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Le MDS : Vivons discrets, vivons heureux !

Le parti du palmier, une de ces formations qui ne doivent encore leur existence qu’au principe du pluralisme politique, est sur le point d’amorcer le chantier de sa restructuration pour continuer d’exister.

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Le Mouvement démocratique et social (MDS) fait partie de ces petites formations (4 sièges à la première Chambre et 1 à la deuxième) qui se font plutôt discrètes et dont on entend peu parler. N’a-t-elle été pas sa vocation depuis le début de se faire discret et répondre présentement à chaque fois qu’il est appelé en renfort ?

Même sur les réseaux sociaux, l’animation n’est pas à son comble. Sa communication institutionnelle aussi est pour le moins parcimonieuse. Pourtant, il fut un temps où, comme tout parti qui se respectait, valeur de l’époque, il disposait de son propre organe de presse, la Voix du Centre. Aujourd’hui, le MDS d’Abdessamad Archane, fils du fondateur, se contente, souvent, de communiqués de circonstance à l’issue des rares réunions de son bureau politique, ou encore quand il s’agit d’exprimer une position, dans la foulée des autres formations politiques.

Même en termes de positionnement politique, le MDS est, avec l’UC, du côté de la majorité, sans être dedans. À la tête du parti, pour un deuxième mandat, depuis le 5ème congrès national, qui s’est tenu à Salé en octobre 2022, le secrétaire général, qui avait succédé, en 2015, au fondateur du parti qui n’est autre que son père, le commissaire à la retraite Mahmoud Archane, reconnaît que la formation du palmier est traversée par «des problèmes d’ordre organisationnel auxquels il va falloir remédier pour lui insuffler une nouvelle dynamique».

D’ailleurs, nous confie-t-il, le sujet a été abordé, samedi 11 novembre, lors d’une réunion du bureau politique qui était, à la base, consacrée au débat autour du Code de la famille. Toujours est-il que les membres du BP ont saisi l’occasion pour passer en revue, «en long et en large», les questions organisationnelles, mais aussi et surtout «les moyens à même de relancer, sur de nouvelles bases», la machine partisane.

Une nouvelle feuille de route en gestation
Force est de reconnaître qu’il y a du travail à abattre si le parti voulait renouer avec sa visibilité d’antan. C’est qu’elles sont bien lointaines les «années fastes» qui ont suivi la naissance, en 1996, du MDS. En effet, fruit d’une scission avec le Mouvement national populaire d’El Mahjoubi Aherdane, ce parti avait créé la «grosse surprise» en envoyant 32 députés (sur 325) à la première Chambre du Parlement en 1997. Mais, depuis, il n’a cessé de voir sa cote baisser dans la bourse des élections. On doit encore se rappeler la séquence de 2015 – 2016, lorsque le parti, pour des raisons de calculs électoraux, avait flirté avec les anciens détenus salafistes graciés. Une tentative qui avait tourné court.

Valeur aujourd’hui, le MDS ne compte que 5 parlementaires. Une situation peu enviable certes, mais qui ne semble pas gêner outre mesure Archane, qui estime que l’important est que «le parti s’accroche et assure son maintien» dans le landerneau politique. En d’autres termes, manifestement, il n’est là que pour donner corps au principe du pluralisme politique et du multipartisme que le Maroc a inscrit dans sa Constitution.

«Déjà que nos résultats de 2021 ont été un peu meilleurs que lors des élections précédentes, mais ils sont loin d’être à la hauteur de nos ambitions», indique notre interlocuteur. Celui qui a été élu, du côté du «fief historique» de sa formation de Khémisset, président du conseil municipal de Tifelt, où il a rempilé à la faveur des échéances de septembre 2021, relève que, compte tenu de problèmes de trésorerie dont souffre le parti, le fait de «se maintenir et d’avoir une certaine visibilité est déjà une bonne chose». En chiffres, le MDS a réussi à envoyer plus de 505 élus dans les différents corps élus, à l’échelle locale et régionale, dont 486 dans les communes locales, une quinzaine dans les Chambres professionnelles, 7 dans les Conseils régionaux et 1 élu dans les conseils des provinces.

Avec la majorité, «la discipline prévaut»
De même que le fait d’avoir opté pour la constitution d’un groupe parlementaire avec l’Union constitutionnelle (Groupe constitutionnel et démocratique) joue également en sa faveur en termes d’image. Lequel groupe, on s’en souvient, avait, en décembre 2021, rejoint les rangs de la majorité parlementaire sans faire partie du gouvernement.

Or, à ce niveau-là, Abdessamad Archane, dont on se remémore le sourire lorsqu’il a été reçu par Aziz Akhannouch, en octobre 2021, lors des concertations pour la formation du gouvernement, se dit satisfait quant aux relations que son parti entretient avec la majorité menée par le Rassemblement national des indépendants.

D’ailleurs, note-t-il, le parti est souvent convoqué par le chef du gouvernement qui le tient informé sur les sujets d’intérêt national. Et la toute dernière rencontre, relative à la présentation du programme de l’aide sociale, qui l’a réuni avec Aziz Akhannouch, le 24 octobre dernier, en fait partie, tient-il à préciser. C’est dire que «tout va bien dans le meilleur des mondes. Et ce, même s’il arrive à nos parlementaires, tout dans leur rôle, d’être critiqués à l’endroit de certaines actions du gouvernement.

Mais, quand il s’agit de vote, la discipline prévaut», martèle le SG du MDS. Ceci dit, le parti du palmier se focalise, actuellement, surtout sur sa restructuration pour renforcer ses rangs, avec pour objectif «un meilleur positionnement sur l’échiquier politique». Sans pour autant prétendre figurer dans les premières loges, comme d’autres partis qui nourrissent des «sur-ambitions». C’est dans ce sens, d’ailleurs, qu’une «commission est en train de plancher sur une nouvelle feuille de route, avec un programme d’action plus audacieux», dit-il, sans vouloir verser dans les détails. Mais, l’on sait, d’ores et déjà, que certains chantiers seraient prioritaires, particulièrement en ce qui concerne «la dynamisation des sections du parti, notamment celles des femmes et des jeunes».

Par ailleurs, dans l’objectif d’être davantage dans la proximité avec ses bases et ses antennes, le parti entend «délocaliser» les réunions de son bureau politique pour qu’à chaque fois elles puissent se tenir dans différentes régions du pays. Une démarche qui laisse entrevoir plus de présence sur le terrain et plus d’action pour les coordinations régionales. En toute vraisemblance, le MDS ne voudrait pas reproduire les scénarios d’avant lorsqu’il attendait la veille des échéances électorales pour s’assurer une visibilité, mais compterait s’y préparer dans la durée.


La tentation salafiste

Assistant à la dégringolade de ses résultats électoraux, Mahmoud Archane, à l’époque secrétaire général du MDS, à l’instar d’autres partis, a été tenté par surfer sur la vague du «recrutement» des chioukhs du salafisme qui voulaient «se reconvertir en politiques». À la veille des législatives d’octobre 2016, le fondateur du parti avait mené, des mois durant, d’âpres négociations pour les convaincre de rejoindre les rangs de son parti. Nous sommes en mai 2015, lorsque l’on faisait écho de centaines de salafistes, menés par Abdelkrim Chadli et Abdelkrim Faouzi, mais aussi Driss Hani représentant une tendance radicalement opposée, à se retrouver sous la bannière du MDS. Un mélange de genres qui avait, en son temps, suscité des questionnements. Surtout dans une enseigne qui, elle, se revendique libérale-centriste et sans obédience islamiste. D’ailleurs, avant même qu’ils n’intègrent, officiellement, le MDS, les salafistes avaient posé leurs conditions. Ceci se passait alors que le Parti renaissance et vertu (PRV) de Mohamed Fadili accueillait deux autres figures du salafisme marocain, en les personnes d’Abdelwahab Rafiqi, aléas Abou Hafs, et Hassan Kettani. Or, contrairement aux «projections», le coup de pouce électoral «cherché» par le MDS n’a pas eu lieu. Au décompte des urnes, le parti n’a pu s’adjuger que 3 sièges, alors que le PRV en est sorti bredouille !