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Chronique

Lâchez la grappe

Tout comme l’économie, la culture a besoin de stabilité pour s’épanouir. Même si l’adversité la rend plus créative.

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En cette fin d’après-midi du 4 juillet, à Rabat, sur le parvis de la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc (BNRM), un grand écran et des projecteurs étaient installés et testés, des chaises alignées et des tapis couvraient le sol…

Tout était prêt pour accueillir le public de l’édition annuelle de la Nuit blanche du cinéma et des droits de l’Homme. La 13e, c’est dire que l’Association des Rencontres méditerranéennes du cinéma et des droits de l’Homme (ARMCDH) a l’habitude d’organiser ces rencontres et que l’équipe avait tout préparé dans les règles de l’art.

Au programme, la projection de neuf films, documentaires et fictions originaires de plusieurs pays: Maroc, Royaume-Uni, Palestine, France, Espagne, Pérou et Liban.

Une citoyenneté portée par les institutions
Le communiqué de presse de l’Association parle d’un «rendez-vous culturel unique articulé autour de débats engagés et de projections de films en plein air»… Des films qui «donneront à voir des récits personnels et des combats universels autour des droits humains, de la justice sociale, de la mémoire et de la dignité».

La projection était précédée, à 16 heures, d’un débat à la Faculté des lettres de Rabat avec la participation de personnalités du monde institutionnel, académique et associatif.

L’édition de cette année a pour axe central la citoyenneté. «La thématique choisie pour cette édition est celle de la citoyenneté, une citoyenneté active, portée par les personnes autant que par les institutions, au service d’aspirations légitimes, individuelles et collectives, de dignité et de justice».

Cette citoyenneté à laquelle nous aspirons tous pour essayer de parvenir à développer notre pays, ensemble et dans la bonne direction si possible.

Les projections devaient commencer à 20h30. Un agent d’autorité appelle l’Association à 18h30 pour lui enjoindre l’ordre de cesser l’installation de l’espace de projection en plein air, déjà installé. Motif avancé : absence de notification préalable aux autorités publiques.

Lorsque l’Association fournit les accusés-réception des notifications qu’elle a faites, le caïd demande, en modifiant le motif de non-notification à non-autorisation, de déplacer les projections à l’intérieur de la BNRM. C’était donc le plein air qui posait subitement problème, pas la programmation.

Sauf que la BNRM avait donné son autorisation pour le parvis, pas pour l’amphithéâtre. Et les équipements techniques de projection ne sont pas facilement interchangeables entre l’intérieur et l’extérieur.

La culture aussi a besoin de stabilité
Je ne sais pas si l’Association décide ou pas d’ester en justice, car interdire au dernier moment une activité dont la préparation a déjà été réalisée, devrait justifier une réparation si la décision s’avérait infondée. Mais ce que nous savons est qu’il s’agit d’un festival qui a douze ans.

Et qu’il s’agit d’un gentil festival. Même s’il pouvait avoir à dire des choses, puisqu’il traite de cinéma et de droits de l’Homme. D’autant plus que la programmation de cette édition ne comprenait rien de compromettant pour personne.

Tout comme l’économie, la culture a besoin de stabilité pour s’épanouir. Même si l’adversité la rend plus créative. Et tout comme l’économie participe à la stabilité, la culture peut y contribuer aussi, y compris avec la critique. Ce serait bien que les règles soient claires et stables. Et qu’elles ne changent pas selon le fonctionnaire, l’agent d’autorité ou l’année.

La fondatrice du festival avait déclaré, lors d’une interview en novembre dernier : «Nous avons tout tenté dans ce pays : essayons maintenant la liberté». Involontairement prémonitoire. À croire que le destin avait choisi l’édition qu’il «fallait» interdire, celle qui parlait de citoyenneté. Ça ne pouvait pas tomber plus mal. La Culture demeure la solution.