Edito
Les 500 dirhams de Mi Zaïna…
Jamais un gouvernement n’a réussi à déployer ce dispositif si important dans un pays où les inégalités se creusaient dans tous les domaines.
Elle s’appelle Zaïna… Elle est octogénaire ayant passé toute sa vie dans un patelin perdu des environs de Taroudant, Ighri de son nom… Pourtant, elle est débordante de vie et de jovialité cette mamie à la silhouette écrasée par le poids des ans… Ce jour-là devant la caméra de nos confrères de Le360, sa bonne humeur était encore plus particulière. Mi Zaïna a encaissé pour la première fois de sa longue vie (en souhaitant qu’elle soit encore plus longue) une aide sociale directe de la part de l’État.
Révolutionnaire ! Car inédit dans un pays qui se débat depuis sa jeune indépendance à trouver cet équilibre très délicat entre volonté politique, moyens économiques et difficultés sociales, de manière à assurer ne serait-ce qu’un filet social aux plus vulnérables. Si les programmes se sont succédé, essentiellement ces deux dernières décennies, sous la conduite volontaire d’un Souverain à la fibre sociale évidente, leur déploiement laissait une grande marge d’erreur, de distorsion dans l’acheminement des moyens mobilisés au profit de la population ciblée.
Mi Zaïna en est peut-être un exemple. C’est la première fois que l’État fait attention à sa modeste existence en lui accordant ces 500 dirhams. «J’ai payé avec l’eau et l’électricité. J’ai aussi acheté des légumes et il me reste encore 300 dirhams», témoigne-t-elle, dans sa langue amazighe face à la caméra, avec son sourire à émouvoir un cœur de glace. Avec ce petit pécule, la grand-mère aura même de quoi se payer de la farine, du savon, des vêtements et sa bonbonne de gaz.
Sait-elle qu’elle va devoir payer cette dernière 10 dirhams plus cher, du moins pour le grand format de la bouta de 12 kg (85% des ventes des 2 millions de tonnes consommés au Maroc) ? On aurait aimé l’entendre à ce sujet… La sagesse de cette ménagère qui ressemble à nos mères et grand-mères vaut la peine d’être écoutée.
Elle aurait sans doute rétorqué qu’il faut bien se procurer quoi donner, avant de pouvoir l’octroyer avec le plus d’équité possible. Car Mi Zaïna ne consomme pas plus d’une bonbonne de gaz par mois (et encore), contrairement au grand agriculteur du coin qui en pompe une centaine par jour pour son dispositif d’irrigation. Toucher à un prix qui n’a pas bougé depuis les années 1990 n’est donc pas à affecter le porte-monnaie de cette vieille dame. Bien au contraire, son portefeuille se retrouve enrichi d’une liasse de cinq billets de 100 dirhams chaque mois.
Tout comme l’exemple de Zaïna Boukharouch, ce sont plus d’un million de ménages marocains qui ont encaissé cette aide directe providentielle. Jamais un gouvernement n’a réussi à déployer ce dispositif si important dans un pays où les inégalités se creusaient dans tous les domaines, sans pouvoir véritablement rationaliser les moyens de l’État. Un bon début pour un système qui n’en est qu’à son premier pas dans un long parcours visant un ciblage meilleur du soutien apporté par l’État.
