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Chorouq Machtache : «Le Maroc est devenu une locomotive qui inspire toute l’Afrique francophone»

Avec ses nouvelles solutions d’impression intelligente, ses vidéoprojecteurs nouvelle génération et ses innovations pensées pour les réalités africaines, Epson veut dépasser le simple rôle de fabricant.

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Hub stratégique d’Epson pour l’Afrique francophone depuis 2019, Casablanca joue un rôle central dans la stratégie du groupe japonais sur le continent. À l’occasion de l’Epson Partner Conférence 2026, nous avons rencontré Chorouq Machtache, directrice commerciale B2B Afrique francophone chez Epson.

Pour elle, le Maroc s’impose aujourd’hui comme un laboratoire de transformation digitale, notamment dans l’éducation, la justice et les services publics. Dans cet entretien, elle revient sur les ambitions d’Epson en Afrique, l’innovation adaptée aux réalités locales et l’évolution des usages autour de l’impression et de la projection.

Quelle place représente aujourd’hui l’Afrique dans la croissance mondiale d’Epson, et plus particulièrement le Maroc ?
Il faut savoir que nous avons ouvert en novembre 2019 nos bureaux dédiés à l’Afrique francophone à Casablanca. Ce hub pilote aujourd’hui l’ensemble des opérations de la région.

Nous couvrons 18 territoires francophones et le Maroc occupe une place centrale: il représente près de la moitié du chiffre d’affaires réalisé sur l’ensemble de cette zone.

À l’échelle continentale, l’Afrique francophone est aujourd’hui notre région numéro un.

C’est une zone en pleine croissance et un véritable vivier d’opportunités. Nous y déployons des projets d’envergure et répliquons des initiatives testées avec succès au Maroc.

Le Royaume est devenu une locomotive sur des secteurs clés, comme l’éducation, la santé ou encore les services publics.
Il attire également de nombreuses délégations gouvernementales africaines qui viennent observer les réformes marocaines et s’inspirer de ce modèle. Le Maroc joue donc un rôle moteur dans la dynamique régionale.

Vous évoquez une région en pleine transformation digitale. Quels signaux observez-vous concrètement sur le terrain ?
Le Maroc avance selon une vision claire qui a défini des priorités stratégiques : l’éducation, la santé, la justice ou encore l’administration publique. Aujourd’hui, nous commençons à voir les résultats concrets de cette orientation.

Dans l’éducation, par exemple, nous travaillons depuis deux ans sur le concept des «Écoles pionnières», qui intègrent des outils numériques, des vidéoprojecteurs et une nouvelle approche pédagogique. Nous avons récemment échangé avec le ministère de l’Éducation autour des résultats de cette initiative.La transformation touche également la justice.

Nous avons participé à la digitalisation des processus dans les cours d’appel du Maroc. Avant, certaines étapes reposaient sur des procédures papier complexes et exposées aux pertes ou aux dysfonctionnements. Aujourd’hui, la digitalisation des documents simplifie et sécurise ces parcours.

Vos activités dépassent donc la simple vente d’équipements ?
Absolument. Epson ne vend pas uniquement des produits, mais aussi des solutions complètes. Digitaliser ne consiste pas simplement à scanner ou stocker un document: il faut aussi traiter l’information, l’exploiter et la valoriser.
Nous développons donc des logiciels et des solutions capables d’accompagner l’ensemble de nos équipements. Cela concerne notamment l’archivage intelligent et la gestion documentaire. Le Maroc est engagé sur ces sujets avec de nombreux grands projets structurants.

Votre groupe investit plus de 300 millions de dollars par an en R&D. Quels sont aujourd’hui vos axes prioritaires ?
La recherche et développement fait partie de l’ADN d’Epson. Lors d’une visite au Japon, j’ai pu constater l’ampleur des moyens mobilisés. Rien que pour les vidéoprojecteurs, plus de 1.000 ingénieurs travaillent sur leur développement.

L’innovation est indispensable : une entreprise qui n’anticipe pas, finit par être dépassée. Cependant, nous n’innovons pas juste pour innover. Notre approche repose sur l’écoute des usages et des besoins réels.

J’ai notamment participé au projet «Africa Project», qui visait à imaginer le vidéoprojecteur idéal pour le continent africain : un produit accessible en termes de prix, adapté aux contraintes locales, comme l’accès à l’électricité, et pensé selon les réalités du terrain.

La culture japonaise privilégie une innovation lente mais maîtrisée. Certains développements peuvent prendre plusieurs années, car chaque aspect est étudié, notamment la sécurité et la fiabilité.

Vous annoncez aujourd’hui de nouvelles solutions dans l’impression et la projection. À quels besoins répondent-elles ?
Lors de cet événement, nous présentons notamment de nouvelles gammes EcoTank et un nouveau vidéoprojecteur : le Lifestudio.
L’idée est de proposer une nouvelle expérience du divertissement à domicile, que ce soit pour regarder un film, jouer ou partager un moment entre amis ou en famille.

Le produit a été retravaillé sur plusieurs dimensions: design, mobilité, qualité sonore ou encore simplicité d’usage.
Nous avons collaboré avec Bose pour le son et intégré Google TV. L’appareil est aussi conçu pour s’intégrer facilement dans différents environnements grâce à son design et sa flexibilité.

Nous visons une clientèle jeune, connectée et en quête d’expériences immersives.

Les Marocains sont-ils aujourd’hui réceptifs à ce type de produits ?
Oui, clairement. L’intérêt existe. Le principal frein reste souvent le prix, mais aussi certaines perceptions autour de l’installation.
Nous avons observé que beaucoup imaginent encore les vidéoprojecteurs comme des équipements complexes à mettre en place.

Avec cette nouvelle génération, l’objectif est justement de rendre l’usage beaucoup plus simple. L’expérience proposée est différente : regarder un contenu sur grand écran change totalement la manière de le vivre, que l’on soit seul, en famille ou entre amis.

L’éducation reste un enjeu majeur en Afrique. Comment Epson entend-il contribuer à réduire les inégalités d’accès à la technologie ?
C’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Je suis moi-même issue de l’école publique. Aujourd’hui, on parle souvent des difficultés du système éducatif, mais on parle moins des progrès réalisés. Pourtant, les écoles ont été rénovées, les enseignants formés et les équipements numériques déployés.

Nous avons participé à l’installation de plus de 125.000 classes équipées au Maroc, dont près de la moitié en zones rurales.

Pour un enfant vivant dans une région éloignée, l’accès aux contenus numériques change profondément l’expérience éducative. Il découvre des contenus, des images et une ouverture sur le monde auxquels il n’aurait peut-être pas eu accès auparavant. Notre relation avec le ministère de l’Éducation dépasse la logique commerciale. Nous nous inscrivons dans une démarche d’accompagnement stratégique pour contribuer à un impact positif sur les générations futures.

Qui sont aujourd’hui vos principaux concurrents ?
Comme dans tout marché technologique, nous avons des concurrents et différentes technologies coexistent.Mais notre position est solide en Afrique du Nord et en Afrique francophone grâce à un travail de fond, à la qualité de nos produits et à la proximité avec nos partenaires.

Dans l’impression, nous misons notamment sur le jet d’encre professionnel, qui représente, selon nous, l’avenir du secteur.

Vous évoquez beaucoup la digitalisation. N’est-ce pas paradoxal de continuer à promouvoir l’impression papier ?
Cela peut sembler contradictoire, mais il ne l’est pas. Selon une étude récente menée par Epson auprès d’enseignants et de parents dans plusieurs pays, dont le Maroc, nous constatons que 62% des répondants estiment que les supports imprimés favorisent une meilleure compréhension et une lecture plus approfondie, confirmant que l’efficacité pédagogique repose aussi sur une complémentarité entre supports numériques et imprimés.

La digitalisation a sa place, mais certains usages nécessitent encore des supports physiques, notamment dans plusieurs pays africains où certaines démarches administratives exigent toujours des documents papier.

L’impression ne disparaîtra pas. Elle évoluera. Notre objectif est donc de proposer une technologie plus propre, plus durable, plus économique et consommant moins d’énergie.

La digitalisation et l’impression ne s’opposent pas : elles répondent à des besoins complémentaires.