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Tarik Hammane : «L’autoroute électrique sera mise en service dans les délais requis»
Objectifs, coût, délais, schémas retenus, financement… Le directeur général de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable fait le point sur le projet stratégique de liaison électrique haute tension devant acheminer les énergies renouvelables du sud vers le nord du Royaume.
Nommé par le Roi à la tête de l’ONEE le premier juin dernier, Tarik Hammane mène plusieurs chantiers stratégiques, dont celui de l’augmentation des capacités du dessalement de l’eau de mer et celui du renforcement du réseau de transport de l’électricité. Sur ce dernier point, l’ONEE met les bouchées doubles pour réaliser, dans les délais requis, l’interconnexion électrique haute tension sud-nord, communément appelée autoroute de l’électricité. Après un léger retard à l’allumage, ce projet, dont l’appel à manifestation d’intérêt a été amendé, a été ouvert au secteur privé pour accélérer sa réalisation. Tarik Hammane nous en dit plus.
Rappelez-nous dans quel cadre s’inscrit le projet d’interconnexion électrique sud-nord ?
Le Maroc a été précurseur en matière de transition énergétique. Dès 2009, SM le Roi a élaboré une stratégie qui consacre aux énergies renouvelables une place de choix au niveau du mix énergétique. L’objectif est d’atteindre au minimum 52% de notre capacité installée à base d’énergies renouvelables (d’ici 2030). Depuis le lancement de cette stratégie, plusieurs projets ont vu le jour, et nous avons aujourd’hui au Maroc plus de 5.000 MW d’énergies renouvelables qui sont opérationnels, que ce soit dans l’éolien, le solaire ou l’hydraulique.
Nous sommes aujourd’hui en train de combler les déficits, avec un ensemble de réalisations, en particulier les moyens de stockage d’énergie. Pour le stockage hydraulique, nous avons à ce jour deux STEP (stations de transfert d’énergie par pompage) qui sont opérationnelles. Nous sommes aussi en train de développer le stockage à base de batteries, qui devient extrêmement compétitif.
Un élément fondamental dans cette transition énergétique, c’est le réseau qu’il faut continuer à moderniser et mettre à niveau pour pouvoir accueillir cette énergie renouvelable qui est intermittente et dont nous souhaitons qu’elle représente une partie importante du mix électrique. Nous allons dépasser l’objectif de 52%. Nous nous attelons à cela en nous appuyant sur nos atouts, parmi lesquels cette stratégie définie par le Souverain, le grand potentiel en renouvelable dont dispose le Maroc, mais aussi l’ensemble du tissu qui adhère à cette démarche.
Un autre élément fondamental que nous sommes en train de développer, c’est le transport d’électricité. La ligne haute tension sud-nord est à cet égard un maillon important de l’édifice. Nous avons lancé un appel à manifestation d’intérêt (AMI) et de préqualification dans ce sens.
Des changements importants ont été apportés à cet AMI pour accélérer la réalisation du projet. En quoi consistent-ils ?
Nous avons ouvert le champ aux différents partenaires, investisseurs, mais aussi constructeurs et équipementiers, pour qu’ils puissent répondre à cet appel à manifestation et définir le meilleur chemin pour sa réalisation. Nous allons bientôt recevoir les offres, avec une ouverture à la fois au schéma BOOT (contrat de type build-own-operate-transfer à conclure avec l’ONEE-Branche électricité) et le schéma EPC (clés en main). Ce qui nous permettra de définir la meilleure configuration à retenir pour ce projet stratégique qui consiste en une ligne à courant continu, ou équivalent, d’une longueur de 1.400 km, qui reliera le sud au centre du Royaume dans une première étape et qui sera étendue par la suite.
Cette ligne aura une capacité de 3.000 MW, ce qui représente un investissement assez important qui dépasse les 2 milliards de dollars.
Justement, pour ce qui est du financement, quel sera le rôle du secteur privé ?
L’objectif justement de ce transport de masse de point à point est d’impliquer le secteur privé dans son financement, à travers des partenariats public-privé. C’est ce que nous allons faire pour cette ligne. Il reste bien entendu que le développement du maillage classique se fera par l’ONEE, avec des financements notamment concessionnels, pour une optimisation globale du coût de revient et le bénéfice du consommateur final.
Qu’en est-il des délais, sachant que cette ligne doit permettre d’alimenter en énergies vertes les futures stations de dessalement ?
En ce qui concerne le dessalement de l’eau de mer, le Maroc est aujourd’hui déterminé à ce que toute l’énergie qui va servir pour alimenter les stations vient du renouvelable. C’est le cas de deux projets qui sont en cours de construction : la grande centrale de Casablanca qui, pour rappel, sera la deuxième plus grande au niveau mondial et la première en Afrique. Elle est en cours de construction. Elle sera opérationnelle, et je vous le confirme, avant fin 2026, pour sa première tranche. Et aussi la centrale de Dakhla, qui repose sur un modèle assez intéressant, qui produira à la fois de l’eau potable et de l’eau pour l’agriculture, et qui est aussi en cours de construction. Le plan du Maroc en termes d’énergies renouvelables et de dessalement est ambitieux. Nous allons programmer une série de stations de dessalement qui vont permettre de répondre au déficit hydrique, au niveau de l’Oriental, mais aussi à Tanger, Essaouira, au sud d’Agadir et au niveau du sud du Royaume par le renforcement des capacités à Laâyoune, Dakhla, etc.
Toutes ces capacités de production d’eau dessalée, qui à l’horizon 2030-2035 vont représenter quasiment 50% de l’eau potable au Maroc, seront alimentées en énergies renouvelables. D’où l’importance de renforcer le réseau de transport pour acheminer cette énergie. De ce point de vue, l’autoroute électrique haute tension sud-nord que nous sommes en train de déployer est un élément fondamental auquel nous nous attelons, avec une mise en service dans les délais requis.
