Territoires
Abdellatif Maazouz : « L’investissement créateur d’emploi est notre priorité »
L’action du Conseil de la région Casablanca-Settat s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du PDR 2022-2027, lance d’emblée le président de la région Casablanca-Settat, Un plan d’action qui se traduit par plusieurs projets structurants. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il met le focus sur les actions prévues, notamment dans le cadre du budget 2025. Un budget, dit-il, presque totalement «consommé».
Abdellatif Maâzouz est un homme politique qui a derrière lui une expérience de 45 ans, tant dans le secteur privé que dans la fonction publique. Mais cet ancien ministre du Commerce dit qu’il n’a jamais été aussi «excité» que lorsqu’il a pris la gestion de la chose régionale. Un domaine, confie-t-il, qui se caractérise par la proximité dans l’action, l’échange dans la coordination, mais aussi l’apprentissage permanent.
Le Conseil de la région vient d’adopter son budget pour l’année 2025. Quelles en sont les lignes directrices ?
Pour l’exercice 2025, le Conseil de la région a adopté un projet de budget légèrement supérieur à celui de l’année dernière, avec à peu près 3% de plus. En termes de chiffres, notamment liés aux recettes prévisionnelles, aux taxes que nous prévoyons de collecter, mais aussi à l’apport de l’État, nous sommes autour de 1,440 milliard de dirhams.
Il est à noter, en outre, que ce budget est pratiquement entièrement affecté. En fait, nous avons, d’une part, les dépenses de fonctionnement qui sont connues et on arrive généralement à un taux de réalisation de l’ordre de 80%, alors qu’on garde les 20% restants par précaution.
En valeur absolue, on est dans les 120 millions de dirhams, incluant les intérêts de la dette qui sont, faut-il le rappeler, assez conséquents.
Je précise, soit dit en passant, que depuis notre arrivée, nous n’avons contracté aucun dirham de dette. En effet, il s’agit d’une dette que nous avons héritée de la région dans sa version initiale, avec Chaouia-Ouardigha et Doukkala-Abda.
Une dette de 1 milliard de dirhams, contractée auprès du FEC, qui a été injectée, sous le précédent mandat, dans des projets relatifs notamment à la mobilité. Il faut dire aussi qu’il y a un an et demi, nous avons décidé de réduire cette dette à hauteur de 25%.
Du coup, nous n’avons fait le tirage que sur 750 millions de dirhams. Ce qui représente une économie de 250 millions de dirhams. Cela nous permet, en définitive, d’envisager le futur avec davantage de sérénité. Il faut savoir, par ailleurs, que cette dette, rien que sur le volet des intérêts, pèse près de 50 millions de dirhams.
Ceci dit, il nous reste à peu près 1,2 MMDH destinés aux investissements. Lesquels investissements qui, d’ores et déjà, sont inscrits, à hauteur de 80%, dans le PDR couvrant toute la période 2022-2027. D’ailleurs, une partie a déjà fait l’objet de conventions, notamment avec les communes.
Quant aux projets non prévus, nous les programmons en fonction de la libération de certains projets qui ont été programmés, mais qui n’ont pas été réalisés dans les délais impartis. C’est qu’il y a des projets que nous maîtrisons et d’autres qui sont gérés par nos partenaires, notamment les communes.
Or, quand ces dernières ne réalisent pas les projets pour lesquels on a prévu des budgets, on les classe et on affecte pour celles qui sont prêtes.
Par ailleurs, pour le futur proche, nous envisageons le lancement d’un emprunt obligataire de 1 milliard de dirhams, qui seront injectés dans les projets programmés sur 2025, 2026 et 2027, dont ceux relatifs à la mobilité, la décharge et autres zones industrielles.
Qu’en est-il justement des projets phares pour l’exercice 2025 ?
Sur ce plan justement, nous avons prévu de débloquer pour l’achat du foncier des zones industrielles et dont l’aménagement sera lancé en 2025. Il s’agit d’une grande ZI sur une superficie de 250 hectares dans la commune de Laghdira, relevant de la province d’El-Jadida et d’une autre de 4 hectares à Médiouna. Les plans sont à l’étude et l’autorisation de la Commission régionale de l’investissement est déjà actée. Ceci pour la simple raison que nous avons fait de l’investissement créateur d’emploi notre première priorité, à côté de l’eau bien entendu.
Dans ce même cadre, nous avons également des projets d’infrastructures routières, initiés en 2022, qui figurent notamment dans le cadre de la convention signée avec le ministère de l’Équipement. Des projets auxquels sont venus s’ajouter d’autres, pour répondre aux exigences de la FIFA en liaison avec l’organisation de la Coupe du monde, qui visent particulièrement à rapprocher le Stade Hassan II et de l’aéroport et de la ville de Casablanca.
Il s’agit d’un budget global de 10 milliards de dirhams, en deux temps, à raison de 5 milliards avant le Mondial et 5 avec cet événement et où la région intervient à hauteur de 3 milliards de dirhams.
De même que nous intervenons dans tous les chantiers relatifs à l’élargissement des routes entre l’aéroport et la métropole. Nous avons aussi la rocade de Dar Bouazza, qui mobilise 2 milliards de dirhams avec une contribution de 250 millions de la région et qui fait partie du budget de 2025.
Les travaux vont bon train, à une vitesse à laquelle on ne s’attendait pas, et ce, à la faveur du coup de boost donné par le wali qui suit de très les différents projets.
Quid des autres chantiers ?
Nous avons, par ailleurs, le chantier de la décharge du Grand Casablanca qui consiste en une enveloppe de 3,5 milliards de dirhams et où la région intervient à hauteur de 250 millions de dirhams, qui vont être décaissés en 2025.
Sur ce chantier, nous intervenons particulièrement dans le redéploiement de l’ancienne décharge qui est en train d’être transformée en espace vert, d’autant plus que l’environnement fait partie de nos attributions.
Outre ces chantiers, il y a aussi tout ce qui concerne le décloisonnement du monde rural. Il s’agit notamment de l’alimentation des communes rurales en eau potable et l’équipement en éclairage public de quelque 125 communes que compte la région.
L’autre volet concerne l’école rurale où nous avons un programme avec le ministère de l’Éducation nationale et l’AREF qui pèse dans les 500 millions de dirhams, dont 200 millions de dirhams prévus dans le budget 2025, la même enveloppe pour 2026 et 100 millions en 2027.
Et ce, que ce soit dans le monde rural ou le périurbain, et se traduit notamment par la mise à niveau des établissements scolaires, mais aussi la promotion du préscolaire.
Nous travaillons également sur deux grands projets structurants, dont on espère parachever, courant 2025, les études y afférentes. Il s’agit du projet du marché de gros qui va être délogé vers la commune de Sahel Oulad Hriz. L’idée étant d’installer une plateforme agroalimentaire à dimension régionale, avec une ambition internationale, sur une superficie de 250 hectares. Avec un budget de l’ordre de 4 milliards de dirhams, et la participation de plusieurs partenaires, dont l’État, la Commune et la Région.
Qu’en est-il du fameux projet du RER ?
Justement, le deuxième projet structurant, qui doit être annoncé sous peu, concerne le ferroviaire. Un chantier sur lequel nous travaillons bien avant l’annonce de l’octroi de l’organisation de la Coupe du monde.
En effet, dès le début de notre mandat, nous avons lancé des études pour résoudre la problématique de la mobilité, et nous avons constaté que pour ce faire, il n’y a pas de solution autre que de disposer d’un transport public à forte capacité.
Nous avons, dans ce sens, discuté avec l’ONCF qui a mené des études qui sont d’ores et déjà bouclées. Et on est en train de travailler sur le montage financier pour arriver à deux types de transport ferroviaire au niveau de la région.
Il y a d’une part le RER, un train métropolitain, qui va partir de Benslimane vers Nouaceur, avec deux subdivisions, à savoir un en direction de la ville et un autre qu’on a appelé le train-aéroport express qui va directement vers l’aéroport avec une fréquence de 30 minutes.
En outre, il y a le train régional qui partirait de la nouvelle gare Casa Sud qui sera prête fin 2029. Une gare qui sera la plus grande au niveau de sa dimension, mais aussi de par sa multimodalité, puisqu’elle va recevoir le TGV, le train régional, le RER, le tramway et le busway.
Lequel train ira vers El Jadida-Jorf Lasfar, avec toutes les stations intermédiaires, alors qu’un autre ira vers Dar Bouazza, Berrechid, Sidi Layidi et Settat. Ce qui va permettre aux habitants du Grand Casablanca d’avoir un transport public toutes les douze minutes.
Un transport public à la fois fréquent, accessible en termes de prix, mais aussi qui n’est pas polluant et est sécurisé. Or, pour ces deux projets, on prévoit un investissement de 18 milliards de dirhams qui couvrent les infrastructures et le matériel roulant.
Les collectivités territoriales et la région vont s’occuper du matériel roulant et des gares, alors que l’État et l’ONCF vont se charger de l’infrastructure. Pour le moment, l’Office est en train de procéder aux expropriations et le lancement des travaux devra intervenir en janvier prochain.
Où en est-on dans le projet du Palais des congrès ?
Effectivement, il s’agit d’un grand projet, mais sur lequel je préférais revenir une fois qu’on aura arrêté un certain nombre de détails. En fait, on était parti sur un schéma de départ qui a changé chemin faisant.
Il faut dire que ce n’est pas une mince affaire, que ce soit au niveau du choix du site ou encore du modèle économique à adopter, d’autant plus qu’on voudrait le réaliser dans le cadre d’un partenariat public-privé. C’est dire qu’il est question d’une nouvelle démarche innovante, entre autres, au niveau de l’ingénierie financière.
Au départ, on s’est mis d’accord avec l’AMDIE, la Commune et la SMIT sur la base de la transformation du site historique de l’ancienne foire de Casablanca avec un habillage intérieur de telle sorte à pouvoir disposer d’une salle de conférences pouvant recevoir 2.000 personnes et un espace d’exposition dans l’autre partie mitoyenne.
Tout était réglé et le montage bouclé. Avec la Coupe du monde, le cahier des charges de la FIFA exige l’existence d’un grand centre média avec à la clé deux propositions opérationnelles.
Parmi celles-ci, il y a justement ce site de l’ancienne foire où l’on va utiliser le grand palais qui sera transformé en un complexe global, avec un centre d’exposition et de conférences d’une capacité de 5.000 personnes. Et ce, pour un budget global de 400 millions de dirhams, dont 100 millions de dirhams comme contribution de la région, inscrits dans le budget de 2025, alors que pour le projet initial on était dans les 80 millions de dirhams.
On entend souvent dire que le Conseil se concentre davantage sur Casablanca, que répondez-vous ?
Je rappelle tout d’abord que la région dispose d’un certain nombre de prérogatives dont la responsabilité relève directement de notre ressort, à savoir l’environnement, le développement économique et l’emploi, le développement rural et la culture, outre la coopération internationale.
Lorsqu’on amène l’eau à la région, est-ce que c’est Casablanca seule qui en profite ? C’est bel et bien toute la région. Et les projets de dessalement dans plusieurs provinces en sont la démonstration.
À signaler, par ailleurs, que rien que pour fin 2024 début 2025, nous avons prévu un budget de plus de 400 millions de dirhams pour les routes rurales sur un budget global de 1,5 milliard de dirhams, dont 100 millions de dirhams déjà engagés. Et il nous restera 1 milliard de dirhams pour les années à venir. Et cela ne concerne en aucun cas la métropole.
Ceci dit, il ne faut pas oublier que Casablanca c’est le tiers du PIB du Maroc. Sur 7,5 millions d’habitants de la région, 4 millions habitent à Casablanca. Donc, il y a des projets dans toutes les provinces de la région.
Seulement voilà, compte tenu des projets lourds qui y sont menés, cela donne davantage de visibilité à la métropole. Sans omettre de vue qu’il y a des équipes des SDL qui bougent, mais surtout un wali qui a donné un coup d’accélérateur à plusieurs projets.
En revanche, le seul reproche qu’on peut nous faire, c’est que nous ne communiquons pas suffisamment. Un autre détail est relatif au fait que nous jouons un rôle de catalyseur et d’accompagnateur des différentes parties prenantes.
Après de larges concertations, nous avons identifié les besoins et établi le PDR, mais il faut aussi que les responsables locaux jouent leur partition. Et puis, pour nous, la démarche est basée sur le principe du premier venu premier servi.
Or, les communes sont censées s’impliquer davantage. La région n’est pas censée réaliser tous les projets.
Votre regard sur les trois premières années à la tête de la région ?
Il faut dire que les 45 années d’expérience, tant dans le public que dans le privé, entre l’académique et le terrain, entre l’administration centrale, territoriale ou encore dans le gouvernement, la plus riche est celle de la gestion de la chose régionale.
D’abord, parce qu’elle est transversale, ensuite du fait qu’on a chaque jour des défis à relever, mais surtout parce qu’au-delà de la conception ou de l’orientation politique on est dans le concret des réalisations.
L’autre aspect et non des moindres est qu’on est dans une expérience d’échanges permanents avec les autorités, les élus, les opérateurs privés, la société civile. Du coup, j’apprends chaque jour. Et puis, cela me «bouffe» 120% de mon temps !