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Diplomatie

Union Africaine : Il y a sept ans, le grand retour du royaume

Cela fait des années que le Maroc a exprimé officiellement sa volonté de réintégrer l’UA. C’est à l’intérieur qu’il pouvait mieux servir ses intérêts et ceux du continent. Ces sept dernières années l’ont largement confirmé.

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Il y a sept ans, le Maroc entamait les démarches de sa réintégration de l’Union africaine. Dans un message adressé, dimanche 17 juillet 2016, au 27e Sommet de l’Union africaine, qui se tenait à Kigali au Rwanda, le Roi Mohammed VI annonçait l’intention du Maroc de réintégrer l’UA. «Après réflexion, il nous est apparu évident que quand un corps est malade, il est mieux soigné de l’intérieur que de l’extérieur», avait souligné le Souverain. Par ce retour, poursuit le message royal, «le Maroc entend poursuivre son engagement au service de l’Afrique et renforcer son implication dans toutes les questions qui lui tiennent à cœur. Il s’engage, ainsi, à contribuer, de manière constructive, à l’agenda et aux activités de l’UA».

Deux ans plus tôt, le Roi avait multiplié ses tournées en Afrique, avec la signature de dizaines de conventions et d’accords de coopération avec différents États du continent. Un maillage qui allait se révéler, moins d’une décennie plus tard, un atout majeur pour l’émergence du Royaume en tant que puissance économique régionale en Afrique. Ce n’est pas un statut que le Maroc s’est inventé du jour au lendemain, au gré d’une conjoncture internationale favorable, mais éphémère. C’est le fruit d’une politique d’ouverture et d’ancrage en Afrique entamée bien plus tôt.

Rappelons-nous, en juin 2004, le Roi est parti de Tanger pour sa première destination en Afrique subsaharienne. Le choix de Tanger est fort révélateur. Plus tard, la ville deviendra la véritable porte d’entrée d’Afrique. Cette première tournée africaine de treize jours conduira le Souverain dans cinq pays subsahariens et francophones : le Bénin, le Cameroun, le Gabon, le Niger et le Sénégal. Une série de visites d’État largement commentée non seulement parce qu’elle s’inscrivait dans le cadre d’une volonté de renforcer les liens de coopération entre pays du Sud, mais parce que, pour la première fois, la position des pays visités sur la question du Sahara a été reléguée au second plan. Une importante délégation accompagne le Souverain et sa composition en dit long sur les objectifs poursuivis par la diplomatie marocaine.
Outre le département des Affaires étrangères, celui des Habous et des Affaires islamiques, ainsi que celui des Finances et de la privatisation étaient représentés dans cette délégation.

Sur le chemin de l’intégration économique
Plus tard, le patronat va également prendre part à ces tournées africaines. L’année suivante, le tournant africain de la politique étrangère, et accessoirement économique, commençait à prendre forme, et ce avec une nouvelle série de tournées africaines, d’abord dans la région ouest-africaine : le Gabon, le Burkina Faso et le Sénégal. En 2006, le Souverain arrivait à Banjul en Gambie, dans le cadre d’une autre tournée dans le continent.
Il s’était envolé de l’aéroport de Fès, cette fois. Toute une symbolique. Plus tard on parlera, en effet, du soft power religieux du Royaume avec la mise en place des instruments de la diplomatie spirituelle marocaine, notamment la Fondation Mohammed VI des ouléma africains qui a vu le jour en juillet 2015.

Gazoduc Maroc-Nigéria, projet structurant
Il s’agit, avec l’OCP, dans le domaine de l’économie, des principaux fers de lance de la politique étrangère du Maroc en Afrique. En 2016, le processus de rapprochement avec les Etats africains, de toutes les régions du continent, s’est accéléré avec la mise en place de programmes d’investissement colossaux, notamment dans le domaine de la production des fertilisants. Avec l’Afrique de l’Ouest et à défaut d’avoir vu se concrétiser son souhait de rejoindre officiellement la Cedeao – le processus d’intégration du Maroc est d’ailleurs toujours en cours – le Royaume s’est engagé dans un projet également fédérateur régional, mais d’une toute autre portée. Il s’agit du projet du Gazoduc Maroc-Nigéria, arrivé aujourd’hui à une phase très avancée, qui assurera l’intégration énergétique, et par-delà économique, de 13 pays de l’Afrique de l’Ouest, dont deux d’Afrique du Nord, la Mauritanie et le Maroc. Bref, en 2016 donc, le Maroc était prêt pour un retour triomphal au sein de l’UA, sa grande famille et son chez-soi.

L’annonce de retour, lors du Sommet de Kigali, a été accompagnée par une motion signée par 28 États appelant à la réintégration du Maroc et à la suspension de la «RASD» de l’Organisation panafricaine. L’initiative en est restée là, cela sans pour autant que le Maroc, sans se précipiter et ayant opté pour une démarche constructive et progressive, ne perde de vue cet objectif qui, un jour, s’imposera par lui-même.


Il était une fois la Cedeao…

Dans la foulée de sa réintégration de l’UA, le Royaume a déposé officiellement une demande d’adhésion à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Depuis, le Maroc attend encore. Pourtant, l’organisation avait donné son accord de principe en 2017, lors du 51e Sommet tenu au Liberia. Cependant, au sommet suivant, à Abuja (Nigeria), les 15 ont décidé de soumettre l’adhésion marocaine à l’appréciation d’un comité dirigé par les chefs d’État du Togo, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, de la Guinée et du Nigéria. Plusieurs facteurs ont fait que l’intégration du Maroc dans cette organisation a été retardée, pour ne pas dire gelée. A leur tête les réticences des principales économies de la Cedeao, notamment le Nigéria, mais aussi le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Sénégal, face à la compétition avec les entreprises marocaines et l’absence de consensus au sein de l’organisation sur la question du Sahara. Il faut dire aussi que l’adhésion à un groupement tel que la Cedeao, qui assure la libre circulation des biens, des personnes et des services, aspirant à un régime de monnaie unique à une échéance proche, n’est pas chose simple sur le plan institutionnel, réglementaire et juridique. Mais au-delà de toutes ces considérations, la mise en place d’un marché commun de l’énergie, grâce au gazoduc Maroc-Nigéria, qui passe par presque tous les pays membres de la Cedeao et l’entrée en vigueur de la zone de libre-échange africaine (ZLECAf) sont de nature à transcender, et donc aplanir ces difficultés d’ordre économique. Pour ce qui est de la question du Sahara, la tendance en Afrique aujourd’hui est que ce dossier relève exclusivement de l’ONU.