Pouvoirs
Souss-Massa : Des projets structurants pour réduire les disparités
De nouveaux investissements au service d’un développement régional plus équilibré, avec en ligne de mire l’emploi, l’attractivité et la cohésion.
Créer de l’activité ne suffit plus. Dans une région comme le Souss-Massa, la vraie question est désormais de savoir où l’on investit, pour qui et avec quel impact sur l’équilibre territorial. À travers les projets phares portés par le Conseil régional, c’est précisément cette problématique qui apparaît en filigrane : comment faire de l’investissement public un levier de rééquilibrage, dans un territoire marqué à la fois par son potentiel économique et par la persistance de fortes disparités entre espaces urbains, zones rurales et provinces périphériques.
L’intérêt de la programmation actuelle réside dans sa diversité. Industrie, tourisme, santé, sport, formation professionnelle, économie sociale et solidaire : la région intervient sur plusieurs fronts à la fois. Mais derrière cette dispersion apparente, un même enjeu se dessine, celui de construire un développement moins concentré et plus diffus. Autrement dit, il ne s’agit plus uniquement de financer des projets visibles, mais de corriger des déséquilibres structurels en agissant sur les ressorts de l’attractivité locale, de l’employabilité et de l’accès aux services.
C’est tout le sens, par exemple, du projet de zone d’activités économiques à Aït Baha. Avec un coût global de 22,5 millions de dirhams, cette opération dépasse la seule logique d’aménagement foncier.
Rapprocher l’investissement des bassins de vie
Son véritable enjeu est territorial : créer un espace d’accueil pour l’activité dans une zone qui n’est pas au cœur des grands flux économiques régionaux. En rapprochant l’investissement des bassins de vie, la région cherche à limiter la concentration des opportunités dans les pôles déjà attractifs. Le défi, ici, ne sera pas seulement de livrer des lots, mais de réussir à attirer des activités viables, capables de générer une dynamique durable. Le programme Bab Al Marsa relève d’une autre logique, plus qualitative.
Avec 8,9 millions de dirhams mobilisés au profit de 70 très petites, petites et moyennes entreprises liées au tourisme, la question n’est pas tant de créer ex nihilo que de consolider un tissu économique fragile. L’enjeu est majeur : dans un contexte où l’activité touristique peut être créatrice de valeur mais aussi de précarité, accompagner les bénéficiaires dans l’équipement, la gestion et la structuration commerciale revient à renforcer les conditions de pérennité de l’emploi local. Ici, le développement territorial passe par la solidité de la microéconomie.
La même grille de lecture s’applique au programme «Moazara». Derrière ses 12 millions de dirhams sur trois ans, ce n’est pas seulement l’économie sociale et solidaire qui est visée, mais une certaine idée de l’inclusion territoriale. Le ciblage des associations, coopératives et réseaux locaux, avec une attention particulière portée aux femmes rurales, montre que la région tente d’agir sur les marges de l’économie classique. L’enjeu est ici double : soutenir des activités souvent peu capitalisées, tout en donnant un contenu économique concret à l’inclusion sociale. Le pari n’est pas anodin, car il suppose que ces initiatives puissent passer du registre de la survie à celui de la création réelle de valeur. Sur le volet social, le programme de soutien aux services de santé à Chtouka Aït Baha renvoie à une autre réalité du développement régional : l’inégalité persistante d’accès aux services publics. Les 6 millions de dirhams prévus pour la contractualisation avec des médecins généralistes et l’organisation de caravanes médicales traduisent une réponse pragmatique à un déficit d’offre.
Cohésion territoriale et développement intégré
L’enjeu, là encore, dépasse la seule action sanitaire. Il touche à la cohésion territoriale elle-même : une région ne peut prétendre à un développement intégré si l’accès aux soins reste inégal selon les territoires.
Le sport, lui aussi, est traité comme un levier d’aménagement. La réhabilitation du stade Ahmed Fana à Dcheira El Jihadia et surtout la création du stade de football de Tikiouine à Agadir, pour 300 millions de DH, participent d’une stratégie de mise à niveau des équipements. Mais derrière l’infrastructure, il y a un enjeu d’attractivité, d’encadrement de la jeunesse et de structuration urbaine. Le risque, dans ce type de projet, est toujours de se limiter à la dimension symbolique. Sa réussite dépendra de sa capacité à s’inscrire dans un véritable écosystème sportif et territorial.
Enfin, la création d’un institut spécialisé en technologie appliquée à Aït Amira met en lumière une question centrale pour le Souss-Massa : celle de l’adéquation entre investissement et capital humain. Dans une région en mutation, où l’attractivité ne peut plus reposer uniquement sur le foncier ou les infrastructures, la formation devient un levier stratégique. Le véritable enjeu n’est pas simplement de construire un établissement, mais de produire les compétences dont les territoires auront besoin demain.
Au fond, ces projets traduisent une inflexion importante. Le développement territorial n’est plus envisagé uniquement comme une accumulation d’équipements, mais comme une tentative de mieux articuler investissement productif, justice spatiale et inclusion sociale. C’est là que se situe le véritable test pour le Conseil régional : transformer des projets sectoriels en une dynamique territoriale cohérente, capable de réduire les écarts plutôt que de les déplacer.
