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Centres d’appels : La fin d’un modèle, le début d’une transformation

L’offshoring marocain est à un tournant avec l’interdiction en France de la prospection téléphonique sans consentement. Derrière la menace d’un choc social se profile une profonde mutation : celle d’une relation client plus numérique, plus technique et plus stratégique.

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C’est une réforme passée presque inaperçue à Paris, mais qui résonne déjà à Casablanca, Rabat ou Fès. À partir de 2026, les centres d’appels marocains ne pourront plus contacter les consommateurs français sans leur accord formel.

Autrement dit, c’est la fin du téléphone sortant, longtemps cœur battant de l’activité offshore marocaine. Selon l’Association marocaine de la relation client (AMRC), cette branche représente encore plus de 80% du marché.

Pour de nombreux acteurs, cette interdiction marque une rupture brutale. Les petites structures spécialisées dans la téléprospection à froid risquent la disparition pure et simple.

Certaines auraient déjà engagé des plans sociaux discrets, tandis que d’autres tentent de se repositionner en urgence sur des activités entrantes, de support ou de back-office.

Vers un nouveau paradigme de la relation client
Face à ce séisme, la filière s’organise autour d’un mot d’ordre : diversification. Malgré les turbulences, le secteur des centres d’appels reste l’un des plus dynamiques du pays : 10.000 nouveaux emplois créés en 2023 et près de 15.000 pour 2024.

En volume, il pèse encore près de 19% des offres d’emploi publiées cette année, selon les plateformes de recrutement marocaines.

Mais la croissance de demain ne se jouera plus sur les scripts de prospection. Elle passera par le multicanal (chat, messagerie instantanée, réseaux sociaux) et le support technique à forte valeur ajoutée.

Les donneurs d’ordre européens ont déjà pris ce virage : d’après le baromètre 2024 de BearingPoint, 67% d’entre eux prévoient de réduire la part de l’appel sortant au profit de canaux numériques ou automatisés.

Cette mutation exige une montée en compétences accélérée : résolution de tickets complexes, gestion omni-canale, analyse de données et usage de l’intelligence artificielle pour améliorer la qualité de service.

Les métiers de la relation client deviennent ainsi plus techniques, plus analytiques et plus proches des métiers de la data.

Monter en gamme grâce à la formation et à l’IA
Le Code du travail marocain offre déjà un cadre favorable à la formation continue et à la reconversion. Encore faut-il que les entreprises s’en saisissent.

Les grands acteurs, eux, ont pris de l’avance. Outsourcia investit dans la formation autour de l’IA générative et de l’analyse de données, tandis qu’Intelcia ou Webhelp Maroc testent des modèles hybrides combinant service client et business intelligence.

«La vraie question est celle de la diversification», souligne Youssef Chraibi, président de l’AMRC et du groupe Outsourcia. «Trois axes me semblent prioritaires : le multicanal, le support technique et spécialisé, et l’intégration intelligente de l’IA générative comme levier de productivité et d’assistance aux conseillers».

Le Maroc conserve un atout décisif : une jeunesse adaptable, multilingue et avide d’opportunités. Reste à renforcer la synergie entre outsourceurs, universités et dispositifs publics pour accélérer la montée en compétences et garantir un ancrage durable du secteur dans la chaîne mondiale de la relation client.

Une filière en quête de rebond
L’enjeu dépasse la simple question économique. Les centres d’appels demeurent un employeur de masse, souvent premier tremplin professionnel pour des milliers de jeunes diplômés. Si la base se fragilise, c’est tout un écosystème (formation, emploi, mobilité sociale, ancrage territorial) qui vacillerait à son tour.

Mais derrière la crise se cache une opportunité : celle de refonder la relation client marocaine. Moins dépendante d’un modèle univoque, plus technologique, plus stratégique. Le Maroc a déjà prouvé sa capacité à se réinventer, que ce soit dans le numérique ou dans l’automobile.

Cette nouvelle étape pourrait bien être non pas la fin d’un cycle, mais le début d’un nouveau chapitre : celui d’un secteur monté en gamme, ancré dans la digitalisation et prêt à s’imposer comme partenaire global de confiance.