Chronique
Retour des IPO : Le signal politique qui manque
Le marché ne demande pas une vague de cessions massives. Il attend un signal. Il attend que l’État lance un signal de confiance dans ses entreprises. Confiance dans ses dirigeants. Confiance dans ses institutions.
En 2025, la Bourse de Casablanca retrouve enfin un souffle. Les introductions en Bourse et annonces d’IPO d’acteurs privés se multiplient, les investisseurs reviennent et l’indice phare tutoie des sommets oubliés.
Tout se passe comme si le marché s’éveillait d’un long coma, dans une euphorie contrôlée, portée par l’arrivée de ces nouveaux venus et des belles perspectives de croissance de certains secteurs de l’économie marocaine. Pourtant, une question demeure: où est l’État ?
Car ce moment, rare, mériterait un geste fort. Un geste politique. Celui de mettre sur le marché une part, même symbolique, du capital de certaines entreprises publiques performantes. Pas pour renflouer les caisses, même si le besoin est là.
Pas pour faire plaisir aux bailleurs de fonds internationaux. Mais pour adresser un message clair au pays et à ses partenaires internationaux : l’État marocain n’a pas peur de se dévoiler. Il n’a pas peur de la transparence qu’impose le marché. Il est prêt à être jugé, non seulement sur ses politiques, mais aussi sur sa gestion.
Une IPO, ce n’est pas seulement un acte financier. C’est un acte de foi dans le futur. C’est accepter de soumettre sa stratégie, sa gouvernance, ses résultats, à l’œil du public et à l’épreuve du marché. Une entreprise qui se fait coter accepte d’être comparée, évaluée, parfois critiquée. Elle assume son ambition. Elle assume sa trajectoire.
Et quand c’est l’État actionnaire qui franchit ce pas, le symbole est encore plus fort. Cela dit quelque chose du rapport qu’il entretient avec le pouvoir économique, inscrit l’action publique dans une logique de performance (et non plus de rente), de contrôle ou de monopole et projette le pays dans une nouvelle ère, où la croissance passe aussi par l’exemplarité.
Depuis trop longtemps, les entreprises publiques vivent à l’abri du regard, protégées du jugement extérieur, parfois même de la reddition des comptes. Les quelques informations que l’on obtient tous les ans en marge des lois de finances sont insuffisantes pour jauger des stratégies, les challenger…
Pourtant, nombre de nos entreprises publiques ont des histoires à raconter, des actifs et des résultats à valoriser, des innovations à partager… Les cacher, c’est priver le pays d’un levier puissant. Les exposer, c’est leur donner les moyens de grandir.
On a trop longtemps pensé les privatisations comme des abandons. Il est temps de les penser comme des relances. Privatiser, ce n’est pas vendre, c’est partager. Ce n’est pas céder, c’est mobiliser. Ce n’est pas se désengager, c’est redéfinir le rôle de l’État comme garant de l’intérêt général, pas comme propriétaire et acteur direct dans une économie censée être ouverte à une concurrence libre et saine.
Le marché ne demande pas une vague de cessions massives. Il attend un signal. Il attend que l’État lance un signal de confiance dans ses entreprises. Confiance dans ses dirigeants. Confiance dans ses institutions.
Ce geste serait un bon levier pour renforcer la crédibilité de la place financière, attirer les investisseurs internationaux, stimuler l’épargne nationale et, surtout, faire entrer le capital public dans une nouvelle culture: celle du débat, de l’ouverture, du pilotage stratégique…
Les belles années du marché boursier marocain sont toujours nées d’un dialogue entre l’État et le capital, comme dans cet intermède de la fin des années 1990 et du début des années 2000. Il ne s’agit pas de tout brader, mais de choisir ce qui peut être valorisé, partagé avec le marché, dans l’intérêt de la place casablancaise, de l’épargne publique, mais surtout dans l’intérêt du pays.
Une IPO est un acte économique. Mais elle est aussi, et surtout, un acte politique. Et il est temps que l’État le rappelle.
