité qui peut être rentable pour les opérateurs privés, ralliés via un contrat de partenariat à l’un des quatre réseaux que compte le Maroc et bien connus du grand public. Il s’agit de Dekra (leader du secteur avec 139 centres dont 32 structures propres), SGS Maroc, Salama et Revitex qui forment le «G4».

Interrogé sur la rentabilité actuelle d’un centre standard avec deux lignes de contrôle technique de véhicules légers, Benmansour explique en substance : «Avec le quota réglementaire quotidien en vigueur de 20 véhicules maximum par ligne de contrôle, un centre standard atteignant un taux de remplissage de 100% peut encaisser 8.000 DH hors taxes par jour. Et ce, en raison d’un prix unitaire de 200 DH hors taxes par véhicule contrôlé».

À l’évidence, le chiffre d’affaires quotidien dépend du taux de remplissage. Par exemple, dans le cas d’espèce, un taux de remplissage de 75% génère pour un centre de contrôle un chiffre d’affaires quotidien hors taxes de 6.000 DH.

Une activité capitalistique

Avec l’impulsion du ministère de tutelle, et de la Narsa, le contrôle technique des véhicules au Maroc s’est érigé en une activité très bien structurée. Les quatre réseaux susmentionnés jouent un rôle déterminant pour une panoplie de paramètres réglementés.

Il y a lieu de citer, entre autres, l’accompagnement des centres ralliés pour la formation, l’exploitation, la qualité du contrôle, les audits réglementaires, les actions correctives suite aux audits et la mise à disposition d’un logiciel d’exploitation, lequel a amélioré la transparence et la qualité du contrôle technique.

Concrètement, le système actuel permet à l’Administration de suivre en temps réel ce qui se passe au niveau de l’ensemble des centres de contrôle technique ralliés aux quatre réseaux que compte le Royaume.Interrogé sur les niveaux d’investissements nécessaires pour le démarrage de l’activité d’un centre standard de contrôle technique rallié, notre interlocuteur met en avant, dans un premier temps, les gros postes d’investissement. Il s’agit très souvent d’un bail, en l’occurrence la location d’un local ou d’un terrain nu à aménager (charpente ou béton) selon les exigences en vigueur.

À l’évidence, les prix de la location varient d’une région à une autre et selon les périmètres urbains et les zones rurales. Ceci dit, les prix moyens des loyers mensuels oscillent entre 20.000 et 30.000 DH.

Autre poste d’investissement important : les équipements de contrôle technique. «Le prix de deux lignes de contrôle technique de véhicules légers est d’environ 800.000 DH hors taxes (en raison de 400.000 DH hors taxes l’unité)», indique notre source.

À cela s’ajoutent les charges liées à l’aménagement des bureaux (mobilier, PC…). Au niveau des principales charges fixes mensuelles, les dépenses concernent les factures (eau, électricité, Internet) et les salaires.

En vertu de la réglementation, un centre de contrôle dispose obligatoirement d’un chef de centre (payé en moyenne à 6.000 DH net/mois) et de deux contrôleurs techniques (en raison d’un contrôleur par ligne, rémunéré en moyenne à 4.000 DH net/mois).

De manière discrétionnaire, certains centres font le choix de recruter un contrôleur de remplacement et une assistante. Toujours au registre des charges, autre obligation : un contrat de maintenance pour chaque ligne de contrôle, facturé en moyenne à 10.000 DH par an par les prestataires.

Dans le même ordre d’idées, il est utile de préciser qu’en vertu du contrat de partenariat, un centre de contrôle technique rallié paye à son réseau une redevance de 6% du tarif du contrôle technique.

Au final, de l’avis des experts, le contrôle technique est une activité rentable. Toujours est-il que cette branche cruciale pour la sécurité routière du pays demeure capitalistique en investissements, avec des charges fixes considérables.


Des avancées notables

Le dernier appel à la concurrence, lancé par la Narsa pour l’ouverture de 240 nouveaux centres de visite technique des véhicules, est bien accueilli dans plusieurs cercles de spécialistes. Pour cause, il est pensé pour répondre à de réels besoins, tout en constituant un rempart contre la forte concentration de centres de contrôle technique dans une même zone (élimination du système d’ex aequo des porteurs de projet).

Ce qui est de bon augure pour la rentabilité et la pérennité de l’activité, qui, selon certains spécialistes, demeure surtaxée au Maroc. Dans l’optique de promouvoir davantage la sécurité routière dans le Royaume et encourager les investissements des opérateurs, des pistes inhérentes à la baisse de la fiscalité et une hausse de la tarification (régulée), laquelle n’a pas évolué à l’aune de l’inflation, sont suggérées.