Agriculture
Hassan Mounir : «Assurer des revenus stables aux agriculteurs est une priorité»
Ressources hydriques, plantations, outil industriel, exportations… Passage en revue de l’état des lieux de la filière sucrière avec le directeur général du groupe Cosumar.
La sécheresse que vit le Royaume n’épargne pas la filière sucrière. Celle-ci fait néanmoins preuve de résilience grâce au soutien du groupe Cosumar qui multiplie les investissements et accompagne ses partenaires agriculteurs dans leur processus d’adaptation aux nouveaux défis conjoncturels. Éclairages.
Pourriez-vous nous faire un point sur le déroulement de la campagne sucrière ? Quels sont les principaux défis rencontrés et quelles sont vos perspectives ?
La campagne sucrière actuelle se déroule dans un contexte marqué par des conditions climatiques difficiles. Notre pays connaît sa septième année de sécheresse, impactant fortement l’ensemble du secteur agricole. Malgré cela, nous avons réussi à augmenter de 53% les surfaces plantées en betterave à sucre, pour atteindre 35.000 ha, contre 23.000 ha l’année dernière.
Actuellement, nos agriculteurs partenaires surveillent l’évolution des cultures et les maladies, en attendant l’arrachage prévu pour juillet, conformément au calendrier de la filière. Le principal défi reste la raréfaction des précipitations, qui affecte directement les niveaux des barrages et des nappes phréatiques.
Pour y faire face, nous poursuivons nos efforts en matière d’accompagnement technique, d’introduction de variétés plus résilientes et d’optimisation des pratiques culturales. Nous restons confiants quant à une amélioration de la production cette année, en espérant une amélioration progressive de la situation hydrique, notamment dans les régions les plus touchées comme Béni Mellal-Khénifra.
Justement, la diminution des précipitations dans cette région constitue un défi majeur. Quelles solutions peuvent être envisagées pour maintenir et développer la culture sucrière dans ce contexte ?
La raréfaction des précipitations impose une adaptation structurelle de la gestion de l’eau pour assurer la pérennité de la culture sucrière. La solution la plus structurante réside dans le développement d’une station de dessalement de l’eau de mer, un projet soutenu par le Conseil régional de Béni Mellal-Khénifra, avec une contribution envisagée d’un milliard de dirhams.
Cette infrastructure garantira une source d’eau durable, réduisant ainsi la dépendance aux précipitations et garantissant l’irrigation des cultures.
En complément, nous avons généralisé l’irrigation goutte à goutte, qui permet de réduire la consommation d’eau de 40% tout en maintenant un bon niveau de rendement.
Nous investissons également dans la sélection de variétés plus résistantes à la sécheresse, en améliorant les itinéraires culturaux et en optimisant l’apport en fertilisants pour maximiser la productivité. Grâce à ces initiatives, nous renforçons la résilience de la filière tout en préservant les ressources hydriques et en soutenant nos agriculteurs partenaires face aux nouveaux défis climatiques.
Dans un contexte de stress hydrique, comment avez-vous réussi à accroître les superficies dédiées aux cultures sucrières de plus de 50% ?
L’augmentation significative des surfaces plantées est le résultat d’une mobilisation conjointe du Groupe, des pouvoirs publics et des agriculteurs. Le modèle d’agrégation joue un rôle central en offrant aux producteurs une garantie d’achat de leur récolte, leur assurant ainsi une stabilité financière et une visibilité sur le long terme.
Nos équipes sur le terrain accompagnent également les agriculteurs dans l’optimisation des itinéraires culturaux, la gestion des ressources hydriques et l’intégration de nouvelles technologies agricoles. L’introduction de variétés plus adaptées aux conditions climatiques difficiles et la modernisation des infrastructures agricoles ont contribué à améliorer l’attractivité de la filière.
Par ailleurs, la rentabilité de la culture sucrière a été un élément déterminant. Lors de la dernière campagne, malgré les conditions climatiques complexes, les revenus des agriculteurs ayant fait confiance à la filière ont été honorables par rapport à d’autres cultures, notamment grâce à la revalorisation des prix d’achat et aux efforts déployés pour réduire leurs charges d’exploitation.
En parlant des revenus des agriculteurs, qu’est-ce qui a pu leur assurer cette stabilité ?
Assurer des revenus stables aux agriculteurs est une priorité. La revalorisation, accordée par l’État, des prix d’achat des cultures sucrières, avec une hausse de 80 dirhams par tonne pour la betterave et 70 dirhams pour la canne à sucre, a renforcé la rentabilité de la filière. En complément, le gouvernement apporte depuis l’année dernière un soutien financier supplémentaire aux agriculteurs, sous forme d’une prime équivalente.
Parallèlement, nous avons, en coordination avec l’État, déployé plusieurs leviers pour alléger les charges des agriculteurs et améliorer la rentabilité de leurs exploitations. Les subventions sur les engrais, introduites l’an dernier et maintenues cette année, ainsi que l’adoption de nouvelles technologies agricoles, ont permis de réduire significativement les coûts liés aux intrants et aux opérations culturales.
L’usage des drones pour optimiser les interventions sur les parcelles, la mécanisation généralisée et l’amélioration des pratiques ont contribué à rendre les exploitations plus performantes. Grâce à ces efforts conjugués, les charges d’exploitation ont diminué d’environ 40%, renforçant la compétitivité de la filière.
Nous facilitons également l’accès au financement pour permettre aux agriculteurs d’investir dans des infrastructures modernes. L’installation de systèmes d’irrigation goutte à goutte, de bassins de stockage d’eau et de panneaux solaires contribue à une gestion plus efficace des ressources, tout en réduisant les coûts à long terme et en renforçant l’autonomie des exploitations.
Grâce à ces mesures combinées, la culture sucrière reste une filière compétitive et stable, garantissant aux agriculteurs une visibilité financière, même dans un contexte marqué par de nombreux défis.
Le Groupe a récemment annoncé le lancement de la raffinerie de Sidi Bennour. Pourriez-vous nous en dire plus sur cette installation et les enjeux associés à cette nouvelle infrastructure ?
La nouvelle raffinerie de Sidi Bennour, opérationnelle depuis septembre 2024, constitue une avancée majeure pour notre Groupe et la filière sucrière nationale. Avec une capacité annuelle de 500.000 tonnes de sucre blanc, cette installation porte notre capacité totale de production à 2,5 millions de tonnes par an, nous plaçant parmi les leaders mondiaux du secteur.
Stratégiquement située dans une région où la culture sucrière est bien ancrée, la raffinerie bénéficie de la proximité du port de Jorf Lasfar, facilitant à la fois l’importation de sucre brut et l’exportation de sucre raffiné. Cette localisation optimise notre logistique et renforce notre compétitivité sur les marchés internationaux.
Adossée à la sucrerie emblématique de Sidi Bennour, qui ne fonctionnait que pendant la campagne sucrière qui dure généralement entre trois et quatre mois, cette nouvelle raffinerie permet désormais une activité industrielle continue tout au long de l’année. Cette opérationnalité permanente dynamise l’économie locale, crée des emplois stables et soutient le développement régional.
Ce projet, entièrement conçu et réalisé par nos équipes internes, illustre notre engagement envers la souveraineté alimentaire du Maroc et les communautés locales.
Dans le contexte actuel, les consommateurs marocains devraient-ils s’inquiéter de l’approvisionnement en sucre ? Comment le Groupe assure-t-il la résilience de sa chaîne d’approvisionnement face aux défis actuels ?
Comme expliqué, notre Groupe dispose d’une capacité globale de production de 2,5 millions de tonnes par an, soit plus du double de la consommation nationale, estimée à 1,2 million de tonnes par an. Cette année, malgré un contexte difficile, nous allons pouvoir multiplier la production de sucre blanc issu des plantes sucrières.
Par ailleurs, la raffinerie de Casablanca, à elle seule, peut couvrir la totalité des besoins nationaux, avec une capacité de 1,6 million de tonnes par an. En complément de la production locale, notre Groupe assure un approvisionnement fluide en sécurisant l’importation de sucre brut, ce qui nous permet de garantir une continuité de l’approvisionnement en toutes circonstances.
Nous disposons également d’une capacité de stockage stratégique de plus de 500.000 tonnes de sucre blanc et d’un volume quasi similaire pour le sucre brut. La distribution repose, de son côté, sur un maillage logistique efficace, qui permet d’assurer une couverture homogène du territoire national.
Grâce à ces différents leviers, nous pouvons affirmer avec certitude que le marché national est totalement sécurisé et que les consommateurs peuvent compter sur une disponibilité continue du sucre, quelles que soient les contraintes conjoncturelles.
Le Groupe a récemment annoncé un objectif ambitieux d’exporter 1 million de tonnes de sucre. Quelles stratégies sont mises en place et quels marchés sont prioritairement ciblés ?
L’export est un levier clé de notre stratégie de croissance. Depuis le début de notre activité en 2013, nous avons déjà expédié plus de 5 millions de tonnes de sucre blanc à travers le monde, consolidant ainsi notre position parmi les exportateurs de référence. Aujourd’hui, nous desservons près de 90 pays, où la demande ne cesse de croître grâce à la qualité reconnue de nos produits.
L’optimisation de notre chaîne logistique, notamment grâce à la digitalisation intégrée, améliore la gestion des flux de sucre brut entrant et de sucre blanc sortant, garantissant une traçabilité optimale et des livraisons plus rapides.
Cette efficacité est renforcée par une infrastructure industrielle performante et un accès stratégique aux ports marocains, facilitant ainsi l’expédition vers nos marchés cibles et renforçant notre compétitivité.
À noter que cette activité s’effectue sous le régime d’admission temporaire, hors système de subvention. Grâce à cette approche, nous consolidons notre présence sur la scène internationale et affirmons notre rôle d’acteur majeur du commerce du sucre blanc.

