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Chronique

Quand la dette revient au centre du jeu

Le Royaume parvient à améliorer ses équilibres budgétaires sans couper dans l’investissement ni dans l’État social.

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Pendant trois ans, le débat économique mondial a été monopolisé par un seul mot: inflation. La flambée des prix, les hausses de taux, les politiques monétaires, les décisions des banques centrales…

Tout le reste semblait relégué au second plan. Aujourd’hui, ce bruit s’apaise. L’inflation recule, les taux cessent de grimper, l’urgence monétaire s’éloigne. Et avec ce reflux, un vieux sujet revient brutalement au centre du jeu : la dette.

Ce retour n’a rien d’abstrait. Il est déjà politique, visible, parfois chaotique. Aux États-Unis, il prend la forme de crises institutionnelles à répétition.

Les menaces de shutdown ne sont plus des accidents, mais le symptôme d’un conflit profond autour d’une dette fédérale qui casse tous les records.

Chaque relèvement du plafond de la dette devient un bras de fer sur la dépense publique, la fiscalité et le rôle de l’État. La dette n’est plus un sujet de techniciens, elle est devenue une arme idéologique.

Idem en France où le malaise de la dette est une des causes principales de la chute d’au moins quatre Premiers ministres. Le pays n’est pas au bord d’un défaut, mais la dette et les déficits pèsent désormais sur chaque réforme.

Retraites, services publics, dépenses sociales…, tout est lu à travers le prisme de la soutenabilité budgétaire. Les gouvernements promettent la rigueur, l’opinion rejette l’austérité et le blocage politique s’installe. Durablement, sans aucune piste tangible de sortie de crise.

Pourquoi ce retour maintenant ? Parce que la dette qui fait débat aujourd’hui est d’abord l’héritage direct de la crise du Covid. En 2020 et 2021, les États ont volontairement mis leurs économies sous cloche.

Pour éviter un effondrement social et productif, ils ont fait un choix assumé : dépenser massivement. Soutien aux entreprises, chômage partiel, aides directes aux ménages, dépenses de santé, plans de relance successifs… La dette a servi de bouclier.

Un amortisseur inédit dans l’histoire économique récente. Cette explosion de l’endettement n’était ni une dérive ni une erreur. Elle était une politique. Une politique de survie.

Pendant un temps, son coût a été presque invisible. Les taux d’intérêt étaient proches de zéro, parfois négatifs. L’argent semblait gratuit. Le débat budgétaire s’est effacé derrière l’urgence: sauver l’économie, quoi qu’il en coûte. Mais cette parenthèse s’est brutalement refermée.

Avec le retour de l’inflation puis la remontée rapide des taux, cette dette contractée à bas coût est entrée dans un monde beaucoup plus exigeant. Les montants n’ont pas disparu. En revanche, leur service est devenu plus cher, plus visible. C’est à ce moment précis que la dette redevient un sujet central. Un sujet politique brûlant.

Dans ce contexte, le cas marocain mérite attention. Dans une chronique précédente, nous évoquions ce que l’on pourrait appeler «l’anti-austérité marocaine».

Le Royaume parvient à améliorer ses équilibres budgétaires sans couper dans l’investissement ni dans l’État social. Le déficit se réduit, le ratio dette/PIB amorce une baisse, tandis que l’investissement public atteint des niveaux record et la masse salariale progresse.

Autrement dit, la consolidation ne passe pas par la contraction. Là où beaucoup de pays se retrouvent piégés entre rigueur et paralysie politique, le Maroc tente une autre équation : élargir la base économique, améliorer les recettes, soutenir l’investissement et laisser la croissance faire une partie du travail budgétaire.

Ce n’est ni de la magie ni une garantie éternelle. Mais c’est une stratégie.

La dette n’est donc pas revenue au centre du jeu parce qu’une crise serait imminente partout. Elle est revenue parce que le monde a changé de régime. Le temps de l’argent gratuit est derrière nous.

Dans ce nouveau monde, la crédibilité des États ne se jugera plus à leur capacité à promettre, mais à leur capacité à dépenser utilement. Sans freiner leur croissance ni la qualité de leur service public.