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Agriculture

Comment rapprocher les exploitants des technologies du futur

À travers diverses solutions innovantes, l’Office national du conseil agricole et l’Université Mohammed VI Polytechnique visent à inciter les exploitants à adopter les outils numériques dans leurs pratiques agricoles, afin de mieux s’adapter aux changements climatiques. Détails.

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Face au stress hydrique qui affecte lourdement les agriculteurs marocains, la technologie s’impose comme un levier indispensable pour adapter les pratiques agricoles aux conditions climatiques extrêmes. Ce thème a été largement abordé lors d’une conférence internationale organisée le 8 novembre à Benguerir par l’Initiative Al Moutmir.

Conscient de ce challenge, l’Office national du conseil agricole (ONCA) développe plusieurs initiatives pour renforcer la résilience et la productivité des petits exploitants. Intermédiaire entre le ministère de l’Agriculture et les agriculteurs, l’Office vulgarise les résultats de la recherche scientifique et les adapte aux besoins réels du terrain.

Interrogée en marge de cet évènement, la directrice des opérations de l’ONCA, Majda Boubnan, nous explique que l’Office assure le lien entre les laboratoires et les agriculteurs, en ciblant particulièrement les petits exploitants qui manquent souvent de moyens et d’accès à l’information.

«Pour faciliter l’adoption des innovations, nous utilisons plusieurs méthodes de transfert, dont les “écoles au champ”. Ce dispositif consiste à tester une nouvelle technologie directement sur la parcelle d’un agriculteur, en présence de ses voisins, afin qu’ils apprennent en observant et en pratiquant dans leurs propres conditions», affirme-t-elle.

Digitalisation et irrigation intelligente
Le semis direct illustre parfaitement cette approche, une technologie issue de la recherche qui permet d’améliorer les rendements tout en préservant les sols grâce au maintien de la matière organique.

«Nous travaillons également sur la diffusion de nouvelles variétés, notamment locales, développées par les centres de recherche. Notre rôle est d’en démontrer l’efficacité sur le terrain pour encourager leur adoption», renchérit-elle.

Après l’ère du simple déploiement du goutte-à-goutte dans le cadre du Plan Maroc Vert, l’ONCA passe à une phase d’irrigation optimisée grâce aux outils numériques avancés.

Un projet en collaboration avec la Banque mondiale envoie désormais aux agriculteurs des recommandations personnalisées via SMS ou WhatsApp sur le déclenchement de l’irrigation et les volumes d’eau à appliquer.

«Ce dispositif combine des données issues d’images satellitaires, de stations météorologiques connectées et de capteurs installés sur les parcelles. Nous avons commencé dans des zones pilotes comme le Gharb et nous sommes en train de déployer cette approche à Souss-Massa, puis à l’Oriental», détaille Boubnan.

Des cas pratiques pour instaurer la confiance
Bien évidemment, la réussite de ces innovations dépend de l’implication des principaux concernés : les agriculteurs. D’où l’importance des cas pratiques et des résultats visibles pour instaurer la confiance et favoriser l’adoption des technologies.

«C’est pourquoi nous misons sur les démonstrations pratiques et les résultats visibles chez eux ou chez leurs voisins. Cette pédagogie par l’exemple est le meilleur levier pour instaurer la confiance et favoriser le changement de pratiques», assure l’experte.

In fine, le but final, selon Boubnan, c’est de soutenir la sédentarisation des exploitants et leur permettre de vivre dignement de leur travail, même dans un contexte de sécheresse. «Lorsque l’activité agricole devient trop difficile, beaucoup migrent vers les grandes villes, où ils se retrouvent souvent démunis.

L’objectif est donc de leur offrir les moyens de vivre dignement de leur travail et de rester dans leur environnement rural», martèle-t-elle.

Interrogée sur la future stratégie 2026-2030 de l’ONCA, Boubnan assure qu’elle est résolument tournée vers l’innovation et la digitalisation, le renforcement des coopératives et la modernisation des centres de conseil agricole pour répondre aux nouveaux défis du secteur.

«Il s’agira d’insuffler un nouvel élan à la stratégie actuelle, d’accélérer la digitalisation, de renforcer l’accompagnement des coopératives et de transformer les centres de conseil agricole pour qu’ils répondent aux nouveaux défis du secteur».

DICE UM6P : Des technologies avancées pour les agriculteurs
Sur le terrain des technologies agricoles, l’UM6P y développe également de nombreuses parcelles numériques, à travers son Digital Innovation Center for Excellence (DICE).

Lancé en 2022, ce centre d’innovation digitale regroupe plusieurs laboratoires spécialisés couvrant tout le spectre de la transformation digitale : intelligence artificielle, systèmes embarqués, fabrication numérique (Fab Lab), Factory Lab, design et prototypage mécanique, jusqu’à la production en mini-série.

«Le DICE est le résultat de la fusion de plusieurs entités qui existaient déjà au sein de l’université. Ces laboratoires ont été réunis pour créer un centre unique, dédié à l’innovation et à la production de solutions technologiques avancées», résume son Managing Director Rafiq Alami.

L’une de ces innovations phares : «Daman Samad». Développée par la start-up deeptech SenseThings, elle permet la traçabilité des sacs d’engrais via un smart-packaging et une application mobile, qui offre des informations sur le produit et les contenus pédagogiques. Plus d’un million de sacs ont déjà été suivis en une seule campagne.

Pour Alami, la technologie peut renforcer la résilience agricole à toutes les étapes. De la planification à la commercialisation en passant par la gestion de l’eau et la production, «à condition d’être développée avec les agriculteurs et les agents de terrain».


UM6P : Des projets stratégiques dans le pipe
Parmi les projets en cours du Digital Innovation Center for Excellence (DICE) : une machine de semis direct, des solutions de suivi écologique, des capteurs pour mesurer les besoins hydriques des plantes, ainsi qu’un dispositif innovant de collecte de l’eau atmosphérique.

Dans la galaxie des start-up de l’UM6P, on retrouve également AgriNext. En s’appuyant sur des capteurs IoT et des analyses alimentées par l’IA, l’entreprise optimise la gestion de l’irrigation, ce qui améliore considérablement le rendement et la durabilité des cultures dans l’ensemble des petites exploitations agricoles en Afrique.