Affaires
Câblage automobile : La montée en gamme s’accélère
Segment historique et acteur majeur de l’industrie automobile au Maroc, le secteur du câblage a entamé sa mue. Objectif : s’adapter au virage stratégique de l’électrification.
Le secteur du câblage est le cœur battant de l’industrie automobile marocaine, qui est elle-même le premier secteur exportateur du pays. L’écosystème «automobile câblage» a même été l’un des tout premiers à voir le jour en 2014, dans le cadre du Plan d’accélération industrielle, pour la fabrication de faisceaux électriques (wire harness), véritable système nerveux reliant les différents composants électroniques d’un véhicule.
Les faisceaux produits au Maroc sont intégrés dans des véhicules assemblés par de grands constructeurs, parmi lesquels on retrouve bien sûr Stellantis et Renault, les deux constructeurs basés au Maroc, mais aussi Volkswagen, BMW, ou encore Mercedes, à l’export. C’est dire l’importance que ce segment a dans l’émergence de la plateforme de production automobile nationale.
Aujourd’hui, le câblage auto pèse lourd : il emploie près de 100.000 personnes et représente plus du tiers des exportations globales du secteur automobile. Mieux encore, le câblage n’est pas seulement l’ancêtre historique de l’industrie automobile au Maroc, c’est aussi son segment le plus résilient.
Alors que le segment de la construction de véhicules a connu un recul de 13,6% en 2025, dû à la baisse de la demande européenne, celui du câblage a servi d’amortisseur, avec une croissance de 7,7%, permettant à l’ensemble des exportations de la filière auto de limiter les dégâts, avec une baisse de seulement 2%, pour atteindre plus de 154 milliards de dirhams.
Cette performance est le résultat d’une stratégie qui a permis d’attirer les géants mondiaux du câblage automobile, comme Yazaki, Sumitomo Electric, Leoni, Lear Corporation (États-Unis), TE Connectivity (Suisse/États-Unis), séduits par les atouts du Maroc : proximité du marché européen, plateforme logistique performante, main-d’œuvre compétitive et formée, etc.
Le pays compte aujourd’hui une cinquantaine de sites de production de câbles automobiles, situés dans les zones industrielles, à Tanger, Casablanca, Fès, Meknès, Agadir et Kénitra. De quoi positionner le pays comme l’un des principaux hubs mondiaux de production de faisceaux automobiles.
D’autant que la guerre en Ukraine a renforcé l’importance du Maroc dans cette industrie. Les faisceaux automobiles étaient en effet fortement produits en Ukraine. Après le début du conflit en 2022, plusieurs équipementiers ont transféré une partie de leur production vers le Maroc pour sécuriser l’approvisionnement des constructeurs européens.
Dans ce contexte, Sumitomo, Yazaki, Aptiv et Leoni ont non seulement maintenu leurs positions au Maroc, mais ont massivement investi pour augmenter leurs capacités et préparer l’avenir…
Le virage stratégique de l’électrification
Car bien que solidement positionné comme l’un des principaux fournisseurs de faisceaux électriques pour l’industrie automobile européenne, le Maroc doit toutefois adapter sa production pour maintenir son rang dans un contexte d’essor de la mobilité électrique et de déclin programmé des moteurs thermiques en Europe, principal débouché des câbles made in Morocco.
Un véhicule électrique nécessite en effet des faisceaux beaucoup plus complexes, capables de supporter la haute tension, avec des composants de sécurité bien plus sophistiqués que leurs ancêtres thermiques.
Dans ce contexte, le câblage marocain vit une transformation profonde. Les industriels, notamment Yazaki et Lear, ont investi massivement pour transformer leurs usines au Maroc afin de produire ces faisceaux et s’intégrer durablement dans les chaines de valeur mondiales des véhicules électriques.
Le pays mise aussi davantage sur l’ingénierie locale, avec l’émergence de centres de R&D (comme le Tech Center de Lear à Rabat) où des ingénieurs marocains conçoivent les architectures électriques des futurs modèles.
Le secteur a ainsi entamé sa montée en gamme. L’écosystème intègre désormais la fabrication de connecteurs de précision et de terminaux intelligents. L’enjeu n’est plus seulement le coût de la main-d’œuvre, mais la capacité à produire des systèmes électriques de haute précision pour les voitures de demain.
