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Énergies renouvelables : Bientôt à pleine charge

La décarbonation industrielle, l’autoproduction électrique, la stratégie de la transition énergétique…, autant de facteurs qui viennent mettre l’industrie des énergies vertes sur orbite. Aussi bien pour l’éolien que le PV, un écosystème dédié accélère l’éclosion.

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Produire, transporter et stocker. C’est le triptyque sur lequel repose toute la chaîne de valeur des énergies renouvelables.
C’est aussi le socle sur lequel repose l’avenir énergétique de notre pays. Notre souveraineté énergétique. Si le Royaume a déjà fait un grand pas en avant, en tant que producteur des énergies propres, avec l’objectif des 52% des EnR dans le mix énergétique initialement fixé pour 2030 qui est bien plus proche, il n’en reste pas moins qu’il y a tout un amont à construire.

La volonté est là et date déjà de quelques années. L’installation en 2017 à Tanger d’une usine de fabrication de pales des éoliennes, par Siemens Gamesa, la première usine du genre en Afrique et au Moyen-Orient, en est une preuve. Le constructeur s’est retiré depuis de notre pays, mais l’activité a été relancée par un constructeur chinois à Nador. Depuis près d’une année, Aeolon produit des pales nouvelle génération destinées aussi bien à l’exportation qu’au marché intérieur. À côté, une autre entreprise chinoise, Dao Shengtian, produit des matériaux pour l’industrie éolienne, comme les résines époxydes. Non loin, à Tanger, l’indien Indore fournit du «WinSpar» (profilé pultrudé), un élément structurel utilisé dans les pales d’éoliennes pour leur conférer rigidité et résistance. Depuis, près d’une décennie, c’est à Casablanca que Delattre Levivier Maroc (DLM) produit des mâts métalliques. Dans le tas, d’autres entreprises locales fournissent des équipements et services auxiliaires, comme des solutions logistiques et de boulonnage pour l’assemblage et la maintenance des éoliennes.

Le reste, notamment les onduleurs, est pour le moment importé. N’empêche, la chaîne de valeur est en train de se mettre progressivement en place. Dans l’énergie solaire, le tissu industriel est un peu plus développé. À Skhirat, PV Industry, une filiale de Jet Contractors, produit des panneaux et des cellules photovoltaïques, avec une capacité annoncée de 30 MW/an.
À côté, Cleanergy Rabat développe une capacité de près de 200 MW par an d’assemblage de modules certifiés CE.
Solaris (GPM Holding) revendique une capacité de production de 750 MW/an de panneaux solaires dans son unité de Tanger, ouverte en 2024. Une capacité qui vient s’ajouter aux 250 MW/an de l’unité d’Al-Hoceima mise en service en 2018. Meier Energy (Casablanca) produit des capteurs de mesure et data loggers pour centrales PV à grande échelle. Pour l’heure, le Royaume ne compte pas encore de fabricants de cellules (wafers, silicium). Toutes les cellules sont importées de Chine. Ce que le Maroc fabrique à ce jour, c’est le dernier maillon. En d’autres termes, le Maroc fabrique aujourd’hui le «dernier kilomètre» mécanique et électrique de la chaîne solaire (structures, câbles, transformateurs, assemblage de modules, instrumentation), mais aucun des maillons technologiques à forte valeur ajoutée (cellules PV, onduleurs, systèmes de stockage intégrés). Mais la donne risque de changer avec la future usine de polysilicium de Tan Tan. C’est un projet structurant qui, à terme, va doter le Maroc d’une capacité de fabrication de polysilicium (l’intrant de base des cellules PV). L’usine Sondiale de Tan-Tan, filiale de GPM Holding, qui a nécessité un investissement de 8 MMDH pour une mise en service visée fin 2029, produira 30.000 tonnes de matériaux par an.

OCP : Un business builder
En attendant, le Maroc entend réellement encourager le développement de cet écosystème. La Loi de finances de 2026 prévoit une augmentation des droits de douane pour protéger cette industrie. Le taux pour les cellules photovoltaïques assemblées en modules ou panneaux passe de 2,5 à 10%. En parallèle, le taux de contenu local augmente progressivement. Par exemple, dans certains projets (particulièrement ceux développés par l’OCP), on vise jusqu’à 90% de contenu local dès début 2026 pour les panneaux. Le Maroc reste pionnier en Afrique dans le domaine des énergies solaires. Le célèbre complexe solaire Noor à Ouarzazate utilisant la technologie CSP (Solaire thermique à concentration) a fait sa réputation dans le domaine. Cette même centrale est en passe d’en faire également pionnier dans le monde, non plus pour sa dimension, mais pour la technologie de stockage thermique actuellement en phase R&D.

Dans les laboratoires de l’UM6P, des chercheurs ont développé, à partir des résidus du phosphate (le phosphogypse), des matériaux capables de stocker de l’énergie thermique sur des plages de températures allant de 300 à 900 °C. Ces matériaux devraient remplacer le sel fondu. La filiale de l’UM6P, InnovX, est d’ailleurs un acteur clé dans le développement des technologies des énergies renouvelables au Maroc.

Elle agit, on le sait, et dans plusieurs domaines, comme un «business builder» dont le rôle est de concevoir, lancer et développer des entreprises industrielles et technologiques innovantes. Son intervention dans le secteur des énergies renouvelables est multidimensionnelle et se concentre sur la création de filières industrielles complètes et compétitives, plutôt que sur des projets isolés. En partenariat avec le groupe OCP, InnovX envisage d’ailleurs la construction d’une usine de panneaux solaires utilisant la technologie HJT (Heterojunction), qui offre de meilleurs rendements (26-27%).

Dans les batteries, la R&D marocaine portée par l’UM6P a donné lieu au projet NGB Materials. Une ligne pilote visant 1.000 t/an de cathodes LFP, avec une montée en cadence à 30.000 t/an prévue à partir de 2028. Sept brevets ont été déposés dans le cadre de ce projet sur les procédés à base d’acide phosphorique. Il faut souligner qu’en amont, OCP agit en véritable levier de développement des énergies renouvelables. Le groupe vise, en effet, 100% d’énergie propre pour ses installations d’ici 2027. Sa filiale OCP Green Energy gère cette transition avec des parcs solaires et éoliens, pour atteindre la neutralité carbone totale d’ici 2040, s’appuyant sur des investissements importants et continus, notamment dans les énergies renouvelables.

Que ce soit dans la production, dans la filière de l’hydrogène vert à travers HydroJeel, ou le stockage et l’aménagement des parcs industriels dédiés, l’ambition est de bâtir des filières industrielles complètes et souveraines, positionnant le Maroc comme un acteur compétitif sur les marchés africain et européen.

L’adoption d’une nouvelle loi sur l’autoproduction de l’électricité, des programmes gouvernementaux comme PERG 2.0, les stations flottantes, ou de partenariats à l’image du Solar Rooftop 500 ou encore l’impératif de la décarbonation de l’industrie nationale, sont autant de facteurs qui vont accélérer le déploiement de l’écosystème de l’industrie des EnR.
Évidemment, l’un des maillons de la chaîne de valeur des EnR sur lesquels le Maroc a bâti sa stratégie en la matière est le stockage à l’aide de batteries (BESS). La palette des projets initiés ces dernières années n’est plus présentable. La chaîne de valeur des batteries est presque au complet. La gigafactory de Kénitra entre très prochainement en production, celle de Cobco à Jorf Lasfar est déjà opérationnelle, et, en amont, tout un réseau de fournisseurs est déjà entré en jeu. Le Royaume passe rapidement du stade des matériaux à la production de cellules et systèmes complets. C’est dire que le Maroc est en phase d’accélération forte. Les fondations (matériaux) sont posées, la première gigafactory géante est en construction avancée et les premières productions significatives de cellules sont imminentes avant fin 2026. Le pays passe d’un statut «émergent» à celui de hub africain crédible pour les batteries.


Le coup de boost légal

L’adoption de la loi 82-21 relative à l’autoproduction de l’énergie électrique vient changer certainement la donne. En autorisant les industriels, PME, exploitations agricoles et tertiaires à produire leur propre électricité (avec la possibilité d’injecter l’excédent sur le réseau), la loi crée une demande prévisible, régulière et atomisée. Ce qui aura un effet d’entraînement pour la fabrication locale. Jusqu’ici, l’absence de débouchés locaux réguliers freinait les investissements lourds dans l’outillage et les composantes industriels en amont. Avec la pression de la décarbonation à l’export, l’autoproduction devient un impératif pour les exportateurs.
Ce qui garantit aux équipementiers PV un carnet de commandes soutenu.
Par ailleurs, la loi 82-21 intègre formellement le droit d’accès aux services de stockage d’énergie. Cela favorise l’émergence d’une filière locale d’intégration de systèmes de stockage (BESS), d’assemblage de packs de batteries et de fabrication d’involucres techniques sécurisées, en synergie avec les ambitions marocaines dans la chaîne de valeur du lithium/cobalt.