SUIVEZ-NOUS

Carrière

L’IA fait son entrée dans les salles de formation des managers

Entre modules courts, sessions sectorielles et programmes diplômants, le marché de la formation IA au Maroc se structure pour répondre à une demande croissante et transformer la technologie en un véritable levier de compétitivité.

Publié le

Longtemps cantonnée aux laboratoires, l’intelligence artificielle s’impose désormais comme un outil de décision stratégique. Au Maroc, elle n’est plus un sujet réservé aux développeurs, mais un levier de compétitivité que les managers eux-mêmes cherchent à maîtriser.

Face à cette évolution, la formation devient un passage obligé pour transformer une technologie complexe en un atout concret pour l’entreprise.

C’est dans cet esprit que l’AI Institute du groupe Holmarcom a lancé «AI for Managers», un programme pensé comme une véritable boîte à outils. «Notre mission est claire : permettre aux managers de s’approprier l’IA sans bagage technique préalable», explique Meryem Benjelloun, chargée de mission à Holmarcom.

Pour elle, la révolution IA est autant culturelle que technologique : «Beaucoup d’entreprises parlent de transformation digitale, mais l’IA reste perçue comme abstraite. Notre rôle est de la rendre tangible, applicable et immédiatement utile».

Exit les cours théoriques, place à la pratique. Les participants explorent des solutions de référence comme Copilot, ChatGPT, Gemini ou TensorFlow, mais aussi des outils créatifs tels que DALL-E, MidJourney ou Synthesia.

Des cas concrets viennent illustrer les usages : détection de fraudes et scoring en banque, maintenance prédictive dans l’industrie, personnalisation client pour le retail ou encore chatbots et marketing optimisé dans les télécoms.

Le programme cible un large public : cadres, dirigeants, project managers, data analysts ou professionnels en reconversion. Chacun progresse selon son niveau et ses besoins grâce à des parcours modulables.

Cette dynamique répond à une demande croissante au Maroc. «L’IA n’est plus un concept futuriste, mais une réalité opérationnelle qui redessine les métiers», insiste Benjelloun.

Trois facteurs tirent cette accélération : une prise de conscience stratégique, la pression concurrentielle internationale et la transformation sectorielle qui pousse chaque domaine – de la finance à la santé– à identifier ses propres cas d’usage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Divers acteurs s’emparent du sujet

Autre acteur dynamique : Inkway, qui propose la formation «Manager à l’ère de l’IA». Ici, l’accent est mis sur la posture managériale et la performance augmentée.

Comment accompagner ses équipes dans cette transition ? Comment adopter une approche éthique de l’IA ? Les modules sont conçus pour que les managers repartent avec une feuille de route prête à déployer dans leur entreprise.

Les formats courts séduisent également. Skills Campus propose une formation en quelques heures, entièrement dédiée à l’IA générative, avec des ateliers interactifs pour apprendre à rédiger des prompts efficaces et créer ses propres assistants virtuels.

Au sein du cabinet, l’offre de formation se structure autour de plusieurs niveaux. Pour le grand public, il s’agit avant tout de comprendre le fonctionnement fondamental de l’IA afin de ne pas rester de simples utilisateurs passifs.

Des modules de sensibilisation sont ainsi proposés pour démystifier l’IA, clarifier ses usages et ses limites. Pour les profils techniques, la barre est placée plus haut : maîtrise du langage Python, des bibliothèques spécialisées, voire développement de modèles sur mesure.

Enfin, pour les managers de haut niveau et les cadres en audit ou en qualité, l’essentiel est de se former à la gouvernance de l’IA, d’anticiper les normes réglementaires et de suivre l’évolution rapide des standards internationaux.

D’autres, comme AI Crafters, misent sur des formations intra-entreprise, calibrées selon les besoins d’une direction ou d’un comité exécutif. Les grandes écoles ne sont pas en reste. Centrale Casablanca a lancé une masterclass «Data Science pour managers», qui mêle concepts techniques et pilotage stratégique de projets IA.

RH, industrie, marketing : L’IA s’invite partout

Les formations sectorielles se multiplient. Chez CIFpro, un module spécialement pensé pour les DRH permet d’explorer le potentiel de l’IA dans le recrutement, la gestion des talents et l’expérience collaborateur. L’ENSA de Kénitra va encore plus loin avec son master spécialisé en IA et Internet des objets, orienté vers l’industrie 4.0.

Ces offres traduisent une demande croissante : selon les acteurs du secteur, les managers cherchent aujourd’hui des réponses concrètes et rapides. L’objectif n’est plus seulement de «comprendre l’IA», mais de savoir la mettre en pratique dès le lendemain.

«La priorité reste d’initier les publics dès les premiers niveaux d’éducation», souligne Mourad El Baz, directeur général du cabinet Skills Campus, convaincu que l’acculturation doit commencer tôt.

Il distingue trois étages dans cette nouvelle tour de compétences. D’abord, le niveau technique, destiné aux ingénieurs et chercheurs, où l’on plonge dans les algorithmes, le machine learning et les bases de données. «Sans big data, pas d’IA», dit-il, rappelant que l’intelligence artificielle n’existe que grâce aux données massives qui l’alimentent.

Ensuite, le niveau managérial, qui s’adresse aux cadres : ils ne codent pas, mais doivent comprendre, orienter et encadrer les projets. «L’ISO 42000 fixe un cadre pour l’implémentation de l’IA. On ne peut pas déployer une IA de manière aléatoire», insiste-t-il, notamment dans des secteurs sensibles comme la banque ou les télécoms.

Enfin, l’IA générative, déjà familière via ChatGPT ou MidJourney, mais dont l’usage doit rester contextualisé : «L’IA générative d’un journaliste n’est pas celle d’un médecin ou d’un avocat.»

Cette segmentation reflète une tendance de fond : la fin des formations génériques. «Il faut des programmes adaptés à chaque secteur et à chaque métier», estime El Baz, citant la certification internationale ITS, qui initie, en trois jours, aux fondamentaux de l’IA et à la rédaction de prompts.

Cedi dit, le constat est sans appel : comme en Europe, le déficit de formation reste flagrant. Au Maroc, le chemin est encore long. Si certaines grandes entreprises commencent à développer leurs propres modèles de langage (LLM) et à définir des cadres réglementaires internes, la majorité des cadres ne sont pas encore préparés aux transformations que l’IA impose.

Au-delà des compétences, une confusion persiste : l’IA générative n’est pas l’IA dans son ensemble. Elle n’en est qu’une déclinaison, centrée sur la génération de textes, d’images ou de vidéos. D’autres branches, hybrides et complémentaires, sont en cours de développement et devraient se généraliser dans les prochaines années.

Reste la question éthique. Peut-on confier une décision médicale ou juridique à une IA ? Jusqu’où laisser la machine remplacer l’humain ? Derrière la fascination technologique, le débat sur la responsabilité et la confidentialité des données reste ouvert.

Laprotection de la vie privée et la traçabilité des usages deviennent des priorités, alors même que la vitesse de développement de ces outils bouscule les cadres juridiques existants.

Deux ans après l’explosion de ChatGPT, l’IA générative est encore en phase d’apprentissage collectif. Les formations sur mesure, adaptées aux secteurs comme la santé, le droit, l’éducation ou l’industrie, apparaissent désormais comme une nécessité. Une chose est sûre : impossible de rester simple spectateur.

La question n’est pas de savoir si l’IA générative doit être utilisée, mais comment l’intégrer intelligemment dans nos métiers et dans nos décisions.