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État social : L’ONDH et l’OCDE passent au crible une réforme majeure

Un examen multidimensionnel visant à mesurer l’impact réel des réformes a été initié. Objectif : apprécier la portée sociale et dégager des orientations stratégiques pour les prochaines étapes de consolidation.

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L’Observatoire national du développement humain (ONDH) a lancé, en partenariat avec l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), une vaste évaluation des programmes inscrits dans le cadre du chantier royal de l’État social.

Intitulée «État social : Progrès et défis à relever», cette revue multidimensionnelle ambitionne de dresser un diagnostic approfondi des réformes sociales mises en œuvre depuis 2021, à travers une approche systémique et multisectorielle.

L’objectif est double : mesurer l’ampleur des transformations engagées et apprécier leur impact effectif sur les conditions de vie des populations, notamment en matière de pauvreté, d’inégalité et d’inclusion sociale.

«Cinq ans après le déploiement des premières réformes structurantes, cette évaluation se veut un outil d’aide à la décision pour les pouvoirs publics, en mettant en lumière à la fois les avancées réalisées et les paliers restant à consolider», comme nous l’explique Otmane Gair, président de l’ONDH.

Une série de réformes d’envergure
C’est que le système de protection sociale marocain a connu une évolution accélérée au cours des cinq dernières années, sous l’effet conjugué de facteurs structurels et conjoncturels.

La pandémie de Covid-19 a agi comme un révélateur des limites d’un dispositif jusque-là fragmenté, marqué par une couverture incomplète et une dispersion des programmes sociaux. Cette crise sanitaire et sociale a mis en évidence l’urgence d’un changement de paradigme.

C’est dans ce contexte que Sa Majesté le Roi Mohammed VI a engagé un vaste chantier d’édification de l’État social, reposant sur une vision intégrée tendant à garantir une protection sociale universelle, plus équitable et plus efficiente.

Cette dynamique a donné lieu à une série de réformes d’envergure, touchant à la fois aux mécanismes de couverture, aux instruments de ciblage et à la gouvernance des politiques sociales.

Parmi les réformes emblématiques figure la généralisation de la protection sociale, avec l’extension progressive de la couverture de l’assurance maladie obligatoire (AMO) à l’ensemble des catégories de la population, y compris les travailleurs indépendants et les personnes exclues auparavant des régimes contributifs.

Cette avancée majeure s’est accompagnée de la mise en place de l’aide sociale directe au profit des ménages les plus vulnérables, marquant un tournant vers des dispositifs de soutien mieux ciblés et plus transparents.

Des moyens à la hauteur des ambitions
Ces réformes s’appuient également sur une refonte du système national de santé, une réforme profonde de l’éducation et une modernisation des mécanismes d’identification et de ciblage des bénéficiaires.

La mise en œuvre du Registre national de la population (RNP) et du Registre social unique (RSU) constitue à cet égard un pilier central de la nouvelle architecture sociale, en permettant une allocation plus objective et plus efficace des ressources publiques.

Au-delà des réformes institutionnelles, le Maroc a consenti des efforts financiers considérables pour accompagner la montée en puissance de l’État social.

Les dépenses budgétaires consacrées à ce chantier sont estimées à 29 milliards de dirhams pour la seule année 2025, traduisant l’engagement de l’État à inscrire la protection sociale au cœur des priorités nationales.

Un tel niveau d’investissement appelle toutefois à un renforcement de la culture d’évaluation des politiques publiques. L’enjeu est de mesurer non seulement l’efficacité de chaque programme, mais aussi leur cohérence d’ensemble et leur impact cumulé sur les indicateurs de développement humain. C’est précisément dans cette perspective que s’inscrit l’évaluation menée par l’ONDH et l’OCDE.

Le projet repose sur une composante analytique structurée autour de deux axes principaux. Le premier consiste en une analyse globale de l’impact des programmes sociaux, y compris ceux ayant fait l’objet de réformes récentes, sur la pauvreté et les inégalités.

Le second vise à situer les dispositifs marocains au regard des meilleures pratiques internationales, à travers une analyse comparative des expériences menées dans des pays de référence.

Cette démarche permettra d’identifier des politiques publiques pertinentes mises en œuvre à l’échelle internationale, susceptibles d’inspirer les prochaines phases de consolidation du chantier de l’État social au Maroc.

«Elle vise également à renforcer la comparabilité internationale des résultats, en inscrivant l’expérience marocaine dans les réseaux mondiaux de production de connaissances en matière de développement humain», ajoute Otmane Gair.

Les résultats attendus déboucheront sur des recommandations de politiques publiques destinées à orienter les prochaines phases de mise en œuvre de l’État social.

Celles-ci seront élaborées de manière participative, en concertation avec l’ensemble des parties prenantes nationales, afin de garantir leur pertinence et leur adéquation avec les réalités socioéconomiques du pays.


Une approche analytique globale et comparative
L’approche méthodologique retenue combine plusieurs niveaux d’analyse afin de rendre compte de la complexité des politiques sociales et de leurs effets différenciés.

Elle comprend notamment une analyse comparative des principaux résultats en matière de développement et d’inclusion sociale, permettant de situer le Maroc par rapport à des pays de comparaison, mais aussi une analyse des besoins en protection sociale tout au long du cycle de vie et de la couverture des différents risques sociaux par les dispositifs existants.

À cela s’ajoute une évaluation de l’impact des transferts monétaires et de l’accès aux services d’éducation et de santé sur les niveaux de pauvreté et d’inégalités ainsi qu’une analyse du financement des composantes clés de l’État social, afin d’en apprécier la soutenabilité à moyen et long terme.

Un volet spécifique est consacré à l’analyse de l’impact distributif des mesures phares du chantier de l’État social, à partir de données des ménages et de différents scénarios de politiques publiques, en tenant compte des avancées notables enregistrées dans l’opérationnalisation du RSU.

De son côté, l’analyse de l’incidence globale des programmes de protection sociale et de soutien aux ménages s’appuiera sur la méthodologie CEQ (Commitment to Equity), à travers la mise en place de modèles de micro-simulations. Cette approche permettra de mesurer l’effet redistributif des politiques publiques, mais aussi de simuler l’impact des réformes futures ou des ajustements potentiels des programmes existants.