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Amaury De Feligonde : «Des ports importants se développent aussi tout au long des côtes africaines»

Le co-fondateur d’Okan Partners, cabinet de conseil en finance et en stratégie dédié à l’Afrique, nous livre son analyse quant à l’essor des ports africains et du rôle qu’ils auront à jouer.

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Dans votre étude publiée en 2020 sur les ports africains, vous affirmez que l’essor économique de l’Afrique se joue en partie dans le développement de ses infrastructures portuaires. Est-ce que ce constat est toujours valable actuellement ?
Ce constat est plus que jamais valable dans un contexte où le continent africain a besoin de ports et de corridors logistiques performants, pour tirer profit de la nouvelle donne continentale et mondiale. Celle-ci se caractérise d’abord par la volonté des autorités africaines de développer le commerce interne au sein du continent, à travers la mise en place de la Zlecaf. Cela nécessite non seulement des infrastructures terrestres, mais aussi le développement d’un secteur portuaire et maritime moderne. À ce titre, le Maroc veut se placer comme un hub majeur à destination de l’Afrique subsaharienne, à la croisée des routes Europe-Asie-Afrique. Et puis, il a la volonté d’un certain nombre de blocs (Amérique du Nord, UE) de trouver des alternatives à la production asiatique, en particulier chinoise, donnant une chance à la production industrielle africaine de se développer. Cela passe par des infrastructures de production et logistiques, notamment des ports modernes.

Quels sont à votre avis les nouveaux hubs ou grands ports en projet qui pourraient avoir une carte à jouer dans l’avenir ?
Sans conteste, les principaux hubs africains actuels que sont Tanger Med, à proximité du détroit de Gibraltar, et Port Saïd, à la sortie du canal de Suez, sont bien partis pour tirer leur épingle du jeu, du fait de leur géographie idéale (et ce malgré le blocage récent de la mer Rouge) et de la volonté politique du Maroc et de l’Égypte de développer des positions incontournables sur la route UE-Asie-Afrique. Le port de Durban, en Afrique du Sud, qui avait clairement perdu en compétitivité, a récemment désigné un nouveau concessionnaire pour ses terminaux à conteneurs, ce qui pourrait lui permettre de redresser sa situation. Des ports importants se développent aussi tout au long des côtes africaines, à l’est comme à l’ouest, et ont vocation à devenir des hubs sous-régionaux, comme Abidjan en Afrique de l’Ouest, Djibouti en Afrique orientale, etc.

Le Maroc est en train de construire 2 nouveaux grands ports à Nador et Dakhla. Pensez-vous que cela va créer une concurrence interne avec le port de Tanger Med ou plutôt profiter au Maroc en tant que future puissance mondiale dans le domaine portuaire ?
Tanger Med est d’ores et déjà une puissance portuaire d’ordre mondial, puisque le port se classe selon Lloyd’s à la 24e place mondiale. L’enjeu est désormais de faire connaître un succès comparable aux ports de Nador et Dakhla, notamment en reliant le mieux possible ces nouvelles infrastructures majeures à leurs destinations naturelles, en particulier l’Afrique de l’Ouest pour Dakhla. Cela passe aussi par le développement de flux endogènes, à l’image des flux d’import-export que Tanger Med a pu développer grâce à ses zones industrielles et notamment à l’usine Renault, qui a exporté près de 2,4 millions de véhicules cette dernière décennie.

Les attaques en mer Rouge contre les navires commerçants, en lien avec le conflit à Gaza, vont-elles faire basculer encore plus le trafic vers les ports marocains et africains à votre avis ?
Si ma compréhension est bonne, ces attaques ne profitent à personne et encore moins aux ports marocains, puisque Tanger Med est précisément positionné sur l’un des points majeurs de l’axe Asie-mer Rouge-UE. Il faut espérer que la situation connaîtra un dénouement rapide en mer Rouge (comme à Gaza évidemment) afin que cet axe majeur au niveau mondial puisse reprendre du service et que les bateaux ne soient plus déroutés vers le cap de Bonne-Espérance, ce qui est long et coûteux (11.000 milles nautiques contre 6.400 via Suez).