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Culturisme : Quand le dopage des amateurs fait des ravages
Dans l’espoir d’avoir un corps attrayant, des jeunes sportifs optent pour différentes méthodes de dopage adaptées à leur budget. Immersion dans les coulisses des salles de musculation.
Au Maroc, les salles de fitness et de musculation font le plein. Allant de petites caves enfouies dans les quartiers populaires jusqu’aux luxueux complexes requérant des abonnements à des prix démesurés. Or, dans les arcanes de l’univers de la musculation, sport permettant d’acquérir plus de force, d’endurance et de volume, une réalité totalement sordide se cache dans les coulisses.
En quête d’une silhouette parfaitement sculptée, d’une meilleure condition physique ou simplement pour mettre fin à un complexe et répondre aux standards de beauté, beaucoup de jeunes tombent dans le piège du dopage. «Le dopage était généralement pratiqué par les grands athlètes et compétiteurs.
Actuellement, je peux vous dire qu’il y a de plus en plus d’amateurs qui se dopent pour aller se promener sur la plage et pour créer du contenu sportif et des blogs personnels sur les réseaux sociaux», nous révèle un coach sportif.
Pour une question d’image, certains sont prêts à mettre leur santé en péril. La devise étant de gonfler le corps coûte que coûte, ces individus, obsédés par une apparence idéalisée ou hantés par des complexes, optent pour différentes méthodes de dopage adaptées à leur budget. Cependant, dans les salles traditionnelles, des jeunes dépensent parfois des sommes trop élevées dans l’espoir d’avoir le corps tant convoité, pour la saison d’été ou pour une compétition.
Ces méthodes aux multiples risques sur la santé, allant des crises cardiaques aux troubles mentaux, ne cessent d’attirer les sportifs, quel que soit leur statut. «Je n’ai jamais été conscient des risques, mais toujours fasciné par l’effet que cette pratique me procure depuis la première fois. Je suis obsédé par les corps énormes, sachant que cela fait plus de deux ans que je fréquente régulièrement une salle de musculation, en plus d’un régime alimentaire riche en protéines, mais, malheureusement, aucune transformation notable au niveau de mon corps. Cette situation m’a profondément démotivé. À un moment, le dopage se présente comme la seule solution qui pourra mettre fin à ma déception», nous confie un culturiste.
Des hormones vendues au détail
«Le prix des protéines en poudre varie considérablement en fonction de la gamme, de la quantité et des arômes, allant de 100 DH pour un pot de 1,5 kg à 2.500 DH ou même plus pour des pots plus grands. En ce qui concerne les hormones, leur prix démarre à 500 DH pour seulement 10 ml.
Ces prix élevés s’expliquent par l’importation de la plupart de ces produits depuis des pays comme l’Inde, l’Allemagne, la Thaïlande et la Chine. Ces hormones sont ensuite vendues discrètement sur le marché marocain. D’ailleurs, des moniteurs recommandent l’utilisation de ces substances en fonction des besoins spécifiques de chaque pratiquant, sans parler des fournisseurs qui commercialisent ces produits dans l’entrée des salles et dans les vestiaires», révèle notre source.
D’un point de vue médical, ce fléau continue de préoccuper les professionnels de la santé. Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politique et systèmes de santé, ne cesse de mettre en garde contre cette pratique. «Le dopage impose au corps un rythme inhabituel. Pour se doper, les sportifs professionnels ou amateurs ont recours à des injections, comme par exemple l’EPO (érythropoïétine), qui est à la base une hormone prescrite pour les patients souffrant d’un type spécifique d’anémie ou pour les personnes qui font des dialyses rénales».
Dans ce sens, le médecin a souligné que cette substance est particulièrement demandée par les jeunes cherchant à améliorer leur capacité respiratoire et leur souffle. En augmentant le nombre d’hémoglobines, elle favorise la circulation de l’oxygène. Cependant, cette augmentation rend le sang plus visqueux, perturbant ainsi sa circulation normale et augmentant donc le risque de complications graves, telles que les attaques cardiaques, les AVC et d’autres problèmes de santé.
«Pour augmenter la masse musculaire, l’utilisation de testostérone est courante chez ces jeunes, sauf qu’elle présente des risques majeurs, notamment le gonflement du cœur et des complications hépatiques. Elle peut également réduire la fertilité chez les deux sexes et entraîner des problèmes cardiaques et psychiques», indique Dr Hamdi.
Et d’ajouter qu’on recourt à une autre substance très utilisée : le corticoïde. Normalement prescrit pour traiter des affections inflammatoires chroniques intestinales, il peut induire une prise de poids artificielle et un gonflement dû à la rétention d’eau. Il ne s’agit absolument pas d’un surpoids, mais des œdèmes qui peuvent induire des hypertensions artérielles, des problèmes digestifs, une vulnérabilité accrue aux infections et une fragilité générale de l’organisme, a-t-il expliqué.
Il convient notamment de préciser que sur le plan chimique, les substances du dopage en tant que telles ne sont pas forcément addictogènes. Toutefois, l’usage abusif et la dépendance psychologique qu’ils peuvent créer font du dopage une pratique addictive pour de nombreuses personnes. Cette addiction peut être alimentée par la pression sociale ou la recherche constante d’une meilleure performance.

