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Influences

Caftan Week : L’Atlas en toute soie

Pour sa 26e édition, Caftan Week place l’Atlas au cœur du récit. Pas comme un décor exotique, mais comme une force vive : matières brutes, savoir-faire séculaires et puissance tellurique irriguent les collections. Entre transmission et audace, le caftan marocain prouve qu’il sait encore surprendre, loin des clichés et des appropriations faciles.

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Marrakech, ville ocre éternellement en tension entre tradition et modernité, accueille du 7 au 10 mai le 26e Caftan Week. Initié en 1996 par le magazine Femmes du Maroc, cet événement pionnier de la mode marocaine n’a rien perdu de sa capacité à transformer un vêtement emblématique en véritable laboratoire de création. Cette année, sous le thème « Souffle de l’Atlas », l’Atlas n’est plus seulement un décor, mais une matière, une inspiration et une force vive.

L’Atlas, ses cimes escarpées, ses matières brutes (laine, soie, fibres végétales) et ses savoir-faire ancestraux transmis de génération en génération, voilà le territoire que les créateurs sont invités à habiter. Pas de folklorisme ici, mais une réinterprétation contemporaine d’un héritage qui respire encore.

L’expression « Souffle de l’Atlas » évoque à la fois l’élévation des reliefs et la vitalité d’un artisanat qui refuse de se figer. Dans une période où la mode globale cherche désespérément des récits authentiques, le Maroc, avec ce genre d’événements, rappelle qu’il en possède une réserve inépuisable.

L’édition 2026 déploie sur quatre jours un équilibre subtil entre valorisation du patrimoine, formation et célébration spectaculaire. À Dar El Bacha, l’exposition « Artisanat de l’Atlas » (ouverte de 10h à 18h) plonge le visiteur dans les univers de la mode et de la beauté atlasiques. Tissages, broderies, teintures naturelles : un rappel que le caftan n’est pas qu’un habit, mais le produit d’un écosystème artisanal complexe et fragile.

Dès le 7 mai, une masterclass rassemble jeunes créateurs et experts autour des enjeux contemporains de la couture marocaine. L’intitulé d’une des discussions (Moderniser sans trahir : quel équilibre pour le caftan ?) résume parfaitement la tension créative qui traverse ce rendez-vous. Comment faire vivre un vêtement chargé d’histoire dans un monde qui consomme à la vitesse des tendances TikTok? La question n’est pas nouvelle, mais elle reste cruciale.

Qui plus est, le Défilé Jeunes Talents offre une scène aux stylistes émergents. Format tremplin assumé : les plus prometteurs gagneront leur place dans l’édition 2027 du grand défilé. Transmission, encore et toujours (leitmotiv d’un événement qui, depuis près de trente ans, joue un rôle de passeur entre générations).

Point d’orgue attendu, le Grand Défilé Caftan 2026 réunit une sélection rigoureuse de designers. Parmi eux : Amal Soussi Aouad, Asmaa Naji, Hind Lamtiri, Houda Larini, Imane Tadlaoui, Mao Lakhdar, Mouad Chafai, Myriam Bouafi, Sara Hilali, Selma Senaoui, Zainab Fatihi Aderrab ou encore Zineb Ghazali. Douze signatures retenues pour leur capacité à incarner l’esprit du thème tout en affirmant une écriture personnelle.

Observer Caftan Week, c’est mesurer à quel point le caftan a su évoluer sans se renier. Ce qui était autrefois un vêtement de cérémonie réservé à certaines occasions est devenu un terrain d’expérimentation où se croisent luxe, artisanat d’excellence et désir de modernité. Les silhouettes se fluidifient, les volumes se réinventent, les matières se mélangent, toujours avec cette obsession marocaine du détail et de la finition parfaite.

Dans un contexte international où les maisons de mode occidentales s’approprient parfois sans vergogne des codes « orientaux », l’événement marocain affirme une posture inverse, c’est d’ici que part le récit, assumé, contrôlé, célébré.

Alors que la 26e édition bat son plein dans la ville rouge, on ne peut s’empêcher de penser que le « Souffle de l’Atlas » dépasse largement les montagnes. Il porte une certaine idée de la création marocaine, ancrée, exigeante et résolument tournée vers l’avenir.