Agriculture
Fruits rouges : L’avenir est au regroupement des acteurs de la filière
C’est un secteur en pleine croissance, mais beaucoup de sous-traitance fait perdre au Maroc un gros manque à gagner. Le développement de la filière passe par le regroupement des producteurs marocains à travers des projets d’agrégation.
Avec près de 10% des exportations mondiales de fruits rouges (5e place mondiale pour l’export des myrtilles), le Maroc est devenu un acteur majeur du marché mondial des fruits rouges.
En 2023, le pays a exporté plus de 200.000 tonnes de fraises, framboises et myrtilles, générant plus de 600 millions de dollars de recettes, avancent les professionnels. Sur le plan social, ce secteur est devenu également stratégique en créant des milliers d’emplois.
La cinquième édition de Morocco Berry Conference, qui s’est tenue le 14 novembre à Agadir, a permis de se pencher sur l’évolution de la filière en présence de participants en provenance de 30 pays.
Une véritable plateforme d’échange organisée par les cabinets Green Smile et Hortitool Consulting, pour communiquer sur le savoir-faire local, les innovations de la filière et encourager les collaborations stratégiques.
Pour Ahmed Mouh Mouh, PDG de Crop Energy, la filière peut et doit se développer plus à condition qu’elle reste entre les mains des professionnels marocains. Aujourd’hui, selon le producteur exportateur, des multinationales font perdre au Maroc un énorme manque à gagner. «Ces groupements font de la sous-traitance auprès de producteurs marocains et n’investissent rien localement», expose-t-il.
Dans ce deal, entre producteurs marocains sous-traitants et multinationales, il y a peu de transparence sur les prix de vente des produits. «Les multinationales paient ce qu’elles veulent aux producteurs marocains», déplore le professionnel. Mais les producteurs marocains, surtout les petits producteurs, acceptent cette situation, car l’investissement dans la filière est trop lourd.
«Les plants sont chers. En ce qui concerne la framboise, chaque année, il faut débourser 120.000 DH par hectare. Au niveau des myrtilles, le plant est à 50 DH l’unité. En plus, il faut attendre une année et demie pour produire. C’est difficile pour les petits producteurs», ajoute-t-il. Il n’y a donc que les multinationales qui peuvent investir vraiment dans la filière.
Leviers de développemnt
La majorité des producteurs marocains n’ont fait que de la reconversion de leur activité initiale et la production de fruits rouges est ainsi relativement un nouveau métier pour eux.
Le secteur de la framboise et de la myrtille a seulement 17 ans d’âge. Mais les producteurs marocains se sont adaptés rapidement.
Aujourd’hui, il faut cependant se regrouper pour développer les exportations et avoir une meilleure place sur le marché international. «Un minimum de production est nécessaire pour pouvoir conditionner et exporter. Il faut au moins 300 hectares de myrtilles par groupe pour pouvoir exporter.
Aujourd’hui, les surfaces des producteurs marocains sont entre 2 à 200 ha. Certains ne sont donc pas capables d’assurer seuls la production», explique Mouh Mouh qui insiste sur le regroupement des producteurs.
Pour cela, il faut un agrégateur, un leadership dans la filière pour mener cette démarche, mais l’initiative doit venir du privé. L’État ne peut qu’accompagner les opérateurs privés, souligne le professionnel. Cette approche est d’intérêt pour la filière pour aller de l’avant et répondre à la demande grandissante des marchés extérieurs, surtout que de nouvelles opportunités s’ouvrent à la filière dès 2025 avec l’ouverture du marché chinois.
