Agriculture
Al Moutmir : Innovation pour des systèmes agroalimentaires plus résilients
Le conseil agricole et le transfert technologique apparaissent aujourd’hui comme des leviers essentiels pour bâtir des systèmes agroalimentaires résilients et inclusifs au Maroc et dans les autres pays du continent. Cette conviction a été largement partagée lors d’une conférence internationale organisée le 8 décembre à Benguerir par l’initiative Al Moutmir.
Face aux impacts croissants du changement climatique, il devient essentiel de mettre à la disposition des agriculteurs des outils innovants capables de renforcer leur résilience et de promouvoir une agriculture durable.
C’est autour de cet enjeu crucial qu’a été organisée, ce 8 décembre à l’UM6P de Benguerir, la Conférence internationale consacrée au rôle du conseil agricole et du transfert technologique dans l’accélération de la transformation agricole en Afrique.
Initiée par Al Moutmir dans le cadre de la 19ᵉ édition de son Innovation Lab, cette rencontre a rassemblé plus de 150 participants, dont des experts marocains et internationaux, notamment du Nigéria, des États-Unis et de l’Inde.
Le thème central, «De la science à l’impact: la vulgarisation agricole, un moteur clé de la résilience des systèmes agroalimentaires en Afrique», avait fini de planter le décor. Il a été décliné à travers cinq sessions plénières, dont la première était consacrée au rapprochement entre la recherche et les pratiques agricoles grâce au conseil et au transfert de technologie.
Les deuxième et troisième panels ont porté sur l’innovation et les technologies au service de modèles centrés sur l’agriculteur, ainsi que sur le renforcement des capacités et l’engagement de l’ensemble de l’écosystème agricole.
Les quatrième et cinquième sessions se sont, quant à elles, intéressées à l’innovation inclusive en faveur des femmes et des jeunes, ainsi qu’à la personnalisation des approches et à l’application des 4R en gestion de la fertilisation, illustrées par l’expérience d’Al Moutmir au Maroc.
Privilégier une approche inclusive
Au cours des échanges, les experts ont souligné le rôle essentiel que jouent le transfert technologique et le conseil agricole à toutes les étapes de la chaîne de valeur, du laboratoire jusqu’à la ferme.
Des leviers qui, selon eux, permettront de convertir les avancées scientifiques en solutions pratiques et intégrer les innovations technologiques dans les systèmes de production à travers les pratiques climato-intelligentes, les outils digitaux ou encore les stratégies de fertilisation raisonnée.
Pour réussir cette transformation agricole, il est indispensable de s’inspirer des success-stories et de capitaliser sur les modèles qui ont fait leurs preuves. «Aux États-Unis, ce modèle est rattaché aux universités ; en Inde, un autre système a été développé.
L’objectif aujourd’hui est de confronter, comparer et benchmarker ces différentes approches afin de capitaliser sur ces expériences et de faire progresser notre agriculture», a reconnu Nawfel Roudies, responsable de la Business Unit Al Moutmir.
De nombreux spécialistes ont également insisté sur la nécessité d’interagir directement avec les agriculteurs africains et l’ensemble de l’écosystème agricole afin de valoriser les réussites locales et de favoriser l’émergence de modèles adaptés aux réalités du terrain.
Une approche collaborative qui, selon eux, constitue la clé pour bâtir des systèmes agroalimentaires plus résilients et inclusifs. «Il ne s’agit pas seulement de transférer des technologies aux agriculteurs. Il faut aussi les accompagner et tester, sur le terrain, des solutions élaborées en partenariat avec la communauté agricole.
Cette démarche permettra d’affiner et d’améliorer les conceptions technologiques», a préconisé Dr Mustapha El Bouhssini, Associate Dean for Research au College of Agriculture & Environmental Sciences de l’UM6P.
Définir un modèle économique viable et durable
Interrogé sur la définition d’un modèle de vulgarisation véritablement centré sur l’agriculteur, Dr Mohamed El Gharouss, Director of Agricultural Innovation & Technology Transfert Center (AITTC) à l’UM6P, a insisté sur la rupture qu’il représente par rapport aux approches numériques classiques.
«Il ne s’agit plus de considérer l’agent de vulgarisation comme la seule source d’information face à un public passif, mais de replacer l’agriculteur au cœur du dispositif», explique-t-il.
Un modèle qui, selon lui, repose sur trois piliers : l’écoute, qui garantit un échange continu entre experts et agriculteurs ; l’engagement, fondé sur un dialogue interactif ; et la co-construction, où les producteurs participent activement à l’adaptation des technologies.
Pour El Gharouss, la réussite d’un tel modèle dépend de plusieurs conditions. D’abord, «le renforcement du rôle des agents de vulgarisation, indispensables à l’accompagnement sur terrain».
Ensuite, la prise en compte de la fracture numérique, sachant que bon nombre d’agriculteurs maîtrisent encore peu les outils digitaux. «La qualité du contenu est également primordiale. Il doit être issu du terrain et non générique, sous peine de perdre en pertinence», recommande l’expert, précisant aussi la nécessité de définir un modèle économique viable et durable.
Enfin, le spécialiste a souligné que toute stratégie doit intégrer la diversité des agricultures. «Concevoir un modèle efficace suppose de reconnaître l’hétérogénéité des profils et des réalités agricoles.»
Selon l’expert nigérian Christogonus K. Daudu, spécialiste des systèmes alimentaires et du conseil agricole et consultant auprès de l’African Forum for Agricultural Advisory Services (AFAAS), l’organisation teste actuellement des «cohortes numériques» dans plusieurs pays africains afin de structurer le déploiement de la vulgarisation digitale.
«Le Maroc ne participe pas encore à cette initiative. Notre présence à cette rencontre vise justement à encourager les autorités agricoles du pays à rejoindre le programme», a-t-il indiqué.
Une conférence continentale pour 2026
D’après Nawfel Roudies, responsable de la Business Unit Al Moutmir, le conseil agricole joue le rôle d’une véritable courroie de transmission entre le monde de la recherche et celui des agriculteurs.
Un dispositif qui permet un échange continu. «D’un côté, l’intégration des innovations technologiques auprès des agriculteurs. De l’autre, la remontée des problématiques du terrain afin de nourrir la recherche et d’y apporter des solutions».
À travers cette conférence internationale, Al Moutmir prépare le terrain pour un futur événement d’envergure continentale, prévu au Maroc en 2026. Ce rendez-vous réunira des experts en conseil agricole et en transfert technologique, qui partageront leurs expériences et discuteront des modèles adaptés à une agriculture résiliente et inclusive en Afrique.
