Pouvoirs
Médiateur du Royaume : Quels profils pour les plaignants ?
Ils ont entre 30 et 60 ans, largement issus des grandes agglomérations urbaines, à recourir à l’institution du Médiateur du Royaume. Le Rapport en dit davantage sur leur profiling. Qui sont-ils et comment ils s’y prennent. Eclairages.
La tendance générale veut que le Rapport du Médiateur ne semble susciter l’intérêt que par l‘énumération des administrations qui font l’objet des «plaintes» que reçoit cette institution.
Au fil des années, l’ «habitus socialis» en a ainsi fait. Pour autant, ce document regorge d’enseignements à plus d’un titre.
Ainsi, à la lecture du tout récent Rapport, on apprend qu’en termes de tranches d’âges, dans le recours à l’institution du Médiateur du Royaume il y a une forte concentration chez les personnes âgées entre 30 et 60 ans, dont l’écrasante majorité sont des hommes.
En effet, sur les 7.948 dossiers de l’année 2024 quelque 4.994 émanent des hommes contre 1.632 provenant de femmes. Soit respectivement plus de 75% et un peu plus de 24%.
Et même sur ce dernier chiffre, on apprend auprès de l’Institution que, de par leurs natures, une bonne partie des «plaintes» déposées par des femmes, sont en faveur des hommes, qu’ils soient époux, pères ou enfants.
Une situation qui s’expliquerait, selon le document qui ne prétend guère à l’exhaustivité, par des entraves d’ordre culturel ou encore procédural.
En ce qui concerne la nationalité des demandeurs de médiation, c’est sans surprise que le haut du pavé est occupé par les nationaux résidant au Maroc avec un taux de plus de 99%, au moment où les demandes émanant des étrangers, qu’ils soient sur le territoire national ou pas, 53 en tout et pour tout, ne représentent que 0,67%.
Certes, on peut parler d’un chiffre plutôt symbolique, mais il dénote néanmoins une «importante dimension institutionnelle» assez significative quant à l’ouverture du Médiateur vis-à-vis des différentes franges aux identités juridiques diversifiées.
Et ce qui n’est pas renforcer la position de l’institution en tant qu’«outil de défense des droits des uns et des autres sans exclusif», explique-t-on.
Un autre élément non moins important est relatif, lui, au comportement des Marocains résidants à l’étranger qui recourent, en moyenne à hauteur de 6%, au Médiateur. Pour l’année de référence, on a décompté 501 dossiers.
Par quelles voies de recours?
S’agissant, en outre, des modes de saisine de l’Institution il est assez remarquable de constater que pas moins de 2.848 dossiers ont été déposés sur le plateforme citoyenne e-plainte, soit un taux de 36%.
Alors que les dossiers postés par courrier recommandé, au nombre de 2.465, représentent un peu plus de 31% et ceux par courrier ordinaire, au nombre de 1.712, frôlent les 5%.
En revanche, sur le rayon des dépôts directs on a enregistré 1.712 dossiers, soit 21,54%, au moment où l’envoi électronique était d’environ 5%, soit 390 dossiers en valeur absolue. Le bureau d’ordre électronique, lui, n’a représenté, avec 37 dossiers, que 0,47%.
Alors que le fax semble en voie d’extinction avec à peine 11 dossiers enregistrés, soit 0,14%. Ces trois modes étant devancés par WhatsApp, 88 dossiers ont été enregistrés, soit 1,11%, renseigne le document.
Des statistiques qui ne sont pas sans signification sur les tendances qui traversent le tissu sociétal. Et ce, vues d’une double lucarne.
D’abord, la montée en puissance du recours aux nouveaux modes de communication sur fond d’une transition numérique, irréversible, qui est en train de changer bien des comportements des citoyennes et des citoyens, mais aussi l’importance que cela représente en matière de réduction du gap entre cette institution et les usagers de ses services.
Ce qui n’empêche pas pour autant que les Marocaines et les Marocains continuent, encore, de recourir aux modes traditionnels dont le dépôt ou l’envoi physique. En effet, d’année en année, le choix de e-plainte est sous le signe de l ‘évolution.
Ainsi, rien qu’en comparant 2023 à 2024, on se rend compte que le taux est passé de 31,2% à plus de 45%. Et tout indique que les années à venir vont encore consolider la place de la numérisation, comme d’autres secteurs, dans les rapports entre cette institution et les usagers.
Un autre renseignement et non des moindres est que la plupart des dossiers déposés directement se font au niveau de l’administration centrale à Rabat. Et ce, quand bien même l’institution du Médiateur du Royaume dispose d’au moins dix antennes au niveau des régions.
En chiffres, plus de 42% des dossiers ont été enregistrés auprès de l’administration centrale et environ 22% auprès des représentations régionales. C’est à croire que la «représentation sociétale» qui consiste à penser que pour «être sûr que la plainte arrive à la bonne adresse il faut passer par la capitale».
Toujours est-il qu’au regard des évolutions tout porte à croire qu’on se dirigerait de plus en plus vers une numérisation accrue des rapports entre l’institution et celles et ceux qui recourent à ses services.
Quid du dispositif discursif…
A la lecture du Rapport du Médiateur du Royaume, on apprend que les demandeurs de la médiation recourent, globalement, à quatre dispositifs argumentatifs.
En s’appesantissant sur un échantillon de 105 «plaintes», dont une centaine en langue arabe, choisi de manière aléatoire dans la base de données de l’Institution, le document fait ressortir qu’entre 35 et 40 dossiers font appel à un champs sémantique renvoyant à un discours d’ordre émotionnel marqué par le sceau du «verbe supplier».
Entre 20 et 25 dossiers, eux, sont teints de références juridique et administratif, 25 à 30 renvoient au «narratif personnalisé» avec en toile de fond un référencement «sentimental», alors qu’entre 10 et 15 dossiers ont plutôt un caractère de réclamation et symbolique, en se basant sur «la critique de l’autorité» avec une terminologie foncièrement inscrite dans la «revendication».
Sans omettre, bien évidemment, la «teinte religieuse» qui est assez marquante dans une bonne partie des dossiers enregistrés.

