Affaires
Barrages : Une politique renouvelée
Anticipant le changement climatique, le Maroc, tout en continuant à parier sur sa politique des barrages, a multiplié ces infrastructures, y compris dans des zones au climat relativement aride. Une politique qui s’est révélée payante.
Au terme des dernières pluies que la région du centre-est du pays a connues il y a un peu plus d’une semaine, le volume total d’eau réceptionné par les différents barrages relevant du bassin hydraulique Guir-Ziz-Rheris est estimé à 89,9 millions dem3, entre le 23 août et le 12 septembre. Ainsi, et à titre d’exemple, le volume stocké dans le barrage de Kadoussa, dont le projet de surélévation a été conduit récemment, est de 59,07 millions de m3 (26,3%), le barrage Toudgha, à peine achevé, compte déjà 3,6 millions de m3 (10,68%) de retenues, celui de Timqqit, également de récente construction, totalise 3,1 millions de m3 et un taux de remplissage de 22,6%. D‘autres barrages de récente construction dans cette région et dans la région de l’Oriental ou encore dans les provinces sahariennes ont reçu également des quantités importantes d’eaux. Dans ces projets, comme dans les 19 grands et moyens barrages programmés, le gouvernement a non seulement maintenu le programme prévu, mais aussi augmenté la cadence des travaux avec ce que cela suppose comme mobilisation des fonds supplémentaires. Ces barrages vont permettre d’avoir une réserve supplémentaire de 5,7milliardsdem3. Et le gouvernement poursuit et accélère la politique des barrages, mise au point et lancée il y a des décennies.
Actuellement, une douzaine de barrages, moyens et grands, avec des retenues allant de 44 millions de m3 à un peu plus
d’un milliarddem3, sont en construction. La plupart de ces installations sont situées dans des régions comme Al-Haouz, l’Oriental, Khénifra-Béni Mellal et Souss-Massa.
N’empêche, malgré le bien-fondé de la politique gouvernementale en la matière, largement étayé par les récentes conditions climatiques, des voix se sont élevées pour critiquer la construction de barrages de grandes capacités dans les zones semi-arides avec ce que cela suppose notamment comme risque d’envasement et d’évaporation rapide. Ces mêmes voix estiment qu’il aurait été plus judicieux de construire un plus grand nombre de retenues à petite capacité de stockage. Qu’à cela ne tienne, l’Exécutif vient justement d’annoncer le lancement de construction d’une dizaine de petits barrages, d’une capacité allant de 300.000 m3 à 2,5 millions de m3 dans plusieurs régions. Il faut dire que le Maroc dispose déjà de 141 barrages collinaires. La réalisation de 40 petits barrages supplémentaires vient d’être lancée et d’autres sont à l’étude. Un nouveau programme dédié aux barrages collinaires sera mis en place pour 2025-2027.
En plus de stockage de l’eau de pluie, un autre élément est à retenir de ces dernières précipitations : ces installations hydrauliques réalisées principalement dans le centre-est et dans la région de l’Oriental ont contribué considérablement à amortir le choc des violentes intempéries qui ont touché les villes de Tata, Errachidia et Taroudant, mais aussi et surtout la ville de Guelmim, qui a connu des crues dévastatrices en 2014, aujourd’hui épargnée. Il est clair que le Maroc a déjà une longueur d’avance. Avec les projets en cours de réalisation et ceux qui viennent d’être programmés, ces zones seront non seulement protégées contre les inondations, mais aussi contre le stress hydrique. En effet, d’après les projections du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la région du centre-est du Maroc devrait connaître davantage de perturbations climatiques extrêmes dans le futur. Le département de tutelle en est d’ailleurs conscient. Les récentes précipitations et pluies torrentielles enregistrées dans plusieurs régions du Maroc, notamment dans le centre-est, ont démontré la nécessité urgente d’achever au plus vite les 15 chantiers de construction de barrages pour assurer la collecte et la réception des réserves d’eau et éviter leur perte.

Eaux usées, une expérience à rabat
À Rabat-Salé, une expérience pilote a été lancée, combinant plusieurs infrastructures, dont six stations de traitement des eaux usées. Ces stations assurent une production journalière de 56.000 m3 par jour d’eaux usées traitées, soit plus de 20 millions de m3 d’eau réutilisable par an. Les eaux traitées sont acheminées via 400 km de canalisations pour irriguer un total de 1.200 hectares d’espaces verts publics des villes de Rabat, Salé, Témara, Harhoura et Skhirat.
Ces eaux recyclées sont également proposées aux professionnels grâce à des raccordements directs, notamment pour le lavage de véhicules, l’entretien des voiries et le curage des canalisations. Pour ce faire, une quinzaine de bornes intelligentes d’eaux réutilisées ont été acquises et installées en remplacement des bornes d’incendie classiques. Ces nouvelles bornes automatiques, équipées d’un contrôle d’accès par cartes intelligentes monétiques, permettent aux clients de procéder à un paiement anticipé en fonction de leurs besoins.
Depuis son démarrage, le projet de réutilisation des eaux usées traitées a efficacement contribué à la réduction de la consommation d’eau potable de 11,7 millions de m3 au niveau de la région. Pour assurer la performance du circuit de production et de distribution des eaux usées traitées, une infrastructure de haute technologie a été installée pour un suivi centralisé et efficace, à travers un bureau de commande centralisé. Ces eaux sont en effet constamment contrôlées et analysées pour garantir leur conformité aux normes internationales de qualité.
