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Alaâ Mrani : «Il existe un potentiel inexploité dans le domaine sportif»

Expert en économie du sport et en stratégie des organisations sportives, il nous livre son analyse sur l’état actuel de l’industrie du sport au Maroc et quelques pistes de réflexion pour développer ce secteur.

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Au Maroc, le sport ne contribue qu’à hauteur de 0,5% au PIB national. Un taux bien inférieur comparativement aux pays de la région. Un chiffre que notre spécialiste en économie du sport, Alaâ Mrani, explique par plusieurs facteurs, dont la faible pratique du sport, la mauvaise gouvernance ou encore le manque de planification. Pourtant, ce n’est pas le potentiel qui manque.

Le sport contribue à hauteur de 0,5% au PIB national. Ce taux est-il suffisant selon vous ?
Cette contribution est très insuffisante compte tenu du potentiel du Maroc, que ce soit en termes de ressources naturelles ou de capital humain. Le Maroc a le potentiel de développer de nouveaux sports pour attirer des touristes du monde entier, créant ainsi de nouvelles opportunités économiques. Il est essentiel de revoir le modèle sportif marocain et de mettre en place une politique d’accueil des événements sportifs. Le développement du sport de masse est également important, car il stimulera la consommation et tout le secteur des services liés au sport. Comparativement, l’Égypte, dont l’économie du sport contribue à hauteur de 1,6% au PIB, et l’Espagne, où le sport représente 3,3% du PIB, montrent que le Maroc a un important retard à rattraper. Il est indéniable qu’il existe un potentiel inexploité dans le domaine sportif, malgré les avantages évidents qu’il offre.

En quoi le sport peut-il constituer un levier de croissance ?
D’abord, les bienfaits du sport pour la santé, tels qu’un mode de vie sain et une hygiène sportive, réduisent considérablement les coûts de soins de santé. Ce qui a un impact positif sur les finances publiques en matière de couverture médicale. De plus, cela augmente la productivité en améliorant le capital humain. Ces avantages sont immatériels, mais ont un impact direct sur la santé publique. D’autre part, sur le plan industriel, le sport attire des investissements, notamment au niveau du tourisme sportif. Les grands événements sportifs que nous allons accueillir généreront des retombées économiques significatives, principalement en termes de tourisme, de vente de billets, d’hospitalité, de droits télé et publicitaires, etc. De plus, l’industrie du sport crée des emplois, temporaires lors des événements, ce qui stimule l’hôtellerie et la restauration. Nous pouvons également développer le savoir-faire en matière de construction et d’entretien d’infrastructures sportives, ainsi que les services liés au sport. Cela favorise également l’industrie des équipements sportifs, tant pour le sport de masse que pour le sport de haut niveau.

La faiblesse de la pratique du sport au Maroc pénalise-t-elle l’émergence d’une industrie du sport ?
Absolument. La faible pratique du sport au Maroc entrave directement l’émergence d’une véritable industrie du sport. Moins de pratiquants signifie moins de licenciés, ce qui réduit la demande de produits et de services liés au sport. Actuellement, le taux de pratique du sport au Maroc ne dépasse guère 1% de la population, malgré les nombreuses initiatives et stratégies mises en place au fil des années.

En quoi le sport scolaire et universitaire pourrait-il participer à développer l’économie du sport ?
Tout d’abord, la promotion du sport devrait commencer dès la petite enfance. Le sport scolaire et universitaire encourage la participation sportive à long terme, ce qui a des avantages sociaux indéniables. En inculquant aux jeunes une hygiène de vie sportive, cela a un impact positif sur la santé, la prévention de la délinquance, et renforce la culture sportive. En outre, le sport scolaire et universitaire permet de détecter les talents dès leur jeune âge, en les orientant vers des parcours sport-étude. Cela contribue à former des sportifs talentueux, à la fois sur le plan sportif et intellectuel, bénéfiques pour la société marocaine et l’industrie du sport en général.

Le Maroc a beaucoup investi dans des infrastructures sportives, mais l’on reproche un manque de vision intégrée de ces constructions qui deviennent des gouffres financiers. Pourquoi à votre avis ?
C’est un point qui a été souligné par le CESE (Conseil économique, social et environnemental) lors de son avis sur l’économie du sport au Maroc. Je suis d’accord sur le fait que nos infrastructures, qu’elles soient destinées au sport de masse ou celui de haut niveau, souffrent de graves lacunes dès leur conception. Il est essentiel de répondre à un besoin réel avant de construire une infrastructure sportive. De plus, il est nécessaire de planifier à long terme en fonction de leur utilisation et de leur fonctionnement. La construction ne suffit pas, il faut également réfléchir à la gestion et à l’héritage de ces infrastructures. Un exemple est celui des centres sociosportifs intégrés, qui sont actuellement dans un état catastrophique, faute de planification adéquate. Les infrastructures d’élite nécessitent également un modèle économique clair, ce qui fait actuellement défaut au Maroc. Nous devons nous assurer que ces installations sont utiles à long terme et ne se transforment pas en éléphants blancs.

Comment peut-on développer les filières liées aux métiers du sport ?
Le principal moyen de développer les filières des métiers du sport c’est d’investir davantage dans l’éducation et la formation. Certes, aujourd’hui nous disposons de plusieurs instituts et grandes écoles qui offrent des formations spécifiques dans les sciences et les métiers du sport, en management du sport ou en entrainement sportif, en santé sportive, mais le théorique seul n’est pas suffisant. Il faut que le mouvement sportif s’approche de ces universités. Aujourd’hui, on dispose de plusieurs instituts, notamment à Settat, à Kénitra, à Fès. D’autres instituts sont en projet comme à Sidi Bennour, à Benslimane, à Tamesna ou encore à Ifrane. L’offre de formation est là, mais il faut travailler en synergie avec le mouvement sportif pour l’améliorer et mettre en place des prestations spécifiques relatives aux besoins du marché. Aujourd’hui, on ambitionne de s’ouvrir sur l’international en organisant la Coupe du monde. Pour cela, il faut mettre à niveau le capital humain existant, mais aussi développer un savoir-faire spécifique et par conséquent des formations qui sont spécifiques aux exigences de ces événements sportifs. Cela passe également par l’encouragement de la recherche et développement dans le secteur bien que l’on constate un développement assez conséquent en termes de thèses de doctorat relatives au sport, mais il reste toujours insuffisant par rapport aux attentes et au marché.

Comment faire en sorte que l’organisation de la CAN 2025 et la Coupe du monde en 2030 contribuent à l’éclosion d’une véritable industrie du sport ?
Les deux événements ne sont pas à mettre sur un pied d’égalité. La CAN 2025 et la Coupe du monde 2030 représentent des niveaux différents. L’un prépare naturellement l’autre. Il est essentiel d’optimiser les coûts, notamment en termes d’infrastructures, pour que ces événements bénéficient à long terme au Maroc. Nous devons travailler sur une vision post-événement, en prévoyant un plan d’héritage infrastructurel pour que ces constructions profitent à la société marocaine au quotidien. L’objectif est d’éviter la «malédiction du vainqueur» qui a touché d’autres pays ayant organisé de grands événements sportifs. Ces changements structurels doivent améliorer le bien-être et la qualité de vie des Marocains sur le long terme.