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Younes Serghini : «Faire vivre l’héritage et construire l’avenir»
Tradition familiale, ambition mondiale, enjeux fiscaux, formation des artisans…, le directeur de l’Atelier Serghini poterie et céramique livre sa lecture d’un secteur en pleine transformation, appelé à s’affirmer comme une filière économique à part entière.
Entre tradition familiale et ambition mondiale
«Notre histoire est intimement liée à la poterie et à la céramique de Safi, une ville reconnue pour la richesse de son patrimoine artisanal. Je représente aujourd’hui la huitième génération de notre famille engagée dans ce métier.
Au fil du temps, nous avons œuvré pour faire évoluer ce savoir-faire et lui offrir une visibilité bien au-delà des frontières marocaines, jusqu’à devenir un acteur de référence dans notre domaine.
Nous avons ainsi contribué à faire rayonner la poterie marocaine à l’international, notamment aux États-Unis, en Russie, en Afrique du Sud et dans de nombreux autres pays.
Ce savoir-faire fait partie intégrante de notre ADN. L’attachement et la passion que manifestent les clients et les touristes pour nos créations traditionnelles nous encouragent chaque jour à aller plus loin.
Travailler en famille reste toutefois un défi permanent. Les différences de visions entre les générations sont naturelles et participent, au fond, à l’évolution du métier. Par ailleurs, l’artisanat marocain connaît aujourd’hui un véritable essor et a profondément évolué ces dernières années.
Nos produits sont désormais exportés aux quatre coins du monde, y compris dans des pays réputés pour leur tradition artisanale comme l’Inde, où ils sont reconnus pour leur authenticité et la qualité de leur savoir-faire.
Le principal défi demeure néanmoins la formation des artisans, qui reste un chantier essentiel pour assurer la pérennité et le développement du secteur.»
Un héritage à protéger, pas à taxer
«En principe, le produit artisanal marocain ne devrait pas être soumis à la TVA, car il ne s’agit pas d’un produit industriel classique, mais avant tout de l’expression d’un savoir-faire ancestral.
L’artisanat incarne une mémoire vivante, un patrimoine culturel et identitaire qu’il est essentiel de préserver et protéger. Taxer ces créations de la même manière que des produits standardisés fragilise un écosystème déjà confronté à de nombreux défis, notamment la transmission des métiers et la pérennité des ateliers traditionnels.
Soutenir l’artisanat, c’est reconnaître sa valeur culturelle autant qu’économique et permettre aux artisans de continuer à faire vivre un héritage qui participe au rayonnement du Maroc à l’échelle internationale.»
Du métier saisonnier à l’activité continue
«Être artisan relève d’un véritable art. Ce métier exige à la fois des compétences de mathématicien, de chimiste et, surtout, la maîtrise d’un savoir-faire approfondi pour pouvoir exceller. Autrefois, l’artisanat évoluait par cycles sur plusieurs décennies, alternant des périodes de prospérité et de ralentissement.
Aujourd’hui, cette logique a changé : l’activité continue tout au long de l’année et s’inscrit désormais dans un cadre plus structuré, régi par des normes professionnelles clairement établies.
L’artisanat n’est plus, pour beaucoup, une activité saisonnière. Les unités et entreprises organisées du secteur fonctionnent désormais toute l’année, avec des méthodes de travail modernisées et une meilleure stabilité. Le décalage qui existait autrefois tend ainsi à disparaître.»
Vers une filière artisanat-études
«Si certains artisans quittent encore ce métier, c’est souvent pour accéder à des avantages sociaux, notamment la couverture de sécurité sociale. Cela montre que le secteur doit poursuivre sa transformation et évoluer afin d’offrir de meilleures conditions et garantir l’attractivité durable du métier d’artisan.
À l’image du sport-études, je pense qu’il serait nécessaire de mettre en place une véritable filière artisanat-études, permettant aux jeunes de s’initier très tôt aux métiers de l’artisanat et de s’imprégner progressivement de cet art.
Commencer dès le plus jeune âge favoriserait non seulement la transmission des savoir-faire, mais aussi le développement de compétences multiples.»
