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Agriculture

Céréales : Une reconversion vers d’autres cultures ?

Poursuivre les méthodes traditionnelles de cette culture est un pari risqué. Le manque d’eau et la baisse de la rentabilité imposent deux choix : s’adapter aux nouvelles techniques, en apportant à l’agriculteur l’accompagnement nécessaire tant technique que financier, ou reconvertir les surfaces dédiées.

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La culture des céréales est-elle encore intéressante au Maroc, tant pour l’agriculteur que pour le secteur agricole dans son ensemble et, partant, son économie ? Avec la succession des années de sécheresse et le manque énorme d’eau, entrainant une réduction des superficies et de la production, cette culture est mise à rude épreuve surtout qu’elle est cultivée dans les zones bours.

À cause de ce déficit hydrique, le rendement même de cette culture a tendance à baisser à 15 qtx/ha contre plus de 20 quelques années auparavant.

Pour plusieurs agriculteurs, cette situation devient une impasse. Il est vrai que la contrainte de disponibilité des ressources hydriques ne devrait plus se poser avec acuité, compte tenu des investissements conséquents engagés par le pays dans les stations de dessalement, avec un objectif de 20 à l’horizon 2030, soit 1,7 milliard de m3 par an.

Il est vrai aussi que le ministère de l’Agriculture n’a eu de cesse d’encourager d’autres méthodes d’irrigation et de soutenir la recherche dans les cultures résilientes.

Irrigation, variétés résilientes… des avancées
D’abord, le département de l’Agriculture a lancé un programme d’irrigation complémentaire. Des zones pilotes ont été identifiées afin de démarrer ce mécanisme. Il s’agit en fait d’identifier les zones où les ressources hydriques sont encore disponibles et de faire en sorte d’utiliser cette technique d’irrigation afin d’apporter à la plante exactement ses besoins en eau, en cas de manque de pluies.

L’objectif est d’éviter les pertes sèches de la plante, de la superficie cultivée, de l’eau, mais aussi des revenus de l’agriculteur.

De l’autre côté, l’INRA (Institut national de recherche agronomique) continue de déployer des efforts colossaux en vue de mettre en place des variétés résilientes, en phase avec le changement de contexte et avec les objectifs de la stratégie Génération Green 2020-2030. Sauf qu’elles ne sont pas encore disponibles. «Ces variétés de blé dur et tendre ont été licenciées à la Sonacos et poursuivent actuellement leur processus de multiplication. Elles devraient être distribuées dans 2 à 3 ans», explique Faouzi Bekkaoui, directeur de l’INRA.

À côté de cela, d’autres avancées technologiques et techniques sont exploitées ou en cours, à l’instar notamment d’Al Moutmir…, qui permettent d’augmenter les rendements, dépassant les 24 qtx/ha, tout en rationalisant la consommation en eau. Bekkaoui ajoute à cela les techniques d’agriculture de précision, de fertilisation raisonnée.

L’INRA est en plus engagé dans un programme de transfert de technologies, pour permettre aux agriculteurs d’accéder rapidement aux nouvelles connaissances et développer ainsi leurs cultures de manière efficiente. L’objectif est de toucher 5.000 fermiers.

Alourdissement du coût de production
Pour Abdelmoumen Guennouni, ingénieur agronome : «Plusieurs avancées ont été enregistrées certes, mais elles génèrent un coût supplémentaire. Il est un fait : la culture des céréales est très fragmentée.

Plus de 80% des superficies sont inférieures à 5 hectares et l’agriculteur ne peut supporter à lui seul cette augmentation du coût de la production. Si l’on ne prend que l’eau dessalée, par exemple, acheter à un prix autour de 5 DH/m3, même avec des subventions, devrait grever la rentabilité de la culture».

Avec ces coûts qui pourraient peser lourd sur le petit agriculteur, son «business» ne serait plus rentable, surtout qu’en face, «les prix à la vente sont déterminés par l’État à chaque campagne. Ils n’ont connu aucun changement depuis des années, ne tenant compte ni du renchérissement du coût des intrants ni de la mécanisation…», ajoute Guennouni.

Notre professionnel illustre : «Le coût de production a augmenté à 5.000 DH/ha pour le blé tendre. Pour pouvoir prétendre à une rentabilité, et avec les prix de vente actuellement pratiqués, il faut réaliser environ 23 quintaux, pour couvrir ce coût de revient et espérer tirer des bénéfices de l’équivalent de 2 quintaux de bénéfices». C’est dire que cette culture est difficilement rentable par les temps qui courent.

On revient certes à la superficie moyenne cultivée, de 5 millions de hectares, comme annoncé par Ahmed El Bouari, ministre de l’Agriculture, alors que l’année dernière, elle était de 2,47 millions de ha, contre 3,67 millions lors de la campagne 2022-2023. Mais, quid de la production prévisionnelle ? Rappelons qu’elle a été de 31,2 millions de quintaux à la fin de la dernière campagne agricole, contre 55,1 millions l’année d’avant.

Un accompagnement technique et financier
Est-il donc intéressant de continuer à cultiver des céréales au Maroc, ou du moins allouer plus de 60% de la superficie agricole utile à cette culture ? Il en va de la souveraineté alimentaire, diraient certains, de l’attachement des Marocains aux produits réalisés par le blé et aux projections budgétaires incluses dans les Lois de finances, tenant compte essentiellement dans ses hypothèses de base de la production prévisionnelle des céréales.

D’autres encouragent une reconversion si la nature terre, le climat et d’autres conditions le permettent, car atteindre l’autosuffisance en cette culture est irréalisable, surtout qu’on peut miser sur d’autres cultures plus rentables à l’export et qui pourraient financer les importations de blé.

En tout cas, ils s’accordent sur la nécessité de la poursuite de l’encouragement des initiatives du gouvernement en matière de subventions des facteurs de production (semences, engrais), de l’accompagnement des agriculteurs pour l’introduction des nouvelles technologies et de la mise à la disposition du financement nécessaire.

Là, c’est une autre paire de manches. Car, au final, pour ces agriculteurs, c’est une culture ancestrale. «Les céréales ne sont pas cultivées pour réaliser des bénéfices, mais pour survivre», conclut Guennouni.

 


Une culture inscrite dans les mœurs
Si la reconversion est envisageable dans certaines régions, elle est refusée dans d’autres en raison de son ancrage dans la culture des agriculteurs. Il s’agit d’une culture qui a été héritée et transmise d’une génération à une autre.

Une reconversion est refusée par défaut. Si elle est acceptée, elle devrait se faire avec le soutien et l’assistance des autorités publiques et autres parties concernées, tout en tenant compte des réalités locales, du coût de la transition, de la gestion de la nouvelle culture… C’est tout un processus socioéconomique qui devrait être mené avec précaution.