SUIVEZ-NOUS

Chronique

Le «droit à l’État» avant «l’État de droit» !

Outre-Pyrénées, beaucoup pensaient le Maroc une «contrée archaïque» et au mieux un «pays» plongé dans quelque capharnaüm où s’enchevêtrent misère et despotisme.

Publié le


Mis à jour le

Au-delà de leurs effets dévastateurs, le Covid-19 et le séisme d’Al Haouz vinrent rectifier cette dédaigneuse et belliqueuse image d’un Royaume qui a naguère rayonné sur le sol européen lui-même et qui retrouve un rayonnement autrement plus reluisant sur son propre continent.

On découvre alors qu’on a affaire à un authentique et vieil «État-nation» qui ne doit son existence ni à quelque entourloupe référendaire ni à l’un de ces pets du destin issu d’un charcutage territorial colonial sur une carte d’état-major.

Pourtant, depuis la flambée des écrits orientalistes qui a débuté à l’aube du XIXe siècle, les puissances européennes étaient au fait du passé glorieux et, à maints égards, impérial de cette monarchie à moult dynasties. Le premier Résident général de France au Maroc lui-même, Hubert Lyautey, pour ne pas le nommer, ne déclara-t-il pas au député Birot qui lui parlait de «colonie marocaine» : «Si l’Algérie est bien une «colonie», le Maroc est un «protectorat», et ce n’est pas là seulement question d’étiquette.

Alors que nous nous sommes trouvés en Algérie en face d’une véritable poussière, d’un état de choses inorganique, où seul le pouvoir constitué était celui du dey turc effondré dès notre venue, au Maroc, au contraire, nous nous sommes trouvés en face d’un Empire historique et indépendant, jaloux à l’extrême de son indépendance, rebelle à toute servitude, avec sa hiérarchie de fonctionnaires, sa représentation à l’étranger, ses organismes sociaux, dont la plupart subsistent toujours» ? Comment oublier aussi cette belle définition du Maroc que de Gaulle prononça en juin 1963 : «Un État maître de lui-même, fidèle à ses traditions et, en même temps, résolu à s’ouvrir toutes les voies de la civilisation moderne» ? Et puis les quintaux d’ouvrages écrits par les plus éminents penseurs et chercheurs spécialisés qui ont certifié l’authenticité de l’État-nation qu’est le Maroc.

Pourtant, nous voilà aujourd’hui en face d’un paysage médiatique français aux antipodes de cette vérité historique. Un paysage, notamment télévisuel, peuplé d’ignorants de la chose marocaine, se mêlant les pinceaux à tout bout de champ entre les différents systèmes de gouvernement évoluant au sein du Maghreb ! S’y déploie impunément une pléthore de «Tartuffes de la politologie» qui, sciemment ou inconsciemment, autant sur les plateaux audiovisuels que dans la presse parisienne, débitent des approximations sur la vieille nation marocaine. Ils tiennent mordicus à enraciner la désuète image d’un pays miséreux, sans ressorts, aussi vassalisable que n’importe quelle république bananière.
Hélas pour ces soldats de l’ethnocentrisme outrancier, le Maroc vient, une fois de plus, de faire la preuve de sa souveraine dignité d’État-nation et de peuple solidaire, aussi solidement attaché à sa «monarchie constitutionnelle, démocratique, parlementaire et sociale» que le peuple français l’est à sa «République indivisible, laïque, démocratique et sociale». Certes, le chantier de l’État de droit est en constante et dynamique évolution, mais la vision du Maroc à la fois pluriel et homogène, fier de ses fondamentaux et ouvert à l’universalité, cette vision-là est chaque jour mise en musique au diapason de la diplomatie, de l’économie, de la protection sociale, de la production culturelle et des grands projets structurants. À chaque étape de cette mise en musique, les recadrages et les correctifs viennent remettre le train du développement multidimensionnel sur les rails du «sérieux» consubstantiel à toute modernité digne de ce nom.
Mais tout cela n’aurait jamais été possible sans la construction de l’État fort et moderne qui vient d’administrer la preuve éclatante non seulement de son existence sur la moindre portion du territoire comme le monde entier vient de le constater au lendemain de l’irruption du Covid-19 et dès les premières heures du séisme d’Al Haouz, mais également de sa solidité. Or, cette vertu de «l’État fort», parce qu’enracinée à la fois dans l’horizontalité et dans la verticalité, ne court pas les contrées de la mappemonde. Le funeste «Printemps arabe» n’a-t-il pas révélé ce déficit d’«État fort» à travers la sphère de même nom ? En elle-même, cette vertu a permis au Maroc d’échapper à l’inconnu, voire à la pulvérisation institutionnelle et territoriale qui a mortellement frappé nombre de pays du Machrek et du Maghreb. Voilà pourquoi le «droit à l’État» prime, ne serait-ce que chronologiquement, sur l’«État de droit».
Longtemps, constitutionnalistes et publicistes ont, en effet, débattu de la primauté entre «État fort» et «État de droit». Les exemples historiques de la concomitance entre ces deux éléments sont rarissimes. L’exemple américain en est un, mais le contre-exemple chinois est plus édifiant quant à la primauté de l’État fort en verticalité comme en horizontalité.
En tout cas, le Maroc vient de prouver, une fois de plus, qu’il dispose d’un État performant, capable, en des circonstances dramatiques, de fédérer la solidarité des citoyens, de mobiliser l’arsenal logistique du pays, de déployer ses administrations en deux temps trois mouvements aux quatre coins du territoire national. Les dramatiques incendies en Algérie constituent le contre-exemple de cette performance étatique marocaine.
Aussi devrait-on être particulièrement fier de notre État fort, de son administration, de sa protection civile, de ses forces de sécurité, de son armée et, surtout, de la proximité qu’il sait nouer avec les populations là où celles-ci sont frappées par quelque mauvais coup du destin. Quant à l’État de droit, il est en pleine construction et d’ailleurs son édification ne s’arrête jamais, y compris dans les plus vieilles démocraties du monde.